Selon les Echos « Les magasins Carrefour dépensent, dans leur ensemble, 1,3 térawattheure par an ». A titre de comparaison, cela represénte plus que la consommation électrique de 300 000 foyers en France. La consommation d’électricité d’un supermarché s’explique notamment par les groupes de froid et l’éclairage. Comment la suivre ? Quelles sont les moyens de la réduire ?
En résumé :
- Le commerce et la distribution représentent environ 5 % de la consommation d’énergie française, sur 53 000 commerces suivis par Perifem.
- Le froid alimentaire pèse de 45 à 75 % de la dépense énergétique d’un magasin selon Perifem. Il tourne 24 heures sur 24, toute l’année.
- La facture énergétique peut représenter jusqu’à 30 % du résultat net d’un magasin de distribution alimentaire, selon Perifem.
- Fermer les meubles froids permet de réaliser près de 25 % des économies d’énergie.
Quelle est la consommation électrique moyenne d’un supermarché ?
La consommation électrique d’un supermarché varie d’un établissement à l’autre. D’après le magazine spécialisé Je Bosse en Grande Distribution « selon les estimations, chaque m2 d’une surface de vente consomme près de 900 kWh au m², et les rayons frais représentent la grande majorité des dépenses ».
Il s’agit là d’une moyenne. Pour ce faire une idée plus concrète, on peut se baser sur les données récoltées dans le cadre du décret tertiaire. Depuis 2019, le dispositif Éco Énergie Tertiaire impose aux bâtiments tertiaires de plus de 1 000 m² de réduire leur consommation d’énergie de 40 % d’ici 2030, par rapport à une année de référence qui remonte au plus tôt à 2010. Chaque magasin concerné déclare sa consommation annuelle sur la plateforme OPERAT, gérée par l’Ademe, qui en publie les totaux par format de magasin. Voici ceux de 2023.
| Format de magasin | Surface déclarée | Consommation déclarée | Rapport des deux |
|---|---|---|---|
| Supérette, surface de vente sous 400 m² | 58 812 m² | 25 716 779 kWh | 437 kWh/m² |
| Petit supermarché, 400 à 1 000 m² | 1 499 251 m² | 396 472 279 kWh | 264 kWh/m² |
| Grand supermarché, 1 000 à 2 500 m² | 7 346 779 m² | 2 063 414 985 kWh | 281 kWh/m² |
| Hypermarché, plus de 2 500 m² | 16 195 086 m² | 3 820 210 737 kWh | 236 kWh/m² |
Supermarché vs hypermarché : quelles différences de consommation ?
L’INSEE définit le supermarché comme un magasin en libre-service de 400 à 2 500 m² de surface de vente, qui réalise plus des deux tiers de son chiffre d’affaires en alimentation. Au-delà de 2 500 m², il devient un hypermarché. C’est aussi le seuil retenu par les données publiées de l’Ademe.
Rapportés à la surface déclarée, les hypermarchés ressortent à 236 kWh/m², en dessous des grands supermarchés à 281 kWh/m². Le résultat surprend, puisqu’un hypermarché consomme évidemment beaucoup plus au total.
L’explication tient aux rayons. Un hypermarché vend aussi du textile, du bazar, de l’électroménager et des articles de bricolage, rayons qui n’imposent pas de production de froid. Ces zones occupent des milliers de mètres carrés pour une consommation modeste. En effet d’après le Ministère de la Transition écologique il faut compter une consommation de :
- 45 kWh/m²/an pour le textile, le bazar et le bricolage,
- 72 kWh/m²/an pour l’électroménager et les médias,
- 979 kWh/m²/an pour le rayon frais et surgelés
Quels postes consomment le plus d’électricité dans un supermarché ?
La facture d’un magasin alimentaire se concentre sur divers usages.
Le froid alimentaire, premier poste de dépense
Perifem, la fédération technique du commerce et de la distribution, situe le froid alimentaire entre 45 et 75 % de la dépense énergétique d’un magasin, contre 40 à 50 % une dizaine d’années plus tôt. Il ne s’agit pas d’une donnée nouvelle. Le diagnostic Enertech mesurait déjà 56 % pour ce seul poste au début des années 2000.
