Depuis le 1er septembre 2026, plusieurs travaux de rénovation énergétique ne sont plus éligibles à MaPrimeRénov’ lorsqu’ils sont réalisés seuls. En recentrant davantage le dispositif sur les rénovations d’ampleur, le gouvernement entend favoriser les projets permettant des gains énergétiques importants, au risque toutefois d’alourdir le reste à charge pour certains ménages.
Adieu équipements de chauffage, systèmes d’isolation et de ventilation
Les restrictions annoncées en juin par le gouvernement ont été officialisées fin août avec la publication des textes réglementaires au Journal officiel. Depuis le 1er septembre, le périmètre de MaPrimeRénov’ pour les travaux réalisés individuellement, dits « monogestes », est ainsi fortement réduit. Restent principalement éligibles l’installation de pompes à chaleur air-eau ou géothermiques destinées au chauffage, le raccordement à un réseau de chaleur ainsi que la dépose d’une cuve à fioul.
Le décret du 25 août a en revanche supprimé les aides accordées à plusieurs équipements jusque-là financés dans le cadre du parcours par geste. Sont notamment concernés les équipements de chauffage ou de production d’eau chaude fonctionnant au bois, comme les poêles à bois ou à granulés et les inserts, mais aussi les systèmes de ventilation, l’isolation des fenêtres, des toitures et des terrasses, les chauffe-eau thermodynamiques ou solaires et les pompes à chaleur uniquement destinées à produire de l’eau chaude sanitaire.
Ces travaux peuvent toutefois toujours bénéficier de MaPrimeRénov’ lorsqu’ils sont intégrés à une rénovation d’ampleur. Celle-ci doit notamment associer au moins deux types de travaux et permettre au logement de gagner au minimum deux classes sur son DPE. La mesure concerne des travaux qui occupaient jusqu’ici une place importante dans le dispositif. Selon l’Agence nationale de l’habitat (Anah), l’installation de poêles représentait ainsi 17 % des travaux financés par MaPrimeRénov’ par geste au premier semestre 2026, ce qui en faisait la deuxième opération la plus subventionnée.bLes pompes à chaleur air-eau, qui restent éligibles, dominaient toutefois largement le dispositif : elles représentaient 41 % des monogestes financés au cours des six premiers mois de 2026.
Le durcissement touche principalement les ménages aux revenus intermédiaires, modestes et très modestes. Les foyers aux revenus supérieurs ne bénéficiaient déjà pas de MaPrimeRénov’ pour une grande partie de ces travaux individuels. À titre d’exemple, une personne seule vivant hors Île-de-France et disposant en 2025 d’un revenu fiscal de référence supérieur à 31 185 euros appartient à cette catégorie.
Ce recentrage prolonge une évolution engagée depuis le début de l’année, puisque l’isolation des murs avait déjà été exclue du parcours par geste. L’objectif affiché par les pouvoirs publics consiste désormais à orienter davantage les ménages vers des rénovations globales, jugées plus performantes sur le plan énergétique.
Les primes CEE toujours là
Le basculement vers la rénovation d’ampleur soulève néanmoins la question de l’accessibilité financière et pratique de ces projets. Leur mise en œuvre peut nécessiter des démarches longues, notamment en copropriété. Le coût constitue également un frein potentiel pour les propriétaires qui procédaient jusqu’ici à leurs rénovations de manière progressive : « Faire les travaux les uns après les autres n’est pas un problème en soi : c’est même la réalité de la plupart des ménages, qui n’ont pas les moyens de tout financer d’un coup », estime Thierry Abriat, directeur général d’Illico Travaux. Selon lui, ce nouveau cadre pourrait conduire certains ménages à différer leur projet ou à se concentrer uniquement sur les opérations encore subventionnées. « On risque de voir certains ménages renoncer purement et simplement à ces travaux : ils repousseront leur projet, ou se limiteront aux seules opérations encore aidées, comme l’installation d’une pompe à chaleur pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire ».
La disparition de certaines aides peut en effet fortement augmenter le reste à charge. Avant le 1er septembre, un couple francilien appartenant à la catégorie des ménages modestes et disposant d’un revenu fiscal de référence de 41 000 euros pouvait, par exemple, percevoir 3 000 euros pour l’installation d’un chauffe-eau solaire, dont le coût se situe généralement entre 5 000 et 8 000 euros, pose comprise. Pour un système solaire combiné assurant à la fois la production d’eau chaude et une partie du chauffage, l’aide pouvait atteindre 10 000 euros pour les ménages très modestes. Pour un couple sans enfant, le plafond de revenu fiscal de référence correspondant est notamment fixé à 35 270 euros en Île-de-France et à 25 393 euros hors Île-de-France.
Les conditions d’accès à la rénovation d’ampleur ont par ailleurs été durcies depuis le 1er septembre. Dans les maisons individuelles, MaPrimeRénov’ n’est désormais plus accordée lorsque le projet prévoit de conserver un système de chauffage au gaz existant. Une règle contestée par certains acteurs du secteur : « Imposer le remplacement systématique des chaudières à gaz en rénovation d’ampleur, c’est une erreur de méthode », estime Paulo Moreira, directeur général de Camif Habitat. Selon lui, « mettre au rebut des équipements encore pleinement fonctionnels pour plusieurs années, c’est générer des coûts et des déchets évitables, sans bénéfice environnemental réel à court terme ».
Face à la réduction de MaPrimeRénov’, les ménages peuvent toutefois mobiliser d’autres dispositifs pour limiter leur reste à charge. Les certificats d’économies d’énergie (CEE), financés par les fournisseurs et distributeurs d’énergie dans le cadre d’obligations fixées par l’État, continuent notamment de soutenir certains travaux. L’isolation des combles et des toitures peut ainsi bénéficier de primes CEE comprises entre 7,20 et 12,92 euros par mètre carré, y compris pour les ménages disposant de revenus élevés.
Autre levier : l’éco-prêt à taux zéro (éco-PTZ), accessible sans condition de ressources. Ce prêt destiné au financement de travaux de rénovation énergétique peut atteindre 50 000 euros, offrant une solution complémentaire pour absorber une partie du coût désormais moins couvert par MaPrimeRénov’.
Source : Les Echos
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.