Alors que les marchés de l’électricité ont fortement progressé ces dernières semaines sous l’effet des craintes liées à la chaleur et à la sécheresse, les dernières prévisions météorologiques dessinent un scénario plus nuancé. Un été plus instable, marqué par des épisodes orageux fréquents, pourrait limiter les tensions sur la production électrique française et contribuer à détendre les prix.
Un été orageux pourrait rassurer les marchés
Après une première quinzaine de mai nettement plus fraîche et humide que prévu, les conditions météorologiques ont permis de reconstituer une partie des réserves en eau et de réduire les risques de sécheresse anticipés au printemps. « Cela a humidifié les sols et a cassé l’éventuel engrenage de la sécheresse qui était prévu », souligne Régis Crépet, météorologue chez Météo Consult. Selon ses prévisions saisonnières, les températures devraient demeurer supérieures aux normales, mais l’été s’annonce plus variable qu’initialement envisagé. Des épisodes de chaleur parfois très marqués pourraient survenir, mais ils resteraient de courte durée : « Il resterait un dynamisme atmosphérique sur l’océan Atlantique, et donc ces pics de chaleur pourraient être relativement vite balayés par des perturbations atlantiques, ce qui générerait de fréquentes dégradations orageuses, parfois violentes », explique Régis Crépet.
Le météorologue écarte ainsi « le spectre d’une sécheresse que certains évoquaient » et estime qu’août devrait être le mois le plus orageux de la saison. Juin serait en revanche le plus chaud et le plus sec de l’été, une analyse qui rejoint les prévisions du cabinet britannique MetDesk. « Je pense que ce qui pourrait rassurer les marchés, c’est de voir si vraiment l’été prend une tournure orageuse et vraiment plus nuageuse et plus humide », ajoute Régis Crépet.
Alors que les marchés de l’électricité ont fortement progressé ces dernières semaines sous l’effet des craintes liées à la chaleur et à la sécheresse, les dernières prévisions météorologiques dessinent un scénario plus nuancé. Un été plus instable, marqué par des épisodes orageux fréquents, pourrait limiter les tensions sur la production électrique française et contribuer à détendre les prix.
Le contrat du troisième trimestre au plus haut depuis août, porté par les risques sur le nucléaire et le gaz
Malgré ces perspectives plus favorables, les marchés restent prudents. Le contrat à terme français pour le troisième trimestre a atteint vendredi 50,40 €/MWh, son plus haut niveau depuis août dernier. Il s’échangeait encore autour de 50,15 €/MWh au moment de la rédaction, contre moins de 40 €/MWh au début du mois de mai, selon les données de l’EEX.
Cette hausse reflète principalement les inquiétudes liées à une possible dégradation de la situation hydrologique et à ses conséquences sur la production nucléaire française. « Clairement, l’arrivée de la chaleur tend les marchés pour le troisième trimestre », indique Clément Métayer, directeur des marchés de l’énergie chez Sorégies. « Une hausse de la demande liée à la climatisation et une baisse potentielle de la production hydroélectrique et nucléaire liée à la sécheresse sont redoutées ».
En période estivale, EDF est régulièrement contrainte de réduire la puissance de certains réacteurs lorsque le débit des fleuves devient insuffisant ou lorsque la température de l’eau dépasse les seuils réglementaires destinés à protéger les écosystèmes. Par le passé, ces limitations ont déjà contribué à de fortes tensions sur les prix européens de l’électricité. À ces facteurs s’ajoute la hausse récente du gaz. Selon un trader basé à Paris interrogé par Montel, une réduction de la production nucléaire augmenterait le recours aux centrales à gaz, renforçant ainsi la corrélation entre les deux marchés.
Le contrat TTF pour livraison le mois suivant évoluait récemment autour de 49 €/MWh, soit environ 47 % de plus qu’avant le déclenchement du conflit entre Israël et l’Iran. Certains analystes estiment par ailleurs que les prix européens de l’électricité pourraient encore progresser d’environ 10 % en cas de perturbations prolongées des flux énergétiques transitant par le détroit d’Ormuz.
Ainsi, si les prévisions météorologiques plus humides offrent une perspective de détente pour les marchés, les risques liés au nucléaire et au gaz continuent de soutenir les prix à des niveaux élevés.
Source : Montel
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.