La France bénéficie d’un système électrique largement excédentaire entrainant une stabilité des prix... et des épisodes de prix négatifs sur les marchés.
Selon Thomas Veyrenc, dirigeant de RTE, la stabilité actuelle des prix de l'électricité constitue « un bouclier pour le consommateur ». © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

Alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient alimentent la hausse des prix du gaz et du pétrole, la France bénéficie d’un système électrique largement excédentaire qui lui permet de maintenir des prix relativement stables. Cette situation, favorable aux consommateurs, s’accompagne toutefois d’un phénomène en forte progression : les épisodes de prix négatifs sur le marché de l’électricité.

Surproduction et exportations : un système électrique devenu largement excédentaire

La France a profondément changé de situation énergétique depuis la crise de 2022-2023. À l’époque, la baisse de disponibilité du parc nucléaire liée aux problèmes de corrosion, la sécheresse affectant l’hydroélectricité et les inquiétudes sur l’approvisionnement en gaz avaient provoqué une flambée des prix de l’électricité. Aujourd’hui, le contexte est radicalement différent. Le pays se trouve en situation de surproduction et exporte massivement son électricité, générant près de 5 milliards d’euros de recettes en 2025. « On a complètement changé de monde. On est beaucoup plus protégés aujourd’hui », souligne Thomas Veyrenc, directeur général économie, stratégie et finances de RTE.

Cette abondance agit comme un amortisseur face aux tensions internationales. Malgré les incertitudes liées à la crise du détroit d’Ormuz, « on a un prix de l’électricité en France qui est très stable depuis le début de la crise d’Ormuz », observe Thomas Veyrenc. Pour le dirigeant de RTE, cette situation constitue avant tout « un bouclier pour le consommateur », même si elle génère des déséquilibres ponctuels lorsque la production dépasse largement la demande.

– 498 €/MWh Soit le prix négatif de l’électricité le plus bas observé sur les marchés (1er mai 2026)

306 heures de prix négatifs en 2026

Les épisodes de prix négatifs résultent de la nécessité d’équilibrer en permanence l’offre et la demande d’électricité. Ils surviennent principalement au printemps, lorsque la production est élevée tandis que la consommation demeure faible, notamment lors des jours fériés et des ponts de mai. Le phénomène s’est nettement accentué ces dernières années. Entre le 1er janvier et le 27 mai 2026, RTE a recensé 306 heures de prix négatifs, contre seulement 24 heures sur la même période en 2023. Les épisodes durent en moyenne cinq heures et la moitié des prix observés restent toutefois très légèrement négatifs, compris entre 0 €/MWh et -0,01 €/MWh.

L’ampleur de certaines situations peut néanmoins être spectaculaire. Le 1er mai dernier, le marché a enregistré un prix de -498 €/MWh, un niveau historiquement bas. Pour Thomas Veyrenc, il ne faut cependant pas se focaliser sur le niveau des prix mais sur ce qu’ils révèlent : « Ce qui nous intéresse, c’est le volume de prix négatifs », c’est-à-dire le décalage croissant entre la production disponible et une demande qui, selon lui, « ne progresse pas du tout ».

Cette situation engendre des coûts pour les producteurs, contraints de payer pour écouler leur électricité, ainsi que pour l’État qui indemnise certains producteurs bénéficiant d’un soutien public. Face à cette évolution, plusieurs leviers sont mobilisés : modulation des moyens de production, développement du stockage par batteries et encouragement de la consommation lors des périodes de forte production, notamment via les heures creuses destinées à la recharge des véhicules électriques.

Depuis le 1er janvier, l’ensemble des installations de production de plus de 10 MW, y compris renouvelables, participent désormais au mécanisme d’ajustement du réseau. « Tous les moyens de production, y compris renouvelables, s’ils sont supérieurs à 10 MW, ont l’obligation de participer à ce qu’on appelle le mécanisme d’ajustement », rappelle Thomas Veyrenc.

À plus long terme, RTE considère que la réponse passe avant tout par l’accélération de l’électrification des usages dans l’industrie, les bâtiments, les transports et les centres de données. « Au moment où vous engagez un effort d’électrification, être en situation d’abondance, ça a quand même beaucoup de vertus », estime Thomas Veyrenc, soulignant que la France bénéficie aujourd’hui de prix de l’électricité plus compétitifs que ceux observés en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni ou en Belgique.

Source : AFP

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.