Dans son étude Perspectives gaz 2050, la fédération de la filière gazière défend une trajectoire de neutralité carbone adossée au gaz vert, qu’elle estime moins gourmande en investissements que la Stratégie nationale bas-carbone du gouvernement. Chiffre avancé : 330 à 460 milliards d’euros d’économies d’ici 2050.

Une autre voie que la trajectoire officielle

Comment décarboner la France au moindre coût dans un contexte de finances publiques contraintes ? France gaz, qui fédère les acteurs de la chaîne gazière (Engie, GRDF, TotalEnergies, Butagaz, NaTran, Teréga, Storengy…), répond en opposant sa propre modélisation à celle de l’État. Sa thèse : conserver une partie des équipements gaz plutôt que tout électrifier permet d’atteindre la neutralité carbone en 2050 pour un besoin d’investissement inférieur, à condition de remplacer le gaz naturel importé par des molécules produites en France.

Deux scénarios possibles

L’étude s’inscrit en réponse directe à deux textes publiés en 2026 : la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3, publiée en février) et la Stratégie nationale bas-carbone (SNBC 3, publiée en juillet). France gaz reproche à cette dernière de reposer sur un scénario unique et sur ce qu’elle qualifie d’électrification excessive des usages.

La filière décline pour sa part deux scénarios qui atteignent l’un et l’autre la neutralité en 2050. PG1 (Perspectives Gaz) « Écosystèmes locaux » mise sur l’économie circulaire, la rénovation et une production de gaz vert intégralement domestique. PG2 « Industriel et ouvert » suppose une réindustrialisation plus marquée, des échanges internationaux plus soutenus et un recours partiel aux importations de molécules. L’analyse économique a été confiée au cabinet E-Cube.

330 à 460 milliards d’écart

L’étude avance 330 à 460 milliards d’euros d’économies d’investissement d’ici 2050 par rapport à la SNBC 3, soit près de 10 % de l’effort total. Les deux scénarios gaz plafonnent en effet à un investissement cumulé de 3 510 à 3 555 milliards, quand la trajectoire de l’État approche les 4 000 milliards. Dans ce mur d’investissement public, France gaz impute la moitié (environ 2 000 milliards) à la seule mobilité électrique : achat de véhicules, renouvellement des flottes, déploiement des bornes.

Selon la filière, la moitié de ces économies pourrait se matérialiser avant 2035, et 90 % des gains sur le CAPEX reviendraient au consommateur. Pour donner la mesure de la somme, son président Frédéric Martin l’a comparée au budget annuel de la Justice ou au coût de trois à quatre programmes nucléaires.

Une nuance est toutefois à apporter à la lecture du « 460 milliards ». L’écart porte sur les investissements, pas sur le coût complet. L’étude reconnaît que, sur les coûts cumulés d’ici 2050, ses scénarios ressortent à un niveau « légèrement inférieur ou égal » à la SNBC 3, de l’ordre de 6 000 milliards d’euros dans les deux cas. La molécule verte coûtant plus cher que le gaz fossile qu’elle remplace, le gain se concentre sur le montant et le calendrier des investissements plutôt que sur la facture totale.

Un pari sur le biométhane

Toute la démonstration tient à un gaz verdi presque à 100 % en 2050. La méthanisation en est le socle. En juin 2026, 837 sites injectaient 16,2 TWh par an dans les réseaux ; avec les projets déjà enregistrés, la capacité monte à 40 TWh, dans la cible PPE 3 de 44 TWh pour 2030. Pour 2035, la filière vise 85 TWh, si les aides suivent.

Le reste viendrait d’un gisement méthanisable réévalué à 172 TWh (scénario Afterres 2050, révisé en mars 2026) et de filières encore jeunes : pyrogazéification, gazéification hydrothermale, e-méthane, biogaz liquides. Mais ces volumes restent un potentiel théorique. Les mobiliser suppose des ressources agricoles disponibles et un retour au sol des digestats.

Des infrastructures présentées comme un actif

Dernier pilier de l’argumentaire : le réseau existant. Transport (environ 37 000 km), distribution (environ 212 000 km) et stockage (environ 130 TWh) seraient maintenus jusqu’en 2050, la filière s’appuyant sur les deux volets du rapport de la CRE sur l’avenir des infrastructures gazières (2023 et 2026). Réseaux amortis, capacités de stockage mobilisables lors des pics hivernaux, centrales à gaz comme flexibilité du système électrique (9 GW en 2050, 20 à 30 TWh selon le scénario) : autant d’atouts avancés pour justifier le maintien du système gaz.

Sources : France gaz, Perspectives gaz 2050 – Édition 2026 ; communiqué de presse France gaz du 8 septembre 2026.

Charlotte Martin Responsable Communication

Sophie-Charlotte MARTIN, Conceptrice-Rédactrice spécialisée

Titulaire d'un master 2 en Lettres Classiques, complété d'un master 2 en Communication et d'un cycle web marketing à la CCI de Lyon, Sophie-Charlotte est intervenue sur des sujets aussi B2C que B2B, on et off line.

Régulièrement confrontée aux problématiques tertiaires et industrielles, elle s'est spécialisée en énergie. Aujourd'hui, elle garantit au quotidien la direction et la production éditoriale de l'entreprise. Sophie-Charlotte MARTIN est Responsable éditoriale d'Opéra Energie.