Trois raisons expliquent cette prépondérance de la consommation électrique lié au froid :
- Une production continue de froid. Les groupes tournent 24 heures sur 24, magasin fermé compris, dimanches et jours fériés inclus ;
- Une ouverture fréquente des frigos par les clients ou par les employés du magasin pour alimenter les rayons ;
- La chaleur rejetée par les groupes froids qui réchauffe les locaux, que la ventilation ou la climatisation doit ensuite compenser.
Éclairage, ventilation et usages annexes
Le reste de la facture se partage entre trois familles d’usages, d’après Perifem :
- La ventilation et la climatisation représentent 10 à 25 % de la dépense. Leur poids dépend de la saison et de la zone climatique du magasin.
- L’éclairage est retombé à 10 à 15 %, contre environ 25 % dix ans plus tôt. Le passage au LED explique cette chute.
- Les process, c’est-à-dire les équipements de production du magasin comme les fours de boulangerie, les rôtissoires ou les laboratoires de découpe, pèsent de l’ordre de 10 %.
Les caisses, la sonorisation et la bureautique complètent le tableau, pour des volumes marginaux.
La structure d’une facture d’électricité de commerce dépend donc du parc d’équipements et des horaires d’ouverture, loin de la logique qui gouverne la consommation électrique moyenne d’une usine, commandée par les procédés de production.
Combien coûte l’électricité d’un supermarché ?
Perifem estime que la facture énergétique peut représenter jusqu’à 30 % du résultat net d’un magasin de distribution alimentaire. La facture dépend du contrat d’électricité signé par le supermarché. Il est possible de la réduire en signant un contrat cadre avec un fournisseur pour l’ensemble des magasins.
Comment réduire la consommation électrique d’un supermarché ?
Pour les entreprises de la grande distribution, la bonne gestion de la facture d’énergie est un enjeu. Dans sa globalité, le secteur a déjà parcouru une partie du chemin. Les enseignes ont réduit leur consommation d’électricité de 15 % en trois ans, sur un échantillon suivi par Perifem et Enedis. Quels ont été les leviers de cette baisse de consommation électrique ?
Fermer et piloter les meubles froids
Le geste le plus rentable porte sur le froid. La fermeture des meubles frigorifiques permet de produire à elle seule près de 25 % des économies pour une enseigne.
Les supermarchés ont également intérêt à procéder aux réglages des cycles de dégivrage, souvent resté sur les valeurs d’usine alors qu’il gagnerait à suivre la rotation réelle des produits.
Les autres gisements d’économies d’énergie
En parallèle des actions sur le froid, il est possible de s’intéresser aux éléments suivants :
- L’éclairage LED, géré par zones et par plages horaires, agit sur un poste devenu minoritaire mais qui court sur toute l’amplitude d’ouverture.
- La récupération de chaleur sur les groupes froids qui consiste à capter la chaleur que ces groupes évacuent sur le toit, pour chauffer le magasin ou produire l’eau chaude sanitaire.
- Le monitoring énergétique installe des compteurs par usage et remonte les consommations en continu, ce qui permet de repérer une chambre froide qui dérive avant que la facture ne le signale.
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L’audit énergétique pour hiérarchiser les travaux
Pour savoir quels travaux mener en priorité, rien ne vaut un audit énergétique tertiaire. Ce document mesure les consommations poste par poste, chiffre les économies attendues et classe les travaux par temps de retour sur investissemet. Il documente aussi la trajectoire de réduction exigée par le dispositif Éco Énergie Tertiaire.
Sur un parc de plusieurs magasins, la gestion de l’énergie d’un réseau de magasins suppose en plus de consolider les données site par site, pour comparer les points de vente entre eux et identifier les plus énergivores. Pour assurer le suivi des consommations dans la durée, il est possible de mettre en place un système de management de l’énergie.
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Diplômée d’un Master 2 du CELSA-Paris Sorbonne, Caroline s’est lancée comme rédactrice et chargée de communication éditoriale indépendante en 2017. Intéressée par les problématiques liées à la transition énergétique et à la mobilité, elle travaille avec Opéra Énergie depuis 2019.
Experte sur les problématiques liées à l'énergie et la rénovation énergétique, elle ambitionne à travers ses articles de faire de la pédagogie sur le marché du gaz et de l’électricité, en constante évolution.