Les salariés des industries électriques et gazières sont appelés à une grève massive mardi pour défendre leur tarif préférentiel sur l’énergie, menacé de révision par le gouvernement. La mobilisation a déjà commencé à la centrale nucléaire de Flamanville, où la puissance d’un réacteur a été fortement réduite.
Un « avantage » évalué à plus de 700 millions d’euros chez EDF
Les électriciens et gaziers sont appelés à se mettre massivement en grève mardi pour protester contre une éventuelle remise en cause du « tarif agent », qui leur permet de bénéficier de prix préférentiels sur l’électricité et le gaz. Le gouvernement envisage de faire évoluer ce dispositif après avoir reçu, selon le ministère de l’Énergie, une « mise en demeure de la Cour des comptes » l’enjoignant de se conformer aux règles relatives à la valorisation de l’écart entre le tarif accordé aux agents et le prix réel de l’énergie.
Cette composante historique du statut des industries électriques et gazières concerne environ 140 000 salariés ainsi que près de 160 000 retraités issus notamment des opérateurs historiques EDF et GDF, mais également d’Engie, Enedis, GRDF et de distributeurs locaux d’énergie.
« Le tarif agent, c’est une partie de la rémunération des agents (…), ce n’est pas un cadeau », Dominique Santoni, déléguée fédérale des IEG à la CFDT.
Dans un rapport publié mi-juillet, la Cour des comptes estime que les bénéficiaires du dispositif « acquittent désormais moins de 2 % des tarifs moyens de l’électricité ou du gaz payés par les consommateurs ». Une estimation contestée par certains représentants syndicaux, qui situent plutôt ce tarif autour de 10 % de celui payé en moyenne par les ménages. Selon la Cour des comptes, le dispositif a représenté « plus de 700 millions d’euros en 2024 » pour l’ensemble du groupe EDF. L’institution considère que ce tarif représente un « coût démesuré » pour EDF SA et estime qu’il ne peut « perdurer en l’état ».
Les syndicats défendent au contraire un élément à part entière de la rémunération des salariés du secteur : « pour nous, c’est vraiment un totem », a déclaré Fabrice Coudour, secrétaire général de la FNME-CGT, pour qui le maintien de cet avantage en nature est « non négociable ». Il souligne également que la grille de salaires des industries électriques et gazières « débute en dessous du Smic ». La CFDT demande elle aussi l’abandon du projet : « on demande que la mesure qui est dans les tuyaux soit complètement abandonnée », a indiqué Dominique Santoni, déléguée fédérale des IEG à la CFDT. « Le tarif agent, c’est une partie de la rémunération des agents (…), ce n’est pas un cadeau », a-t-elle insisté.
Les quatre principales fédérations syndicales du secteur — CGT, CFE-CGC, CFDT et FO — appellent ainsi à la grève, avec un rassemblement prévu devant Bercy. La question de l’évolution du tarif doit à terme être tranchée par un arrêté ministériel. Le ministère de l’Énergie affirme de son côté « travailler pour répondre à l’injonction de la Cour [des comptes] dans des délais raisonnables » et prévoit de revenir vers les représentants des salariés une fois les travaux techniques finalisés.
Flamanville tombe à 260 MW avant la grève
La mobilisation a déjà commencé à la centrale nucléaire de Flamanville. Vendredi, le réacteur n°2 ne produisait plus que 260 MW, contre une puissance maximale de 1 300 MW : « l’unité de production n°2 de Flamanville affiche une baisse de puissance. Cette baisse n’a aucun impact sur la sécurité d’approvisionnement du système électrique », a assuré EDF. Selon les syndicats, cette baisse de production constitue une anticipation de la journée de grève : « c’est l’anticipation de la grève de mardi, des agents localement, qui ont décidé de baisser la charge sur une tranche et de ne pas découpler l’autre qui devait être découplée aujourd’hui pour partir en maintenance », a expliqué Maxence François, coordinateur CGT à la division nucléaire et thermique. « La tranche 1 devait partir en maintenance et ne l’est pas, et c’est la tranche 2 où les agents ont engagé une baisse de charge », a-t-il précisé.
Les syndicats s’attendent à une mobilisation particulièrement forte. Lors de la précédente menace pesant sur le tarif agent, au printemps 2011, le mouvement avait atteint 86 % de grévistes dans les entreprises des industries électriques et gazières : « il y a eu 86 % de grévistes dans les entreprises des IEG », a rappelé Alexandre Grillat, secrétaire général de la CFE Énergies, qui espère de nouveau un niveau de mobilisation « historique », malgré une évolution de la composition des effectifs et une proportion plus importante de cadres. Certains d’entre eux pourraient, selon lui, faire grève pour la première fois, parfois pendant une heure afin d’être comptabilisés parmi les grévistes.
Sandrine Tellier, secrétaire générale de FO-Énergie, souligne également le fort consensus autour du mouvement : « il peut y avoir (…) des salariés qui disent à nos militants qu’ils ne feront pas grève, qu’ils ne sont pas d’accord avec le mouvement. Là, je n’ai eu aucune remontée de ce genre », a-t-elle déclaré. Dans l’immédiat, le mouvement ne devrait pas avoir de conséquence visible pour les usagers. Mais les syndicats préviennent qu’ils pourraient durcir leur mobilisation en l’absence de réponse du gouvernement : « si le gouvernement n’entend pas le message exprimé le 15, la colère va être encore plus forte et elle s’exprimera par d’autres leviers », a prévenu Alexandre Grillat.
Dans un contexte énergétique européen déjà tendu, il a également mis en garde contre une extension du mouvement au secteur gazier : « ce n’est pas le moment d’avoir une grève sur les stockages ».
Source : AFP
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.