Dans la distribution alimentaire, la facture énergétique peut représenter jusqu’à 30 % du résultat net, selon la fédération du commerce Perifem. Un magasin qui présente des dérives de consommations non repérées pendant des mois risque de coûter cher à l’enseigne.

Pour cela, il faut pouvoir détecter cette dérive sur des dizaines de points de vente aux usages très différents. Comment structurer ce suivi à l’échelle de votre réseau ? C’est tout l’intérêt du monitoring énergétique dans le retail.

En résumé :

  • Le commerce représente à lui seul 5 % de la consommation d’énergie en France selon Perifem et Enedis. À l’échelle d’une enseigne, l’énergie est un poste de coût pilotable.
  • Depuis le plan de sobriété lancé par Perifem en 2022, le commerce a réduit sa consommation d’électricité de 15 % en trois ans, sur 53 000 commerces suivis avec Enedis.
  • Un magasin alimentaire et une boutique de galerie marchande ne se jugent pas sur le même indicateur. La comparaison suppose des groupes au profil homogène, et les consommations relevées hors horaires d’ouverture y constituent le premier gisement d’économies.
  • Le monitoring produit des économies lorsqu’il est prolongé par un audit et par un plan d’action suivi dans le temps.
  • Le décret BACS impose une gestion technique du bâtiment aux locaux tertiaires existants dépassant 70 kW, à l’échéance du 1er janvier 2030.

Pourquoi le retail multi-sites a-t-il besoin d’un monitoring énergétique dédié ?

Un réseau de magasins additionne des bâtiments qui n’ont ni les mêmes équipements ni les mêmes horaires. Par exemple, un magasin alimentaire de réseau maintient ses chambres froides en fonctionnement jour et nuit, rideau baissé compris. De son côté, une boutique de prêt-à-porter installée en galerie marchande occupe un local dont le chauffage est produit et refacturé par le bailleur.

Ces écarts d’usage rendent la facture difficile à interpréter magasin par magasin. Le directeur peut voir la facture annuelle augmenter sans point de comparaison, et le siège ignore lequel de ses sites présente une vraie marge de progression. La gestion de l’énergie d’un réseau de magasins suppose donc une vision consolidée, qui rassemble les consommations dans un format unique.

Cette mise en commun a déjà porté ses fruits à l’échelle du secteur. Depuis le plan de sobriété adopté par Perifem en 2022, les enseignes ont abaissé leur consommation d’électricité de 15 % en trois ans, sur 53 000 commerces suivis avec Enedis.

Bon à savoir : la surface de vente ne suffit pas à classer un magasin

Un commerce alimentaire de 600 m² équipé de chambres froides consomme sur des postes absents d’une boutique de prêt-à-porter de même surface, où le chauffage relève du bailleur. Deux factures très écartées peuvent donc correspondre à deux magasins également bien gérés.

Quels indicateurs suivre pour un monitoring énergétique retail efficace ?

Quatre indicateurs méritent d’être suivis en priorité lors de la mise en place d’un plan de monitoring dans le retail :

IndicateurCe que l’indicateur permet de repérer
La consommation en kWh par m² et par anElle situe chaque magasin face aux points de vente de même format.
La répartition par usageElle indique lequel du froid, de l’éclairage ou du chauffage pèse le plus.
La consommation hors horaires d’ouvertureElle révèle les équipements qui fonctionnent magasin fermé.
L’écart au groupe de référenceIl mesure la dérive face à des sites réellement comparables.

Le premier indicateur est la consommation annuelle rapportée à la surface de vente, en kWh par mètre carré et par an. Il ramène des magasins de tailles différentes à une même échelle. Décomposé par usage, entre le froid commercial, l’éclairage et le chauffage, il indique sur quel poste agir en priorité. Selon Perifem, la fermeture des meubles frigorifiques a permis à elle seule près de 25 % d’économies sur la facture des commerces qui l’ont réalisée.

Comment constituer des groupes de magasins comparables ?

Pour bien comparer il convient de répartir les magasins en groupes homogènes, puis de comparer chaque site aux autres membres de son groupe.

Deux critères suffisent le plus souvent :

  • Le premier est le format du point de vente, sa surface et son activité.
  • Le second est la présence ou l’absence de froid commercial, qui pèse lourdement sur la consommation.

Un magasin alimentaire de 400 m² se compare ainsi aux autres magasins alimentaires de l’enseigne, plutôt qu’à la moyenne d’un parc qui compte aussi des boutiques sans froid. Celui qui consomme nettement plus que ses pairs devient un candidat à un examen approfondi.

A noter : Un magasin alimentaire consomme structurellement plus au mètre carré qu’une boutique de prêt-à-porter, parce que ses chambres froides tournent en continu. Un classement unique le place en bas de tableau quelle que soit sa qualité de gestion.

Du monitoring énergétique dans le retail : comment faire des économies d’énergie ?

Monitoring et audit énergétique

En parallèle d’un monitoring, la réalisation d’un audit énergétique tertiaire sert précisément à l’identifier les dérives de consommation. L’auditeur analyse les factures, puis se rend sur place pour examiner les équipements et les usages. Il chiffre ensuite chaque action envisageable ainsi que son temps de retour sur investissement.

Les préconisations dépendent ensuite du poste de consommation le plus lourd du magasin, c’est-à-dire de l’usage qui absorbe la plus grande part de ses kilowattheures. Dans un point de vente dont la consommation reste élevée la nuit, ce poste est souvent l’éclairage ou la ventilation laissés en marche. Dans un commerce alimentaire, ce sont les chambres froides et les groupes froids qui dominent.

