Réunis à Dublin, les ministres de l’Energie doivent coordonner leurs réponses face à la flambée du gaz et des carburants.
Dan Jorgensen, commissaire européen de l’Energie, a jugé « sérieuse » la situation de l'approvisionnement européen en gaz

Face à la flambée du gaz et des carburants, les Européens cherchent à protéger les consommateurs avant la saison de chauffe. Réunis à Dublin, les ministres de l’Énergie doivent coordonner leurs réponses entre maîtrise de la consommation, aides ciblées et assouplissements réglementaires. Une urgence qui remet en lumière la dépendance du continent aux hydrocarbures importés.

Plus de 100 milliards d’euros de surcoût

Depuis la fin février, la guerre au Moyen-Orient et la fermeture du détroit d’Ormuz ont alourdi de plus de 100 milliards d’euros le coût de l’approvisionnement énergétique des Vingt-Sept. Une situation jugée « sérieuse » par le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jorgensen, à son arrivée mardi à Dublin.

C’est dans ce contexte que les ministres européens de l’Énergie se retrouvent en Irlande, qui assure la présidence tournante de l’Union européenne. Cette réunion informelle, à laquelle participe le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, devrait surtout permettre de coordonner les réponses nationales, sans annonce majeure attendue. En amont des échanges, Dan Jorgensen a recommandé aux États membres de réduire leur demande de gaz et leur consommation d’électricité aux heures de pointe. L’Union européenne entend ainsi jouer un rôle de « sensibilisation avant la saison de chauffe à partir de mi-octobre début novembre », explique Phuc-Vinh Nguyen, expert de l’Institut Jacques-Delors.

Bruxelles souhaite également éviter une course au remplissage des réserves de gaz, susceptible d’accentuer la hausse des prix. Les stocks européens affichent un taux de remplissage moyen d’environ 70 %, avec d’importantes disparités : 82 % en France, contre seulement 57 % en Allemagne et aux Pays-Bas. Malgré ces niveaux inhabituellement faibles pour la période, Dan Jorgensen assure qu’il n’existe actuellement « aucun risque immédiat pour la sécurité d’approvisionnement ».

À la pompe, la pression est déjà manifeste. Le prix du gazole a atteint 2,23 € le litre en moyenne dans l’Union européenne la semaine dernière, contre 1,59 € fin février. De quoi nourrir les inquiétudes sur le pouvoir d’achat et faire craindre une contestation sociale comparable au mouvement des Gilets jaunes en France en 2018 et 2019. Pour amortir le choc, la Commission préconise des soutiens ciblés vers les secteurs les plus exposés et a assoupli les règles encadrant les aides d’État. Les réponses restent toutefois hétérogènes : le Portugal et la Roumanie privilégient des baisses générales de taxes, tandis que la France, confrontée à une situation budgétaire dégradée, concentre ses aides sur certains secteurs.

L’électrification comme réponse structurelle

Au-delà des aides immédiates, la crise relance le débat sur les contraintes imposées aux importateurs d’énergie. Pour atténuer la hausse des carburants, Emmanuel Macron a demandé à Bruxelles plusieurs assouplissements, dont un report d’un an des obligations prévues par la législation européenne sur le méthane, un puissant gaz à effet de serre. À partir de 2027, les entreprises important des hydrocarbures dans l’Union européenne doivent être tenues de surveiller et de déclarer les émissions de méthane associées à leurs approvisionnements. Plusieurs pays producteurs, en particulier les États-Unis, contestent ces exigences et avertissent qu’elles pourraient freiner leurs exportations. La Commission semble disposée à soutenir ce décalage d’un an. Les organisations environnementales dénoncent toutefois un nouveau recul de la politique climatique européenne, estimant qu’un tel report ne ferait pas baisser les prix.

L’approvisionnement en carburants constitue un autre point de vigilance. Les Européens redoutent que Donald Trump mette à exécution l’option évoquée d’une interdiction des exportations américaines de gazole pour contenir les prix aux États-Unis. « Il n’est dans l’intérêt de personne, ni des États-Unis ni de l’Union européenne, de restreindre les flux d’énergie dans une période aussi difficile », a insisté mardi Dan Jorgensen. Pour réduire durablement cette vulnérabilité, Bruxelles mise sur l’électrification des usages. L’Union européenne souhaite porter la part de l’électricité à 46 % de sa consommation finale d’énergie en 2040, soit le double de son niveau actuel, qui stagne autour de 23 % depuis plusieurs années.

Cette ambition se heurte néanmoins au coût de l’électricité, nettement supérieur à celui du gaz, ainsi qu’à la persistance des usages fossiles dans le chauffage des bâtiments et les transports. Pour donner davantage de visibilité à la transition, l’Espagne, le Portugal et le Luxembourg demandent également qu’un objectif contraignant de développement des énergies renouvelables soit inscrit dans la législation européenne pour l’après-2030.

Source : AFP

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.