Le prix du gaz européen a plus que doublé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, alors que l’Europe entre dans une période cruciale pour remplir ses réserves avant l’hiver. Entre stocks insuffisants, tensions dans le détroit d’Ormuz et concurrence asiatique pour le GNL, les risques de hausse restent importants. Pour autant, les analystes jugent peu probable un retour aux sommets historiques atteints lors de la crise énergétique de 2022.
Pourquoi les réserves de gaz sont-elles au centre des inquiétudes ?
Depuis la crise énergétique provoquée par l’invasion russe de l’Ukraine, l’Union européenne impose à ses États membres de remplir leurs réserves de gaz à au moins 80 % avant le 1er novembre, afin de limiter les risques de pénurie pendant l’hiver. Or, à moins de deux mois de cette échéance, les stocks européens ne sont remplis qu’à environ 67 %, contre 79 % à la même période l’année précédente. Un niveau qui laisse entrevoir d’importants besoins d’approvisionnement dans les prochaines semaines.
Pour attirer les cargaisons de GNL encore disponibles sur le marché, l’Europe doit par ailleurs rivaliser avec les acheteurs asiatiques. L’Asie est particulièrement exposée aux perturbations des approvisionnements en provenance du Golfe, alors que le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz reste affecté par le conflit. Cette concurrence accrue pourrait continuer de soutenir les cours. Le prix du gaz européen, qui a déjà plus que doublé depuis le début de la guerre, évolue désormais autour de 75 euros le mégawattheure.
Jusqu’où les prix du gaz peuvent-ils monter ?
Les principales inquiétudes concernent le Qatar, l’un des plus grands exportateurs mondiaux de GNL, dont les livraisons dépendent fortement de la circulation maritime dans la région : « si les perturbations dans le détroit d’Ormuz perdurent durant l’hiver, une fourchette de 100 à 150 euros le mégawattheure est crédible », estime Julien Mathonniere, économiste chez Energy Intelligence, auprès de l’AFP.
La météo constitue une autre inconnue susceptible d’influencer la demande mondiale, souligne Jonathan Schroer, stratégiste chez UniCredit : « cet été, El Niño a clairement rendu les températures plus élevées dans une grande partie du monde [ce qui ] a entraîné une demande accrue d’électricité pour les systèmes de refroidissement, surtout en Asie ». La région concentre plusieurs grands importateurs mondiaux de GNL, notamment le Japon, la Chine et l’Inde.
Malgré ces tensions, les analystes considèrent qu’un retour aux niveaux extrêmes observés en 2022 reste peu probable. À l’époque, le contrat de référence européen TTF avait brièvement dépassé les 300 euros le mégawattheure.
En quoi la crise actuelle est-elle différente de celle de 2022 ?
La crise de 2022 trouvait son origine dans une transformation beaucoup plus brutale du système d’approvisionnement européen. Après l’invasion de l’Ukraine, l’Union européenne avait décidé de réduire rapidement sa dépendance au gaz russe. À cette époque, « l’Europe s’approvisionnait à hauteur de 45 % en gaz via des gazoducs en provenance de Russie », rappelle Jonathan Schroer. La disparition soudaine de ces volumes avait obligé les Européens à réorganiser en urgence leurs approvisionnements, notamment en augmentant fortement leurs importations de GNL et en développant de nouvelles capacités d’importation.
La situation actuelle est différente. L’Europe ne doit pas remplacer du jour au lendemain un fournisseur représentant près de la moitié de ses approvisionnements. Elle fait plutôt face à une raréfaction du GNL disponible sur le marché mondial et à une concurrence renforcée entre acheteurs européens et asiatiques. Cette configuration peut maintenir les prix à des niveaux élevés, mais elle rend moins probable un choc d’une ampleur comparable à celui de 2022.
Pourquoi l’électricité paraît-elle moins vulnérable qu’en 2022 ?
Le système énergétique européen s’est également transformé depuis la précédente crise. Les pays de l’Union consomment aujourd’hui moins de gaz et dépendent moins des centrales à gaz pour produire leur électricité.
Selon la Commission européenne, les énergies renouvelables ont représenté près de la moitié de la production d’électricité de l’Union européenne en 2025. Parallèlement, la consommation de gaz demeure nettement inférieure aux niveaux enregistrés avant le déclenchement de la guerre en Ukraine.
Cette évolution limite le risque qu’une nouvelle envolée du gaz se répercute avec la même intensité qu’en 2022 sur les prix de l’électricité. Une hausse des factures reste néanmoins probable si les tensions sur le marché gazier se prolongent.
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.