Avec des réserves de gaz remplies à 53 %, l’Allemagne cherche à renforcer ses approvisionnements à long terme et mise notamment sur l’Algérie.
Johann Wadephul, ministre allemand des Affaires étrangères, estime que « l’Algérie est un partenaire fiable ».

Avec des réserves de gaz remplies à seulement 53 %, l’Allemagne cherche à renforcer ses approvisionnements à long terme. Berlin mise notamment sur l’Algérie, alors que les tensions dans le détroit d’Ormuz ravivent les inquiétudes sur les prix et la sécurité énergétique.

Berlin veut sécuriser des contrats à long terme avec l’Algérie

L’Allemagne entend accélérer la diversification de ses approvisionnements en gaz. En visite à Alger, le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a plaidé pour la conclusion de contrats de long terme avec l’Algérie, présentée comme un partenaire stratégique pour Berlin : « Nous avons besoin de contrats de livraison de gaz à long terme », a déclaré Johann Wadephul, estimant que « l’Algérie est un partenaire fiable ».

Cette recherche de nouveaux fournisseurs s’inscrit dans un contexte énergétique profondément bouleversé depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. L’Allemagne s’est depuis largement affranchie des hydrocarbures russes et ne reçoit désormais plus de gaz en provenance de Russie : « l’Allemagne est en grande partie, voire presque totalement, détachée de toutes les livraisons d’énergie en provenance de Russie, du gaz en totalité », a rappelé Johann Wadephul. Mais cette diversification est aujourd’hui compliquée par une nouvelle source d’incertitude : les tensions autour du détroit d’Ormuz. Cette voie maritime stratégique constitue un point de passage majeur pour les exportations mondiales d’hydrocarbures et la crise a déjà contribué à faire progresser les cours : « la crise dans le détroit d’Ormuz a fait grimper les prix », a souligné Johann Wadephul, qui estime que ni cette crise ni la guerre en Ukraine ne devraient être résolues « rapidement ».

Berlin espère donc pouvoir renforcer ses achats auprès de l’Afrique du Nord. Johann Wadephul affirme avoir obtenu des signaux encourageants de la part de l’Algérie, mais aussi de la Tunisie, visitée la veille : « les deux ont un grand intérêt, aussi parce qu’elles recherchent naturellement, de leur côté, des partenaires économiques, des partenaires solides en Europe », a indiqué Johann Wadephul, disant espérer que l’Allemagne puisse désormais sécuriser en Algérie une partie de ses approvisionnements en gaz.

Objectif de stocks remplis à 80 % au 1er novembre

Cette recherche de nouveaux contrats intervient alors que les réserves allemandes affichent un niveau particulièrement faible à l’approche de l’hiver. Selon la plateforme européenne Aggregated Gas Storage Inventory (AGSI), les installations de stockage du pays sont remplies à 53 %, contre 65 % en moyenne dans l’Union européenne. Un écart qui nourrit les inquiétudes sur la sécurité d’approvisionnement au cours des prochains mois, mais aussi sur l’évolution des prix du gaz.

Après la crise énergétique déclenchée en 2022 par l’invasion russe de l’Ukraine, Berlin avait imposé aux exploitants de stockages souterrains des niveaux minima de remplissage. Aujourd’hui, la plupart des installations doivent atteindre au moins 80 % de remplissage au 1er novembre. Ces exigences ont toutefois été assouplies en 2025. Le gouvernement allemand estimait alors que les risques pesant sur l’approvisionnement avaient diminué grâce à la mise en service de terminaux de GNL et à la diversification des importations.

Dans le contexte actuel, atteindre le seuil de 80 % pourrait néanmoins s’avérer difficile pour de nombreux sites. Si les objectifs ne sont pas respectés, l’État allemand dispose de la possibilité d’intervenir afin d’ordonner le remplissage des réserves. Une perspective qui suscite des inquiétudes. Les capacités de stockage étant principalement commercialisées par des opérateurs privés, certains observateurs craignent que des acteurs du marché retardent leurs achats en anticipant une intervention publique à l’approche de l’hiver.

Berlin pourrait alors être contraint d’acheter lui-même d’importants volumes de gaz dans l’urgence, potentiellement à des prix élevés, afin de garantir la sécurité de l’approvisionnement du pays.

Source : AFP

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.