La hausse des prix du gaz et les difficultés rencontrées par son industrie pourraient pousser l'Allemagne dans les bras du gaz russe.
Alice Weidel et Tino Chrupalla, co-dirigeants de l'AfD, lors d'une conférence de presse, le 21 septembre 2026.

Alors que l’Allemagne, comme le reste de l’Europe, a profondément réorganisé ses approvisionnements énergétiques depuis 2022, la hausse des prix du gaz et les difficultés rencontrées par son industrie remettent la Russie au centre du débat. L’AfD plaide ouvertement pour une reprise des importations et a déjà engagé des discussions avec Moscou, tandis que plusieurs responsables politiques allemands mettent en garde contre le risque d’une nouvelle dépendance énergétique.

Stocks au plus bas depuis 15 ans et gaz en hausse de 150 %

Une semaine après la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, l’Allemagne a de nouveau les yeux tournés vers les urnes. Les électeurs de Berlin et du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale sont appelés à voter lors de deux élections régionales importantes pour le chancelier Friedrich Merz, dans un contexte marqué par une nouvelle hausse des prix de l’énergie. À deux jours de ces scrutins, le gouvernement allemand a notamment annoncé une baisse de 17 centimes par litre sur les carburants. Les 16 Länder doivent contribuer pour moitié à cette mesure, à hauteur de 1,25 milliard d’euros, selon le gouvernement fédéral.

Mais derrière la hausse des prix à la pompe se pose une question plus structurelle pour l’économie allemande : celle de son approvisionnement en gaz. Avant 2022, une partie de la compétitivité de l’industrie allemande reposait sur l’accès à d’importants volumes de gaz russe à des prix relativement faibles. Quatre ans après la rupture avec Moscou, le coût de l’énergie reste une préoccupation majeure pour des secteurs fortement consommateurs comme la chimie ou la métallurgie, mais aussi pour de nombreuses entreprises de taille intermédiaire.

La situation est d’autant plus sensible que les stocks allemands de gaz se trouvent à leur niveau le plus bas depuis 15 ans et que les prix de gros du gaz en Europe ont augmenté de 150 % depuis le début de la guerre avec l’Iran. Dans ce contexte, l’AfD défend désormais ouvertement une reprise des approvisionnements russes.

50 % Soit la part du gaz russe dans les importations allemandes de gaz naturel, avant 2022.

L’AfD prépare déjà des discussions avec Moscou

En avril, l’AfD a demandé au Bundestag d’autoriser la mise en service de Nord Stream 2, le gazoduc reliant la Russie à l’Allemagne dont la procédure de certification avait été suspendue par Berlin en février 2022, peu avant l’invasion de l’Ukraine. Nord Stream 1, lourdement endommagé lors des sabotages de septembre 2022, reste de son côté à l’arrêt.

Les échanges ne se limitent plus au débat parlementaire. En juin, un cadre de l’AfD a rencontré Alexeï Miller, PDG de Gazprom, au siège du groupe russe à Saint-Pétersbourg. Selon les informations rapportées, le dirigeant de Gazprom aurait indiqué que les livraisons de gaz vers l’Allemagne pourraient techniquement reprendre en trois mois en cas d’accord politique. Reuters rapporte également que Kirill Dmitriev, envoyé économique du président russe et directeur du fonds souverain russe, ainsi que les co-dirigeants de l’AfD, Alice Weidel et Tino Chrupalla, préparent une rencontre destinée à discuter d’une éventuelle reprise des approvisionnements. Celle-ci serait envisagée au début de l’année prochaine, à condition qu’un accord-cadre de paix entre la Russie et l’Ukraine soit préalablement conclu.

« L’Allemagne ne peut pas redevenir dépendante de la Russie » Michael Kellner, député écologiste et ancien responsable de la politique énergétique allemande au sein du gouvernement.

L’enjeu est considérable. Avant les sanctions adoptées après l’invasion de l’Ukraine en 2022, la Russie représentait plus d’un tiers des importations allemandes de pétrole brut et plus de la moitié de ses approvisionnements en gaz naturel.

Toute tentative de relancer les importations russes ou le projet Nord Stream rencontrerait cependant une forte opposition politique en Allemagne : « L’Allemagne ne peut pas redevenir dépendante de la Russie », a ainsi déclaré Michael Kellner, député écologiste et ancien responsable de la politique énergétique allemande au sein du gouvernement, cité par Reuters. Même opposition du côté de la CDU. Selon Roderich Kiesewetter, député du parti du chancelier Friedrich Merz, « la Russie utilise l’énergie, notamment Nord Stream, comme une arme hybride à des fins militaires ».

Roderich Kiesewetter estime également que « l’AfD est du côté de la Russie, prête à trahir à la fois l’Ukraine et l’Allemagne ». Il ajoute que « la réouverture de Nord Stream serait un désastre pour la sécurité européenne et isolerait l’Allemagne ».

Entre les besoins de compétitivité de l’industrie allemande, la hausse du coût de l’énergie et les enjeux de sécurité énergétique, la question du gaz russe revient ainsi au cœur du débat politique allemand.

Sources : Reuters & BFM

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.