La France a battu un nouveau record d’exportations d’électricité en 2025, portée par la production nucléaire et le développement du solaire.

Le rapport de la CRE, publié le 16 juillet dernier montre que la France a battu un nouveau record d’exportations d’électricité en 2025, portée par une production nucléaire en nette reprise, le développement du solaire et une consommation intérieure toujours contenue. Cette abondance de production bas-carbone renforce sa compétitivité sur les marchés européens, mais souligne également l’enjeu d’accélérer l’électrification des usages sur le territoire national.

Exportations : la France ce « carrefour électrique »

Les échanges ont été largement orientés vers les exportations à presque toutes les frontières françaises. Le solde a atteint 26,2 TWh avec l’Italie, 23,1 TWh avec l’Allemagne et la Belgique, 22,6 TWh avec la Grande-Bretagne et 20,1 TWh avec la Suisse. Seuls les échanges avec l’Espagne sont restés proches de l’équilibre, avec un solde légèrement exportateur de 0,2 TWh.

L’Italie est devenue la principale destination directe de l’électricité française. Le solde de 26,2 TWh constitue un nouveau maximum, devant les 22,3 TWh enregistrés en 2024. Cette situation reflète notamment la forte dépendance du système électrique italien aux centrales à gaz, dont les coûts de production sont plus élevés. Le prix spot moyen italien s’est établi à 116 €/MWh en 2025, contre 61 €/MWh en France.

Les exportations vers la Grande-Bretagne ont également atteint un niveau inédit. La France lui a vendu 23,2 TWh et n’en a importé que 0,6 TWh, soit un solde de 22,6 TWh. Cette progression a notamment été favorisée par la meilleure disponibilité des interconnexions électriques entre les deux pays.

La France a par ailleurs exporté 20,1 TWh vers la Suisse, son niveau le plus élevé depuis 2011. Une part importante de ces volumes n’est toutefois pas consommée en Suisse, mais transite vers d’autres marchés, principalement l’Italie. Environ 80 % des flux dirigés vers la Suisse sont ainsi réexportés vers ses voisins.

Les échanges avec l’Espagne présentent une dynamique différente. La France a exporté 7,6 TWh vers la péninsule Ibérique et en a importé 7,4 TWh. Entre janvier et mai, les flux étaient principalement orientés de l’Espagne vers la France, en raison de prix espagnols plus compétitifs et d’une demande française plus élevée. À partir de juin, la baisse de la consommation française et la progression des besoins espagnols liés à la climatisation ont inversé les échanges.

Au-delà de ses voisins directs, l’électricité française alimente une grande partie du continent. Selon la modélisation réalisée par RTE, 15 % des exportations françaises ont été destinées à des pays non frontaliers en 2025. En tenant compte des flux transitant notamment par la Suisse, l’Italie a capté 36 % des exportations françaises, contre 25 % dans la seule analyse des échanges directs.

RTE décrit ainsi la France comme un « carrefour électrique » au sein du réseau européen. Grâce à sa position géographique et à ses interconnexions, le pays permet à l’électricité de circuler entre le nord, le sud et l’est de l’Europe, en fonction des niveaux de production, de consommation et des prix observés à chaque instant.

5,4 milliards d’euros de recettes

La valorisation nette des exportations françaises d’électricité a atteint 5,4 milliards d’euros en 2025, légèrement plus qu’en 2024. Cette somme approcherait même 9 milliards d’euros si les volumes étaient valorisés aux prix pratiqués dans les pays vers lesquels la France exporte.

Le prix moyen de l’électricité exportée s’est élevé à 59 €/MWh lorsqu’il est calculé selon le prix français, soit un niveau proche du prix spot moyen national de 61 €/MWh. Valorisé au prix moyen des pays destinataires, le mégawattheure exporté atteindrait en revanche 101,5 €/MWh. « La France n’a pas bradé son électricité », souligne ainsi RTE. Le pays a exporté presque continuellement une production compétitive et excédentaire, alors que les prix étaient généralement plus élevés chez ses voisins. La France n’a été importatrice nette que pendant environ 100 heures sur l’ensemble de l’année. Durant la moitié de ces périodes, les prix de marché étaient même négatifs, sous l’effet d’une production renouvelable abondante dans les pays voisins.

Ces recettes restent néanmoins limitées au regard de la dépendance énergétique française. Les importations de pétrole, de gaz et d’autres combustibles fossiles ont représenté 53 milliards d’euros en 2025, soit près de dix fois la valorisation nette des exportations électriques. Les énergies fossiles représentent encore près de 60 % de l’énergie totale consommée en France.

Pour RTE, l’abondance d’une électricité française bas-carbone et compétitive constitue donc une occasion d’accélérer l’électrification des transports, du chauffage et de l’industrie. Une telle évolution permettrait de réduire les importations de combustibles fossiles, d’améliorer la souveraineté énergétique du pays et de mieux protéger les consommateurs contre la volatilité des prix internationaux de l’énergie.

Source : RTE

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.