Le gaz européen retrouve des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis la crise énergétique de 2022. Mercredi 28 octobre, le contrat de référence néerlandais TTF à échéance la plus proche a atteint 100 €/MWh. En France aussi, les prix de gros s’envolent : le contrat pour une livraison sur l’ensemble de l’année 2027 a clôturé à 78,70 €/MWh, du jamais vu depuis fin 2022. Cela donne le ton : les tensions sur l’approvisionnement ne concernent plus seulement l’hiver qui commence.

En France, la hausse s’installe sur les livraisons de 2027

Le franchissement des 100 €/MWh sur le marché européen marque une nouvelle étape dans la hausse des prix du gaz. Cette référence de court terme traduit les inquiétudes entourant les approvisionnements à l’approche de la saison de chauffe. Selon Reuters, un tel niveau n’avait plus été atteint depuis décembre 2022.

La clôture du contrat français pour 2027 à 78,70 €/MWh apporte un autre éclairage : la tension se retrouve également sur les achats destinés à couvrir les besoins de l’année prochaine.

Ces deux prix ne se comparent toutefois pas directement. Le TTF néerlandais et le PEG français correspondent en effet à deux places de marché distinctes ; surtout, le premier chiffre concerne une échéance proche, tandis que le second porte sur une année entière de livraison. Leur progression simultanée montre néanmoins que le marché anticipe des difficultés susceptibles de durer, et non un simple épisode de tension ponctuelle. Les analystes interrogés par Reuters prévoient ainsi au moins une année supplémentaire de prix élevés, même en cas d’apaisement du conflit au Moyen-Orient et d’hiver clément.

Le Moyen-Orient au cœur des inquiétudes

Le principal moteur de cette flambée reste la perturbation des approvisionnements en provenance du Moyen-Orient. Le conflit avec l’Iran entrave la circulation des méthaniers dans le détroit d’Ormuz, un passage stratégique pour les exportations de gaz naturel liquéfié, notamment celles du Qatar. Les difficultés de transport limitent les volumes disponibles et entretiennent l’incertitude sur les prochaines livraisons. Les acheteurs européens et asiatiques se disputent donc une offre réduite de cargaisons disponibles. Pour conserver ces volumes, le prix européen doit rester suffisamment attractif face aux autres destinations.

Par ailleurs, la crainte d’une intensification du conflit ajoute une prime de risque aux prix : les acheteurs doivent tenir compte non seulement des perturbations actuelles, mais aussi de la possibilité de nouvelles interruptions. Les perspectives de retour à des flux réguliers de GNL restent ainsi un déterminant majeur du marché.

Des stocks de gaz à huit points sous leur niveau de l’an dernier

Cette crise d’approvisionnement intervient alors que l’Europe dispose de réserves moins importantes qu’un an auparavant.

Les réservoirs souterrains sont l’assurance de l’Europe pour l’hiver. Remplis pendant l’été, ils peuvent couvrir jusqu’à un tiers de la consommation de l’Union pendant les mois froids. Cette marge de sécurité est nettement plus faible cette année.

D’après la plateforme AGSI, les stocks de l’UE étaient remplis à 74,93 %, contre 82,91 % un an plus tôt à la même date. Cela représente 848,8 TWh, soit le niveau le plus bas pour cette période depuis au moins 2011. L’écart atteint 14,6 points avec la moyenne 2021-2025.

Le retard date d’avant l’été. L’Europe est sortie de l’hiver précédent avec des stocks à 28 %, contre 34 % un an plus tôt. Et le taux de remplissage n’augmente presque plus. Certains pays, comme l’Autriche, ont même commencé à utiliser leurs réserves avant novembre.

Stockage de gaz en Europe – 28 octobre 2026

L’Allemagne, le point le plus fragile

Le niveau moyen européen masque de fortes différences entre pays. L’Allemagne est le premier consommateur de gaz du continent et dispose des plus grandes capacités de stockage. Ses réserves ne sont remplies qu’à 61,65 %, contre 65,53 % aux Pays-Bas et 87,34 % en France. Or, ce retard a des effets au-delà de l’Allemagne. Un hiver rigoureux outre-Rhin augmenterait la demande allemande sur le marché européen, ce qui ferait monter les prix pour tous ses voisins, y compris ceux dont les stocks sont mieux remplis.

Un hiver très exposé à la météo

L’Entsog, qui regroupe les gestionnaires européens de réseaux de transport, estime que les stocks tomberont sous 30 % à la fin de l’hiver 2026-2027, quel que soit le scénario d’approvisionnement en GNL. Wood Mackenzie prévoit même un niveau de 17 % à 20 % fin mars.

Si les stocks finissent l’hiver aussi bas, l’Europe devra les reconstituer en 2027 à partir d’un niveau très faible, sans savoir si l’offre du Golfe sera revenue. Les tensions de cet hiver pourraient donc encore peser sur les prix de l’année suivante.

Pour les entreprises françaises, les achats de gaz de nouveau sous pression

La hausse du contrat annuel français concerne directement les conditions de marché dans lesquelles se préparent les approvisionnements de 2027. Elle doit toutefois être distinguée d’une hausse immédiate et uniforme des factures : un prix de gros ne constitue pas, à lui seul, le prix final payé par une entreprise, auquel s’ajoutent notamment les coûts d’acheminement, les taxes et la rémunération du fournisseur. Le signal envoyé par les marchés est néanmoins préoccupant.

Cependant, alors que l’Europe entre dans l’hiver avec des stocks réduits et des flux de GNL perturbés, la flambée des prix se répercute également sur les échéances plus lointaines. Pour les entreprises françaises, le risque énergétique se projette désormais bien au-delà de la saison de chauffe.

Charlotte Martin Responsable Communication

Sophie-Charlotte MARTIN, Conceptrice-Rédactrice spécialisée

Titulaire d'un master 2 en Lettres Classiques, complété d'un master 2 en Communication et d'un cycle web marketing à la CCI de Lyon, Sophie-Charlotte est intervenue sur des sujets aussi B2C que B2B, on et off line.

Régulièrement confrontée aux problématiques tertiaires et industrielles, elle s'est spécialisée en énergie. Aujourd'hui, elle garantit au quotidien la direction et la production éditoriale de l'entreprise. Sophie-Charlotte MARTIN est Responsable éditoriale d'Opéra Energie.