Alors que les prix de l’électricité repartent à la hausse, le versement nucléaire universel (VNU), entré en vigueur le 1er janvier 2026, pourrait-il amortir le choc sur les factures ? C’est précisément l’un des objectifs de ce nouveau mécanisme, destiné à redistribuer une partie des revenus du nucléaire français aux consommateurs. Mais pour 2026, aucune réduction n’est prévue. Et les perspectives pour 2027 ne sont guère plus favorables. Explications.
Les prix de l’électricité grimpent, mais le VNU ne se déclenche pas
Les tensions sont de retour sur les marchés de l’électricité. En France, le prix de gros pour une livraison en 2027 a atteint 109,61 €/MWh le 16 octobre, contre 89,54 €/MWh le 11 septembre. Une progression de plus de 22 % en cinq semaines, alimentée notamment par la hausse des cours du gaz et les incertitudes sur la disponibilité des moyens de production français.
Dans ce contexte, le VNU pourrait apparaître comme une protection bienvenue pour les consommateurs. Pourtant, une hausse des prix de marché, même importante, ne suffit pas à déclencher ce dispositif.
Tout dépend des revenus effectivement générés par le parc nucléaire historique d’EDF, et non des seuls prix auxquels s’échange aujourd’hui l’électricité.
Du prix régulé de l’ARENH au partage des revenus nucléaires
Depuis le 1er janvier 2026, le VNU a pris le relais de l’ARENH (Accès régulé à l’électricité nucléaire historique). Jusqu’à fin 2025, ce dernier permettait aux fournisseurs alternatifs d’acheter une partie de la production nucléaire d’EDF à un tarif réglementé de 42 €/MWh.
Avec la fin de l’ARENH, les fournisseurs s’approvisionnent désormais sur les marchés ou grâce à leurs propres moyens de production, sans accès à ce prix nucléaire régulé.
Le VNU repose sur une autre logique : prélever une partie des revenus du nucléaire d’EDF lorsqu’ils dépassent certains seuils, puis la redistribuer aux consommateurs sous forme de réduction sur leurs factures d’électricité.
Deux seuils ont été fixés par les pouvoirs publics :
- En dessous de 78 €/MWh : aucun prélèvement.
- Entre 78 et 110 €/MWh : 50 % des revenus dépassant le premier seuil sont prélevés.
- Au-delà de 110 €/MWh : le prélèvement atteint 90 % sur la part supplémentaire.
Ces taux s’appliquent par tranches. Le montant ainsi collecté sert ensuite à financer une réduction de facture, dont le niveau dépend également des volumes d’électricité consommés éligibles.
Notons que le dispositif distingue donc plusieurs horizons de calcul. Les coûts du nucléaire qui servent de référence à la définition des seuils sont évalués sur une période de trois ans, la première couvrant 2026 à 2028. En revanche, les revenus d’EDF sont appréciés année par année.
Pourquoi la hausse actuelle des prix ne déclenche-t-elle pas le VNU ?
C’est toute la particularité du dispositif. Le seuil de 78 €/MWh ne s’applique pas directement au prix de gros de l’électricité, mais au revenu moyen du parc nucléaire historique d’EDF sur l’ensemble de l’année.
Pour l’estimer, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) prend notamment en compte les ventes déjà réalisées par EDF, les contrats de long terme et les revenus attendus sur la production qui reste à vendre.
Or, EDF commercialise une partie de sa production plusieurs mois, voire plusieurs années, à l’avance. Les prix auxquels elle a déjà vendu son électricité entrent donc dans le calcul, même si les cours sont aujourd’hui beaucoup plus élevés.
Autrement dit, une flambée des prix à l’automne ne se traduit pas automatiquement par une hausse équivalente des revenus nucléaires moyens de l’année.
Cette différence explique pourquoi les prix de l’électricité peuvent fortement progresser sans que le VNU ne s’active.
VNU : aucune réduction en 2026, et probablement pas en 2027
Pour 2026, le constat est sans appel. La CRE a estimé les revenus du parc nucléaire à 66,08 €/MWh, soit près de 12 euros sous le premier seuil de taxation. Sur cette base, l’arrêté du 27 mars 2026 a fixé le montant de la réduction à 0 €/MWh.
Pour 2027, les dernières estimations n’annoncent pas davantage de redistribution. Au 1er octobre 2026, la CRE évaluait les revenus nucléaires à 65,50 €/MWh, toujours en dessous du seuil de déclenchement.
Ce chiffre reste toutefois prévisionnel. Il intègre les revenus déjà sécurisés par EDF et une estimation de ceux qui restent à réaliser. Il pourra donc évoluer en fonction des conditions de marché et de la production nucléaire effective.
La hausse récente des cours pourrait contribuer à relever les recettes tirées de l’électricité qui reste à commercialiser, sans nécessairement suffire à franchir le seuil de taxation.
Comment le VNU réduira-t-il les factures s’il se déclenche ?
Lorsque les revenus nucléaires dépassent le seuil de taxation, les sommes collectées sont redistribuées aux consommateurs sous la forme d’une réduction exprimée en €/MWh consommé.
La CRE propose ce montant, qui est ensuite fixé par arrêté. La réduction est appliquée automatiquement par les fournisseurs, sans démarche particulière des clients.
Elle apparaît sur une ligne spécifique de la facture, intitulée « Versement nucléaire universel ».
Autre particularité : la redistribution est normalement concentrée sur les consommations du 1er avril au 31 octobre, même si cette période peut être adaptée dans certaines circonstances.
Enfin, le montant repose sur des revenus prévisionnels. Il peut être révisé si les estimations évoluent, puis donner lieu à des régularisations lorsque les revenus définitifs sont connus.
Pour les entreprises, le VNU ne remplace pas une stratégie d’achat
Le VNU peut donc contribuer à réduire la facture lorsque les revenus nucléaires d’EDF sont suffisamment élevés. Mais il ne garantit ni réduction systématique ni plafonnement des prix.
Pour les entreprises, la distinction est importante. Le VNU ne détermine pas le prix auquel elles achètent leur électricité. Celui-ci dépend notamment des conditions de marché au moment de la contractualisation, du type de contrat souscrit et, pour les offres dynamiques, des modalités de fixation des prix.
Dans un marché redevenu volatil, compter sur une éventuelle redistribution du VNU ne constitue donc pas une protection suffisante contre la hausse des coûts.
La maîtrise du budget électrique repose toujours sur l’anticipation des échéances contractuelles, le choix des modalités d’achat et le suivi des marchés.
Sophie-Charlotte MARTIN, Conceptrice-Rédactrice spécialisée
Titulaire d'un master 2 en Lettres Classiques, complété d'un master 2 en Communication et d'un cycle web marketing à la CCI de Lyon, Sophie-Charlotte est intervenue sur des sujets aussi B2C que B2B, on et off line.
Régulièrement confrontée aux problématiques tertiaires et industrielles, elle s'est spécialisée en énergie. Aujourd'hui, elle garantit au quotidien la direction et la production éditoriale de l'entreprise. Sophie-Charlotte MARTIN est Responsable éditoriale d'Opéra Energie.