L’audit débouche sur un plan d’action hiérarchisé, du geste de réglage sans investissement au remplacement d’équipement. Le suivi des consommations sert ensuite à contrôler, mois après mois, que les économies annoncées se retrouvent bien sur les factures.

La qualification OPQIBI 1905, un repère pour choisir son auditeur

La qualification OPQIBI 1905 s’intitule « Audit énergétique des bâtiments (tertiaires et/ou habitations collectives) ». Délivrée par l’organisme de qualification de l’ingénierie, elle atteste que le prestataire dispose des moyens techniques et de la méthode attendus, au regard de l’arrêté du 24 novembre 2014 modifié et de la norme NF EN 16247. Pour un réseau de plusieurs dizaines de magasins, c’est un premier filtre au moment de choisir un auditeur.

Quels points de vigilance avant de déployer un monitoring sur tout un réseau ?

La réussite d’un déploiement multi-sites tient surtout à la qualité des données récoltées. Un monitoring énergétique alimenté par des données incomplètes produit des comparaisons erronés. L’entreprise risque alors de mal prioriser les actions à mener.

Trois points méritent d’être vérifiés en amont :

  • Le périmètre du compteur et des sous-compteurs. Chaque magasin doit être examiné pour savoir quels usages son compteur mesure et lesquels en sont exclus.
  • La fréquence des relevés. Un relevé mensuel donne un total, sans dire à quelles heures l’énergie a été consommée. Des mesures heure par heure font apparaître les équipements restés en marche magasin fermé.
  • L’appropriation par les équipes. Les responsables de magasin doivent recevoir un retour lisible sur leur consommation pour que le suivi produise un effet sur le terrain.

Que changent le décret BACS et la digitalisation des points de vente pour le retail ?

En matière de monitoring énergétique dans le retail, la réglementation évolue du fait du décret BACS. Explications.

Les seuils de puissance et les échéances du décret BACS

Le décret BACS impose un système d’automatisation et de contrôle dans certains bâtiments tertiaires. Derrière ce terme se trouve la gestion technique du bâtiment, ou GTB, un automate qui pilote le chauffage, la climatisation et l’éclairage à partir de programmes horaires et de mesures continues.

L’obligation dépend de la puissance nominale des installations de chauffage et de climatisation. Le décret n° 2023-259 du 7 avril 2023 a abaissé ce seuil de déclenchement de 290 kW à 70 kW.

Deux échéances coexistent donc pour les bâtiments existants :

  • Au-delà de 290 kW de puissance nominale, l’obligation s’applique depuis le 1er janvier 2025.
  • Entre 70 et 290 kW, elle est portée au 1er janvier 2030.

Une donnée de consommation déjà disponible dans les points de vente ?

Le décret BACS impose d’installer des automates de pilotage. En parallèle, la donnée de consommation est déjà présente dans la plupart des magasins, produite par deux équipements que les enseignes n’ont pas eu à financer.

Le premier est le compteur communicant. Enedis a généralisé le compteur Linky sur les raccordements de 3 à 36 kVA, qui couvrent la majorité des points de vente d’un réseau. Au-delà de cette puissance, les sites sont équipés de compteurs communicants dits PME-PMI. Dans les deux cas, le compteur enregistre la consommation par tranches infra-journalières et la transmet à distance, ce qui donne accès à la courbe de charge du magasin, c’est-à-dire au relevé de sa consommation heure par heure, sans déplacement ni relevé manuel.

Le second est la GTB déjà installée dans une partie des magasins, le plus souvent pour piloter le chauffage ou l’éclairage. Ces automates enregistrent des mesures en continu, qui peuvent être remontées vers un outil de suivi centralisé lorsque leur protocole de communication le permet.

Un réseau qui met en place un suivi énergétique multi-sites part donc rarement de zéro. Le travail consiste d’abord à collecter et à mettre en forme, magasin par magasin, des données déjà produites.

Comment Opéra Énergie accompagne les réseaux retail multi-sites ?

Opéra Énergie intervient comme courtier en énergie, avec un bureau d’études intégré Opéra Efficiencies. Nous proposons un accompagnement en plusieurs étapes pour aider le retail à réduire sa facture d’énergie.

  • Étape 1 : consolider les consommations du parc. Les consommations de tous les points de vente sont rassemblées au même endroit, avec les données de contexte qui permettent de les comparer. Opéra Énergie aide ensuite à définir les indicateurs et les groupes de référence, dans une logique de gestion de la consommation d’énergie à l’échelle du parc.
  • Étape 2 : auditer les magasins prioritaires. Le bureau d’études interne d’Opéra Énergie, qualifié OPQIBI 1905, audite les sites que le suivi a signalés. Il analyse les factures, se rend sur place pour relever les données techniques et d’usage, puis hiérarchise les actions par rentabilité.
  • Étape 3 : renégocier les contrats d’énergie. Les volumes réels mesurés magasin par magasin servent de base à la négociation des contrats d’électricité et de gaz. Ce levier agit sur la facture d’électricité d’un commerce dès l’échéance suivante, quand un programme de travaux s’étale sur plusieurs exercices.

Leader et pionnier du courtage en énergie B2B, Opéra Énergie a accompagné 115 000 sites et 15 000 entreprises, avec une satisfaction de 4,9/5 et 20 heures gagnées en moyenne par client.

Diplômée d’un Master 2 du CELSA-Paris Sorbonne, Caroline s’est lancée comme rédactrice et chargée de communication éditoriale indépendante en 2017. Intéressée par les problématiques liées à la transition énergétique et à la mobilité, elle travaille avec Opéra Énergie depuis 2019.

Experte sur les problématiques liées à l'énergie et la rénovation énergétique, elle ambitionne à travers ses articles de faire de la pédagogie sur le marché du gaz et de l’électricité, en constante évolution.