Les prix européens du gaz pourraient augmenter au cours des prochains mois en cas d’hiver rigoureux, pendant qu'Ormuz continue de limiter l’approvisionnement mondial.

Les prix européens du gaz pourraient fortement augmenter au cours des prochains mois en cas d’hiver rigoureux. ICIS estime que le TTF pourrait atteindre 90 à 100 €/MWh, alors que la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz continue de limiter l’approvisionnement mondial en GNL et pourrait maintenir les tensions jusqu’à l’été 2027.

Les risques d’un hiver rugueux : + 15 €/MWh

Un hiver rigoureux en Europe pourrait entraîner une forte hausse du prix de référence du gaz européen au cours des six prochains mois. Selon ICIS, le TTF pourrait évoluer autour de 90 à 100 €/MWh dans ce scénario, contre environ 80 €/MWh dans son hypothèse centrale. Les températures froides ajouteraient ainsi 15 €/MWh par rapport au scénario de référence. À l’inverse, un hiver doux ne ferait baisser les prix que de 6 à 7 €/MWh. « Cet impact asymétrique reflète la pente de plus en plus forte de la courbe d’offre sur un marché mondial du GNL tendu, qui crée un potentiel de hausse des prix nettement supérieur lorsque la demande augmente qu’un potentiel de baisse lorsqu’elle diminue », explique Andreas Schroeder, responsable de l’analyse des marchés gaziers chez ICIS.

Un hiver froid pèserait également sur les marchés de l’électricité. La hausse de la demande de chauffage obligerait à solliciter davantage de centrales plus coûteuses dans l’ordre de préséance économique. Dans les pays où les centrales à gaz déterminent régulièrement le prix de l’électricité, notamment l’Italie et la Grande-Bretagne, cette combinaison pourrait provoquer une hausse de près de 50 €/MWh du prix moyen de l’électricité durant l’hiver : « sur les marchés où le gaz fixe fréquemment le prix de l’électricité, comme en Italie et en Grande-Bretagne, nos modèles indiquent que ces effets combinés pourraient augmenter les prix moyens de l’électricité cet hiver de près de 50 €/MWh », indique Matthew Jones, responsable de l’analyse des marchés électriques chez ICIS. Un scénario dont la France est davantage protégée du fait de son parc nucléaire.

Les dernières prévisions météorologiques de long terme tablent toutefois sur des températures relativement douces durant la première moitié de l’hiver. Dans ce contexte déjà tendu, le contrat TTF à un mois progressait mercredi de 0,19 €/MWh, à 80,25 €/MWh, sous l’effet notamment de perturbations sur les approvisionnements norvégiens et de la fermeture prolongée du détroit d’Ormuz.

Ormuz : des stocks européens potentiellement ramenés à 20-25 %

La situation au Moyen-Orient constitue l’autre grande source de tension pour le marché européen du gaz. ICIS a repoussé à avril 2027 son estimation du rétablissement des flux de GNL en provenance de la région, en raison des progrès limités dans les négociations de paix et de l’intensification récente des combats. Le cabinet s’attend désormais à ce que le détroit d’Ormuz reste fermé à la majorité des méthaniers pendant tout l’hiver. Environ 20 % de l’offre mondiale de GNL serait ainsi bloquée depuis la fermeture effective du détroit, consécutive au déclenchement de la guerre entre les États-Unis et l’Iran fin février. La combinaison de cette fermeture et du pic de demande hivernale de janvier et février pourrait provoquer des pointes du prix du gaz européen à 100 €/MWh ou davantage, selon ICIS.

La perte des approvisionnements du Moyen-Orient devrait par ailleurs entraîner une diminution d’environ 200 TWh des importations de GNL en Europe occidentale et centrale cet hiver par rapport à l’hiver précédent. Sur l’ensemble de l’année, les importations seraient en recul de 10 % par rapport à 2025.

Les tensions pourraient enfin se prolonger bien au-delà de l’hiver. D’importants soutirages dans les stockages européens pourraient ramener leur niveau de remplissage à environ 25 % en fin de saison, voire à seulement 20 % en cas d’hiver froid : « des stocks aussi faibles transféreraient une grande partie des tensions du marché vers l’été 2027 », prévient Andreas Schroeder. Selon lui, le marché sous-estime actuellement l’ampleur des injections qui seront nécessaires pour reconstituer les réserves européennes durant l’été 2027 : « Cela soutiendrait les prix de l’été 2027 et réduirait l’écart saisonnier habituel entre les contrats d’été et d’hiver ».

Source : Montel

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.