La hausse des prix du gaz, alimentée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient, pèse sur plusieurs secteurs industriels français déjà confrontés à une concurrence internationale accrue. Entre janvier et juillet, la consommation industrielle de gaz a reculé dans le papier, le verre, l’automobile ou encore l’agroalimentaire. Si le raffinage et la chimie résistent davantage, la tendance de fond reste à la baisse.
Baisses de consommation de gaz allant jusqu’à 19 %
La demande de gaz de plusieurs secteurs industriels français a fortement diminué depuis le début de l’année. En première ligne figurent notamment les industries du papier et du verre, particulièrement exposées à l’évolution des prix de l’énergie : « les industries du papier et du verre figurent parmi les secteurs très exposés aux prix de l’énergie et qui peinent à rester compétitifs », a déclaré Thérèse Sliva-Marion, responsable gaz au sein du CLEEE, qui représente les intérêts des industriels gros consommateurs d’énergie.
L’industrie automobile européenne connaît également des difficultés : « le secteur automobile européen va mal aussi. La baisse de consommation correspond à des fermetures ou à des délocalisations de production », a ajouté Thérèse Sliva-Marion.
Entre janvier et juillet, la consommation de gaz de l’industrie du papier et du carton a ainsi diminué de 0,8 TWh, soit 19 % sur un an, pour atteindre 3,4 TWh, selon les données de NaTran, gestionnaire couvrant environ les trois quarts du réseau gazier français.
Sur la même période, la demande de l’industrie automobile a reculé de 10 %, à 1,3 TWh, tandis que celle de l’industrie du verre a diminué de 7 %, à 3,9 TWh. L’agroalimentaire a également réduit sa consommation de 6 %, à 7 TWh.
Un recul qui pourrait difficilement être compensé au cours des prochains mois. « Ces secteurs ne rattraperont pas leur retard sur le second semestre », a estimé Thérèse Sliva-Marion. En cause notamment : l’envolée des prix du gaz depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, point de passage stratégique représentant environ un cinquième des flux mondiaux de GNL, après les attaques des États-Unis et d’Israël contre l’Iran fin février.
Les prix spot du gaz français s’étaient établis en moyenne à 35,29 €/MWh l’an dernier, avant de reculer à 32,60 €/MWh en janvier et février. Depuis, ils atteignent en moyenne 51,11 €/MWh, selon les données d’EEX. Un pic à 76,30 €/MWh a même été enregistré ce mois-ci, soit le niveau day-ahead le plus élevé depuis février 2023.
Dans le secteur papetier, les difficultés dépassent d’ailleurs la seule hausse récente du gaz. La fédération professionnelle Copacel fait état d’une « multiplication des fermetures d’usines depuis 2024 », dans un contexte marqué par la hausse des coûts de production et une « concurrence internationale, notamment chinoise, de plus en plus intense », selon Copacel. La fédération juge ainsi la situation de plusieurs sites industriels « fragile », selon Copacel.
La demande industrielle totale recule de 3 %
Tous les secteurs ne sont toutefois pas affectés de la même manière. Les deux principaux consommateurs industriels de gaz en France, la chimie et le raffinage-pétrochimie, affichent une consommation plus résiliente. Entre janvier et juillet, la demande du raffinage et de la pétrochimie est restée stable à 11,7 TWh, tandis que celle de la chimie a progressé de 2 % sur un an, à 14,4 TWh. Cette évolution intervient après une baisse de 11 % de leur consommation de gaz l’année précédente. Selon les industriels et le ministère de l’Économie, ces deux secteurs ont notamment bénéficié de l’achèvement de programmes importants de maintenance ainsi que de la relocalisation en France de certaines productions auparavant réalisées en Asie et au Moyen-Orient.
Malgré cette résistance, la consommation industrielle de gaz reste orientée à la baisse à l’échelle nationale. Sur la zone couverte par NaTran, hors réseaux de chaleur et centrales électriques au gaz, elle a diminué de 3 % sur un an, à 51,8 TWh entre janvier et juillet. Le recul avait atteint 7 % sur la même période l’année précédente. La tendance est également marquée dans le Sud-Ouest. Teréga indique une baisse d’environ 6 % sur un an, à 2,2 TWh, au cours des sept premiers mois de l’année, après un recul de 17 % un an auparavant.
Cette contraction pourrait encore s’accentuer. « Le recul de la demande devrait s’accentuer d’ici la fin de l’année », a indiqué une porte-parole de Teréga, rappelant qu’une partie de la consommation industrielle régionale, notamment dans l’agroalimentaire et le papier, reste sensible aux conditions météorologiques.
Au-delà de la conjoncture actuelle, la diminution de la consommation de gaz de l’industrie française s’inscrit dans une tendance plus structurelle. Entre 2019 et 2026, la consommation industrielle totale de gaz en France, hors production d’électricité, a chuté de près de 32 %, pour atteindre 57 TWh sur la période janvier-juillet. Une évolution qui reflète les effets cumulés de la pandémie de Covid-19, des crises énergétiques successives et de l’intensification de la concurrence internationale.
À moyen terme, NaTran prévoit la poursuite de cette trajectoire. La tendance devrait rester celle d’« une décroissance progressive de la consommation industrielle, à un rythme de quelques pourcents par an », a indiqué NaTran, notamment sous l’effet de l’électrification croissante des procédés industriels.
Source : Ember
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.