En 2026, le biométhane injecté dans le réseau français est acheté 124,1 €/MWh aux producteurs, quand la Commission de régulation de l’énergie retient 44,6 €/MWh pour le gaz naturel sur le marché de gros. Comment expliquer cette différence de prix entre le biogaz et le gaz naturel ? Quel impact sur la facture d’une entreprise ?
En résumé :
- En 2026, le biométhane français coûte 124,1 €/MWh à l’achat aux producteurs, contre 44,6 €/MWh pour le gaz naturel sur le marché de gros. Dans une offre verte avec garanties d’origine, l’entreprise paie le gaz au prix du marché, puis un supplément selon le taux de biométhane choisi.
- Avec une garantie d’origine à environ 20 €/MWh, le surcoût est d’environ 2 €/MWh à 10 % de biométhane et 20 €/MWh à 100 %. Le biométhane reste plus cher car sa production nécessite des installations de méthanisation, l’épuration du biogaz et son injection dans le réseau.
- Depuis 2026, les CPB créent aussi un coût pour certains contrats de gaz classiques.
Quel est le prix du biogaz par rapport au gaz naturel ?
Pour bien appréhender la manière dont est fixé le prix du biométhane, il faut distinguer la molécule de gaz et son caractère renouvelable.
En 2026, la CRE publie deux niveaux de prix très différents :
- 44,6 €/MWh pour le gaz naturel sur le marché de gros ;
- 124,1 €/MWh pour le biométhane produit en France, soit près de trois fois plus que le gaz fossile.
Cela ne signifie pas qu’une entreprise qui choisit une offre de gaz « 100 % biométhane » paiera nécessairement 124,1 €/MWh au lieu de 44,6 €/MWh.
Dans la plupart des offres de gaz verte, le gaz consommé par l’entreprise est acheté au prix habituel du marché. Le fournisseur achète en parallèle des garanties d’origine.
Le surcoût correspond alors essentiellement au prix de ces garanties d’origine. Si une garantie coûte environ 20 €/MWh, une entreprise qui choisit 10 % de biométhane n’ajoute ce coût que sur 10 % de sa consommation : 20 × 10 % = 2 €/MWh. À 30 %, le supplément atteint environ 6 €/MWh et, à 100 %, environ 20 €/MWh.
| Part de biométhane souscrite | Surcoût indicatif |
|---|---|
| 10 % | + 2 €/MWh |
| 30 % | + 6 €/MWh |
| 100 % | + 20 €/MWh |
De quoi dépend le prix du biogaz rapport à celui du gaz naturel ?
Le prix de la molécule, selon la construction de l’offre
Le biométhane injecté est acheté aux producteurs dans un contrat d’obligation d’achat de quinze ans, à un tarif fixé par arrêté pour couvrir investissement et exploitation, comme le rappelle la CRE. Ce tarif se construit sur les coûts de la filière, indépendamment du marché de gros.
Lorsqu’ils construisent leurs offres de biogaz ou gaz vert, les fournisseurs peuvent procéder de deux manières distinctes :
- Achat de gaz sur le marché adossé à des garanties d’origine acquises séparément : la molécule est facturée au prix du gaz naturel, à prix fixe ou indexé sur le prix du gaz au PEG.
- Achat de biométhane physique, de gré à gré ou en production propre : la molécule est facturée autour de son coût de production.
Une grande partie des offres de gaz vert relève du premier montage, comme nous l’expliquerons plus en détails dans les lignes qui suivent.
Le surcoût de la garantie d’origine
Comme l’explique le Médiateur de l’Energie, « Il est physiquement impossible de déterminer la provenance du gaz livré à un client donné. En effet, c’est le même gaz qui est livré à tous les clients raccordés au réseau gazier, quels que soient le fournisseur et le type d’offre. C’est pour cela que les garanties d’origine et un système de traçabilité ont été mis en place ».
Le principe est simple : lorsqu’un producteur injecte 1 MWh de biométhane dans le réseau, il obtient une GO correspondant à cette quantité. Un fournisseur peut ensuite acheter cette garantie, puis l’« annuler » au nom d’un client. Cette annulation signifie que le certificat a été attribué à sa consommation et ne pourra pas être utilisé une seconde fois.
Ces garanties ont un prix, qui s’ajoute au coût du gaz. À l’enchère d’août 2026, EEX indique un prix moyen de 20,23 €/MWh, pour 245 994 MWh mis en vente.
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Bon à savoir : Les fournisseurs de gaz vert peuvent aussi acheter des garanties d’origine provenant d’autres pays européens, parfois moins chères que les françaises. Leur provenance peut expliquer une partie des écarts de prix entre fournisseurs.
Erreur courante : comparer une offre verte et une offre classique uniquement à partir du prix du kWh affiché.
Le prix du gaz lui-même évolue avec le marché et avec la date à laquelle le fournisseur réalise sa cotation. Deux devis établis à des dates différentes peuvent donc afficher un écart qui n’a rien à voir avec le biométhane. Pour mesurer le véritable coût d’une offre verte, la négociation du contrat de gaz doit comparer des offres établies au même moment et avec le même taux de biométhane.
Pourquoi le biogaz reste-t-il plus cher à produire que le gaz naturel ?
Le biométhane est aujourd’hui structurellement plus coûteux à produire que le gaz naturel à extraire et à acheminer jusqu’en France. C’est ce qui explique en grande partie les 124,1 €/MWh payés aux producteurs de biométhane en 2026.
