La France aborde l’hiver avec des stocks de gaz en voie de reconstitution et un faible risque de pénurie. Pas suffisant contre la hausse des prix.
Maud Bregeon, ministre déléguée à l'Energie, assure que tout sera fait pour sécuriser les stocks de gaz pour l'hiver.

La France aborde l’hiver avec des stocks de gaz en voie de reconstitution et un risque de pénurie limité. Mais cette sécurité d’approvisionnement ne protège pas les consommateurs contre la hausse des prix. Les tensions géopolitiques continuent de soutenir les cours du gaz, avec des répercussions attendues sur les factures des ménages et, plus largement, sur les marchés européens de l’énergie.

+30 % depuis janvier

Le prix de référence du gaz augmentera de 6,3 % au 1er octobre, après une précédente hausse de 5,6 % en août. Depuis le début de l’année, la progression atteint désormais environ 30 %, selon la CRE. Cette hausse devrait se faire davantage sentir avec le retour de la saison de chauffe. Pour Emmanuelle Wargon, présidente de la CRE, son impact pourrait être significatif si les prix restent durablement à leur niveau actuel : « La facture moyenne 2026 pourrait être de l’ordre de 120 euros de plus par an par rapport à 2025, si les prix se maintiennent jusqu’à la fin de l’année », estime ainsi Emmanuelle Wargon.

Le gouvernement assure de son côté travailler sur des mesures couvrant l’ensemble de la période hivernale : « On travaille à une logique globale sur l’ensemble de l’hiver », a indiqué la ministre déléguée à l’Énergie Maud Bregeon. La priorité reste notamment de garantir un niveau de stockage suffisant. « On sécurise nos stocks pour l’hiver (…) pour éviter tout risque d’approvisionnement », a ajouté la ministre déléguée, tout en soulignant que « ce qui se passe au Moyen-Orient (…) impacte directement les prix ».

Le gouvernement mise également sur la reconduction du chèque énergie en 2027 pour atténuer l’impact de ces augmentations auprès des ménages les plus modestes. Le dispositif concerne environ 4,2 millions de foyers, avec une aide comprise entre 150 et 270 euros.

« On n’est pas du tout sur les mêmes niveaux de prix [du gaz] qu’en 2022 alors que le pétrole les a dépassés », Laurent Néry.

Sur le plan de l’approvisionnement, la situation reste toutefois très différente de celle de 2022. À l’époque, l’arrêt des importations de gaz russe avait provoqué une envolée des marchés, alors que la disponibilité du parc nucléaire français était simultanément fortement réduite. Aujourd’hui, les prix se situent à des niveaux nettement inférieurs. « En septembre, on est à 75 euros du mégawattheure. En septembre 2022, on était à plus de 180 euros du MWh », rappelle Laurent Néry, directeur des analyses de marché chez Engie.

L’augmentation attendue de l’offre mondiale de gaz naturel liquéfié dans les prochaines années constitue également un facteur de sécurité supplémentaire. « On n’est pas du tout sur les mêmes niveaux de prix qu’en 2022 alors que le pétrole les a dépassés », observe Laurent Néry. L’enjeu se concentrera surtout sur les mois de janvier et février. La France devrait atteindre les 85 % de stockage requis par l’Union européenne au début de l’hiver, selon Emmanuelle Wargon. Mais une vague de froid prolongée pourrait accélérer les soutirages. « Ce qui compte (…) pour les marchés, ça va être le niveau des stockages de gaz dans la période la plus tendue », souligne Laurent Néry, qui rappelle que la demande peut culminer en janvier et février en cas de températures très basses. À l’inverse, un début d’hiver doux permettrait de conserver davantage de réserves et de desserrer la pression sur les marchés.

« L’augmentation des prix qu’on voit partout en Europe, c’est le résultat de l’augmentation du prix du gaz. Donc, le résultat de la fermeture du détroit d’Ormuz », Thomas Veyrenc, directeur général chargé de l’économie, de la stratégie et des finances de RTE.

Électricité : la France protégée par le nucléaire et les renouvelables

Les tensions sur le gaz ne concernent pas uniquement les consommateurs directement chauffés au gaz. En Europe, elles se répercutent également sur les prix de l’électricité, certaines centrales à gaz intervenant dans la formation des prix sur le marché européen.

La France reste toutefois mieux protégée que plusieurs de ses voisins grâce à un mix électrique largement fondé sur le nucléaire et les énergies renouvelables. Malgré la hausse observée cet été sur les marchés à terme, les prix français demeurent sensiblement inférieurs à ceux constatés dans plusieurs pays voisins. Selon RTE, l’écart avec l’Allemagne reste de l’ordre de 40 €/MWh, soit un niveau comparable à celui observé avant la crise énergétique. Le gestionnaire de réseau y voit le maintien de l’avantage lié à l’importance de la production électrique disponible en France.

40 €/MWh Soit l’écart de prix entre l’électricité français et allemande.

La hausse actuelle trouve néanmoins largement son origine dans la remontée du prix du gaz. « L’augmentation des prix qu’on voit partout en Europe, c’est le résultat de l’augmentation du prix du gaz. Donc, le résultat de la fermeture du détroit d’Ormuz », explique Thomas Veyrenc, directeur général chargé de l’économie, de la stratégie et des finances de RTE.

Pour autant, les perspectives d’approvisionnement électrique pour l’hiver restent jugées favorables. La disponibilité du parc nucléaire s’est améliorée, tandis que la production renouvelable poursuit son développement : « Les fondamentaux sont toujours là, on a une meilleure disponibilité du nucléaire, on a plus de production renouvelable, on a un parc gaz », résume Thomas Veyrenc, pour qui la France reste dans « une situation qui est tout à fait maîtrisée ».

La France devrait donc disposer des volumes nécessaires pour passer l’hiver. Mais entre la remontée du gaz, les tensions géopolitiques et leur transmission aux marchés de l’électricité, la question centrale ne sera probablement pas celle de la disponibilité de l’énergie, mais bien celle de son prix.

Source : AFP

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.