Dans une note publiée le 26 mai, l’Institut Montaigne appelle à faire de l’électricité bas‑carbone le moteur du renouveau industriel français et plaide pour une baisse ciblée de la fiscalité sur l’électricité. Quelques jours plus tôt, Sébastien Lecornu a ouvert la porte à une évolution de la fiscalité énergétique en faveur de l’électricité produite en France, signalant une inflexion dans la doctrine gouvernementale.

L’électron, au cœur de la souveraineté industrielle

L’Institut Montaigne part d’un constat désormais bien documenté : avec un mix électrique décarboné à 95 % et des prix de gros inférieurs à ceux de ses voisins, la France dispose d’un atout énergétique majeur qu’elle exploite encore mal. En 2025, le prix spot moyen s’est établi à 60 €/MWh contre 92 €/MWh en Allemagne, tandis que la France exportait plus de 92 TWh, soit l’équivalent de la consommation annuelle de la Belgique.  

Malgré cet avantage, la consommation électrique industrielle reste 9 % en dessous de son niveau pré‑Covid et les projets d’électrification des procédés peinent à se concrétiser. Pour le think tank, l’électrification est pourtant à la fois le premier levier de décarbonation et un pilier de sécurité économique, dans un monde où la dépendance aux hydrocarbures importés se révèle structurellement risquée.

L’Institut Montaigne veut rééquilibrer le signal fiscal entre gaz et électricité

La note déploie une feuille de route en deux axes, dont un volet central sur la fiscalité de l’électricité. L’auteur rappelle d’abord que, au taux normal, l’accise sur l’électricité est aujourd’hui plus élevée d’environ 10 €/MWh que celle sur le gaz, ce qui pénalise particulièrement l’« industrie diffuse » (ETI, PME, artisanat) pourtant au cœur du potentiel d’électrification rapide.  

L’Institut Montaigne formule une recommandation claire : « diminuer le poids de la fiscalité sur l’électricité » en alignant par le bas l’accise au taux normal sur celle du gaz pour ces acteurs, pour un coût estimé de 200 à 300 M€ par an. Deux pistes de financement sont proposées : affecter une part stable des recettes du nouveau marché européen du carbone ETS2 à cette baisse d’accise, ou, à défaut, instaurer un « cliquet » gazier transitoire, soit une accise semi‑flottante sur le gaz fossile, augmentant lorsque les prix baissent et se desserrant en cas de flambée des cours.  

Le think tank pointe cependant les limites de ces options : risque budgétaire en cas de prix durablement élevés du gaz et risque politique d’opposition des consommateurs et des acteurs de la filière gazière. D’où un appel à inscrire ces choix fiscaux dans un cadre pluriannuel stable, assorti d’engagements transpartisans, afin d’offrir de la visibilité aux industriels.

Le gouvernement ouvre prudemment la porte à une évolution fiscale

Le 21 mai, en présentant un nouveau plan d’aides face à la crise énergétique, Sébastien Lecornu a entrouvert la porte à une révision de la fiscalité énergétique en faveur de l’électricité. À cette occasion, il a indiqué que si une baisse d’impôts devait être envisagée, elle viserait prioritairement les énergies produites en France, citant explicitement l’électricité comme principale candidate.

Cette prise de position marque une rupture par rapport à la ligne tenue jusqu’ici : lors des débats budgétaires récents, l’exécutif avait systématiquement écarté l’idée d’une réforme profonde de la fiscalité énergétique, se contentant d’ajustements à la marge des taux d’accise sur l’électricité et le gaz. Le Premier ministre a toutefois posé des garde‑fous clairs : toute évolution devra rester compatible avec les objectifs de maîtrise des finances publiques, et aucune mesure concrète n’a, à ce stade, été détaillée.

Une convergence sur le diagnostic, des différences sur les moyens

Sur le fond, Institut Montaigne et gouvernement partagent le diagnostic : l’électrification est le cœur de la stratégie française de transition et d’autonomie énergétique, dans un pays qui dispose d’une électricité bas‑carbone compétitive. Les deux convergent aussi sur la nécessité de réorienter les signaux économiques (prix, aides publiques, fiscalité) en faveur de l’électron, quitte à préserver le gaz pour les usages où il reste difficilement substituable.

La différence tient au degré de précision et de contrainte : là où l’Institut Montaigne pousse des scénarios fiscaux chiffrés et potentiellement controversés (cliquet gazier), le gouvernement reste sur un registre d’intention, en se laissant une large marge d’arbitrage dans un contexte budgétaire tendu. Pour les industriels, l’enjeu des prochains mois sera de peser sur le calibrage de cette future réforme, en défendant une baisse ciblée des taxes sur l’électricité qui ne se réduise pas à un simple ajustement cosmétique.

Une électrification soutenue politiquement, mais sous contrainte budgétaire

L’Institut Montaigne insiste sur l’existence d’un « mandat politique » pour accompagner financièrement l’industrie dans la hausse des coûts de l’énergie : selon son sondage 2026, 59 % des Français souhaitent un soutien public aux entreprises industrielles, et placent l’emploi et la souveraineté économique largement devant la seule décarbonation comme contreparties attendues.  

Ce cadre politique rejoint la rhétorique gouvernementale, qui présente la montée en puissance des aides à l’électrification (doublées d’ici 2030 pour atteindre 10 milliards d’euros par an) comme un investissement dans l’emploi et la réindustrialisation. Reste désormais à vérifier si cette convergence de discours se traduira, dès les prochains budgets, par une réforme structurelle de la fiscalité énergétique alignée sur les propositions des experts… ou par de simples ajustements temporaires.

Charlotte Martin Responsable Communication

Sophie-Charlotte MARTIN, Conceptrice-Rédactrice spécialisée

Titulaire d'un master 2 en Lettres Classiques, complété d'un master 2 en Communication et d'un cycle web marketing à la CCI de Lyon, Sophie-Charlotte est intervenue sur des sujets aussi B2C que B2B, on et off line.

Régulièrement confrontée aux problématiques tertiaires et industrielles, elle s'est spécialisée en énergie. Aujourd'hui, elle garantit au quotidien la direction et la production éditoriale de l'entreprise. Sophie-Charlotte MARTIN est Responsable éditoriale d'Opéra Energie.