Trois éléments permettent de comprendre ce niveau de prix :
- Produire du biométhane coûte encore cher. Dans son audit publié en décembre 2024, la CRE estime le coût complet de production à environ 130 €/MWh en valeur médiane. Il peut atteindre 175 €/MWh pour certaines installations industrielles territoriales. Ce coût comprend notamment l’investissement dans l’installation de méthanisation, son exploitation, l’approvisionnement en matières organiques, l’épuration du biogaz et son injection dans le réseau.
- La différence avec le prix du gaz naturel est financée par un mécanisme de soutien public. Un producteur de biométhane ne pourrait généralement pas vendre sa production à 44,6 €/MWh si celle-ci lui coûte autour de 130 €/MWh à produire. Des dispositifs publics lui garantissent donc un niveau de rémunération supérieur au prix du marché. Lorsque le gaz naturel vaut moins cher que ce prix garanti, la collectivité finance la différence. Pour 2026, la CRE évalue ces charges de soutien à 1 109,8 millions d’euros pour 14,7 TWh de biométhane soutenus.
- Le biométhane ne bénéficie plus d’un avantage sur l’accise. Jusqu’en 2021 le biogaz disposait d’une exonération d’accise sur les gaz naturels. Aujourd’hui, il est soumis au même taux que le gaz fossile.
Le certificat de production de biogaz (CPB), un surcoût qui touche aussi les contrats de gaz classiques
Depuis 2026, un nouveau mécanisme contribue au prix du gaz : le certificat de production de biogaz (CPB). Contrairement à la garantie d’origine, qui dépend du pourcentage de biométhane choisi par le client, le CPB peut aussi entraîner un coût pour un contrat de gaz naturel.
Lorsqu’un producteur injecte du biométhane dans le réseau, il obtient des CPB, c’est-à-dire des certificats associés à cette production renouvelable. De leur côté pour soutenir la filière, depuis 2026, les fournisseurs de gaz ont l’obligation de restituer chaque année à l’État un certain nombre de CPB. Ce nombre dépend de la quantité de gaz qu’ils ont vendue à leurs clients résidentiels et tertiaires. Les sites industriels ne sont pas concernés par cette obligation.
Le décret n° 2024-718 du 6 juillet 2024 fixe une obligation qui augmente progressivement :
- 0,41 % par MWh PCS livré en 2026,
- 1,82 % en 2027,
- 4,15 % en 2028.
Le PCS, ou pouvoir calorifique supérieur, est simplement l’unité de référence utilisée ici pour mesurer l’énergie contenue dans le gaz.
Prenons un exemple. Si un fournisseur livre 1 000 MWh de gaz à des clients concernés en 2026, le taux de 0,41 % représente l’équivalent de 4,1 MWh soumis à l’obligation de CPB. Le fournisseur doit donc obtenir puis restituer les certificats correspondants.
Dans son avis de décembre 2023, la CRE estimait qu’un CPB pourrait coûter autour de 80 €/MWh PCS en 2026. Si un fournisseur ne restitue pas suffisamment de certificats, il s’expose à une pénalité de 100 € par certificat manquant.
La première période d’obligation a commencé le 1er janvier 2026. Pour le fournisseur, les CPB représentent donc une nouvelle dépense liée à la vente de gaz. Cette dépense peut ensuite être intégrée au tarif facturé aux clients professionnels concernés. Un client tertiaire ayant souscrit un contrat de gaz classique peut donc supporter indirectement le coût des CPB, même s’il n’a demandé aucune part de biométhane dans son offre.
Quel taux de biométhane choisir pour limiter le surcoût ?
Le taux de biométhane souscrit correspond à la part de la consommation de gaz que l’entreprise souhaite couvrir par des garanties d’origine biométhane. Un taux de 20 % signifie par exemple que, pour 100 MWh de gaz consommés, l’entreprise achète des garanties d’origine correspondant à 20 MWh de biométhane injectés dans le réseau.
Plus ce taux augmente, plus le coût des garanties d’origine augmente. Au vu de la différence de prix entre le biométhane et le biogaz, le choix consiste donc à trouver un équilibre entre l’objectif environnemental de l’entreprise et le budget qu’elle souhaite y consacrer.
Pourquoi passer par Opéra Energie pour choisir son offre de biogaz ?
Opéra Energie accompagne les entreprises dans le choix du taux de biométhane adapté à leurs objectifs et à leur budget. Le courtier met ensuite les fournisseurs en concurrence sur des bases comparables :
- même volume de consommation,
- même durée de contrat
- même taux de biométhane.
Grâce à son comparateur de gaz naturel professionnel, l’entreprise distingue le prix de la molécule de gaz du coût des garanties d’origine et mesure précisément le surcoût lié à son engagement environnemental. Un moyen de trouver le meilleur contrat pour votre entreprise.
Diplômée d’un Master 2 du CELSA-Paris Sorbonne, Caroline s’est lancée comme rédactrice et chargée de communication éditoriale indépendante en 2017. Intéressée par les problématiques liées à la transition énergétique et à la mobilité, elle travaille avec Opéra Énergie depuis 2019.
Experte sur les problématiques liées à l'énergie et la rénovation énergétique, elle ambitionne à travers ses articles de faire de la pédagogie sur le marché du gaz et de l’électricité, en constante évolution.