Portée par l’essor spectaculaire du solaire et l’électrification de son économie, la Chine réduit progressivement sa dépendance au charbon et au pétrole. Une évolution qui lui permet à la fois de limiter sa consommation d’énergies fossiles, de renforcer sa sécurité énergétique et de développer un nouveau relais de croissance autour des technologies propres.
L’électricité propre couvre la hausse de la demande
La transition énergétique chinoise commence à modifier en profondeur le fonctionnement de l’économie du pays. L’électricité renouvelable remplace progressivement le charbon et le pétrole dans un nombre croissant d’usages, alors même que l’activité économique continue de progresser : « l’utilisation des énergies fossiles stagne dans une part croissante de l’économie chinoise alors que l’électricité propre prend le relais des tâches autrefois assurées par le charbon et le pétrole », affirme le centre de réflexion Ember. Selon un rapport publié mardi par le think tank, la production d’électricité à partir de charbon a cessé d’augmenter dans 17 provinces et régions chinoises. La consommation de combustibles fossiles aurait par ailleurs déjà atteint son pic dans huit des onze secteurs industriels étudiés.
Pour Muyi Yang, analyste senior chez Ember et auteur du rapport, cette évolution traduit une électrification croissante de l’économie, mais elle constitue également un facteur de résilience face aux tensions géopolitiques. La Chine reste notamment très dépendante du pétrole provenant du Golfe, par lequel transitent plus de 70 % de ses importations. Face au blocage du détroit d’Ormuz, Pékin a pu amortir une partie du choc grâce à ses réserves stratégiques et à la diversification de ses approvisionnements. Mais le développement des énergies propres apporte désormais une protection supplémentaire. « La Chine est progressivement parvenue à un stade où le système d’énergies propres gagne suffisamment en force et en profondeur pour commencer à assurer des fonctions autrefois dévolues aux énergies fossiles », explique Muyi Yang dans un entretien à l’AFP.
« L’électricité propre se développe assez rapidement pour répondre à la croissance rapide de la demande tout en remplaçant le charbon », think tank EMBER
Début septembre, l’administration chinoise a d’ailleurs annoncé que la capacité installée du solaire avait, pour la première fois, dépassé celle des centrales à charbon, faisant du photovoltaïque la première source d’énergie du pays en termes de capacités installées. La tendance commence également à se refléter dans les émissions. Selon Carbon Brief, les émissions chinoises de CO2 ont diminué au deuxième trimestre, notamment sous l’effet d’une baisse de la consommation de pétrole liée au conflit au Moyen-Orient. Premier émetteur mondial de gaz à effet de serre, le pays s’est engagé à atteindre un pic de ses émissions avant 2030 puis la neutralité carbone d’ici à 2060.
La transformation apparaît également dans le secteur électrique. En 2025, la production thermique, encore très majoritairement alimentée par le charbon, a reculé de 0,7 %, alors que la demande nationale d’électricité progressait simultanément de 5 % : « une baisse concomitante à une forte hausse de la demande est une situation inédite : elle démontre que l’électricité propre se développe assez rapidement pour répondre à la croissance rapide de la demande tout en remplaçant le charbon », souligne Ember.
Le think tank insiste sur le fait que cette évolution ne traduit pas une désindustrialisation du pays : « ce repli reflète l’électrification de l’économie et non une contraction de la base industrielle », poursuit Ember.
Véhicules électriques : un bouclier face aux turbulences du marché international des hydrocarbures
Le transport constitue l’un des principaux terrains de cette substitution progressive des énergies fossiles. En 2024, le parc chinois de véhicules électriques aurait permis d’éviter la consommation d’environ 400 000 barils d’essence par jour, selon Ember. Le phénomène continue de prendre de l’ampleur. En juin, les voitures particulières électriques représentaient 67 % des ventes de véhicules neufs en Chine. Le marché des poids lourds connaît lui aussi une transformation rapide : les ventes de camions électriques ont plus que doublé en 2024, puis de nouveau en 2025, pour représenter 26 % des ventes de camions neufs l’année dernière. Pour Muyi Yang, cette électrification contribue directement à protéger l’économie chinoise contre les turbulences du marché international des hydrocarbures.
Les stratégies traditionnelles de sécurité énergétique montrent en effet leurs limites dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques croissantes : « lorsque l’on parle de sécurité énergétique en matière de pétrole et de gaz, les approches traditionnelles, comme la diversification des fournisseurs ou les réserves stratégiques, reposent sur l’hypothèse d’un marché mondial stabilisé », souligne Muyi Yang. Or, face à une volatilité de plus en plus liée aux crises géopolitiques, ces mécanismes deviennent, selon lui, moins efficaces. Dans ce contexte, « la transition est déjà devenue un amortisseur très important pour la Chine », estime Muyi Yang.
Cette stratégie énergétique constitue également un moteur commercial. Les exportations chinoises de technologies propres ont dépassé 220 milliards de dollars en 2025. Elles représentaient 6,6 % des exportations totales du pays au premier semestre 2026, contre seulement 2,7 % en 2020.
Cette transformation modifie ainsi progressivement la nature des échanges commerciaux entre Pékin et ses partenaires : « les pays qui ont alimenté la demande croissante de la Chine en combustibles fossiles achètent désormais de plus en plus d’équipements chinois destinés à remplacer cette consommation fossile », relève Ember, citant notamment les véhicules électriques, les batteries et les panneaux solaires.
Source : Ember
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.