Le réchauffement deux fois plus rapide de l’Europe fragilise déjà l’hydroélectricité, le nucléaire et les infrastructures électriques. Alors que les renouvelables ont fourni près de la moitié de l’électricité européenne en 2025, les experts appellent l’Union européenne à renforcer rapidement la résilience de son système énergétique face à des risques climatiques croissants.
Les ressources hydroélectriques en danger
Le réchauffement rapide du climat en Europe met sous tension les capacités de production électrique, les ressources en eau et les infrastructures énergétiques du continent, alertent scientifiques et responsables européens du climat. En 2025, le réchauffement climatique a été plus marqué en Europe que dans le reste du monde, selon le rapport annuel du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (ECMWF) et de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). La température du continent s’est établie à environ +2,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, soit plus du double de la moyenne mondiale. « Au moins 95 % de l’Europe a enregistré des températures annuelles supérieures à la moyenne en 2025 », indique le rapport de l’ECMWF et de l’OMM.
Cette hausse des températures s’accompagne d’une multiplication des vagues de chaleur et des sécheresses ainsi que d’une diminution de l’enneigement et du nombre de jours de gel. Autant de phénomènes susceptibles de perturber durablement la production hydroélectrique. La réduction du manteau neigeux et la fonte plus précoce de la neige modifient notamment les débits saisonniers qui alimentent traditionnellement les pics de production hydroélectrique. « Les impacts sur l’hydroélectricité constituent l’un des défis auxquels nous sommes confrontés dans un monde qui se réchauffe », a souligné Samantha Burgess, responsable stratégique climat à l’ECMWF. Les glaciers ont par ailleurs enregistré une perte nette de masse dans toutes les régions européennes en 2025. L’Islande a connu sa deuxième plus forte perte glaciaire jamais observée, tandis que l’enneigement y a été inférieur de 31 % à la moyenne, précise le rapport.
« Des décennies de politiques énergétiques ont été construites sur l’idée que l’hydroélectricité fournirait à la fois une production de base et une flexibilité », Jean-Paul Harreman, directeur chez Montel EnAppSys
Cette évolution fait craindre une modification profonde du fonctionnement du système hydroélectrique européen : « La disparition des glaciers représente le scénario le plus sombre qui soit », estime Jean-Paul Harreman, directeur chez Montel EnAppSys. « Des décennies de politiques énergétiques ont été construites sur l’idée que l’hydroélectricité fournirait à la fois une production de base et une flexibilité », ajoute Jean-Paul Harreman, rappelant son rôle essentiel dans la réduction de la dépendance aux combustibles fossiles.
Si la tendance actuelle se poursuit, les niveaux et le calendrier de la production hydroélectrique pourraient être durablement affectés dans plusieurs régions européennes, en particulier dans les pays nordiques, la péninsule ibérique et les régions alpines. Les changements sont déjà perceptibles. Les périodes de fonte et les pics de production hydroélectrique se déplacent, augmentant la pression sur les systèmes énergétiques, comme l’a notamment montré la sécheresse de 2024 dans le nord de l’Italie, selon Carlo Buontempo, directeur du service Copernicus sur le changement climatique de l’Union européenne.
La France est elle aussi exposée. Le principal risque résulte de la combinaison de faibles débits fluviaux et de températures élevées de l’eau, susceptibles de contraindre les centrales nucléaires à réduire leur puissance afin de respecter les règles encadrant leurs rejets thermiques. Les réductions de production du parc nucléaire français liées aux conditions météorologiques ont ainsi atteint jusqu’à 6,1 GW en 2019 et 5,7 GW en 2018.
Près de 50 % d’électricité renouvelable
Face à ces risques croissants, l’essor des énergies renouvelables constitue un levier majeur, mais ne suffit pas à lui seul à garantir la sécurité du système électrique européen. En 2025, les renouvelables ont assuré près de la moitié de la production électrique européenne, tandis que le solaire a atteint un niveau record de 12,5 % du mix électrique. Une progression jugée positive, mais encore insuffisante face à l’ampleur des bouleversements climatiques attendus. « Les nouvelles capacités renouvelables se développent (…) c’est très positif, mais cela ne suffit pas », prévient Dusan Chrenek, conseiller principal à la direction générale Action pour le climat de la Commission européenne. Selon lui, l’Union européenne doit simultanément accélérer sa sortie des combustibles fossiles, poursuivre l’électrification des usages, améliorer l’intégration des renouvelables et renforcer l’efficacité énergétique.
Le coût de l’inaction climatique serait en effet largement supérieur aux investissements nécessaires pour limiter les conséquences du réchauffement. La résilience face aux risques climatiques devrait ainsi être intégrée dès la conception des nouvelles infrastructures énergétiques, estime Dusan Chrenek. L’adaptation devient d’autant plus urgente que les pays européens ont été confrontés ces dernières années à des sécheresses répétées, à une disponibilité en eau inférieure à la moyenne et à des pertes record de masse glaciaire.
L’Union européenne prépare, dans ce contexte, un nouveau cadre consacré à la résilience climatique, attendu au second semestre 2026. Celui-ci doit permettre d’améliorer la capacité d’adaptation du continent et de mieux anticiper les pénuries de ressources ainsi que les risques liés au changement climatique. Pour Carlo Buontempo, cette adaptation doit désormais concerner l’ensemble des secteurs économiques et énergétiques européens.
Source : Montel
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.