Mesurer les consommations d’une entreprise ne suffit pas à les maîtriser. Entre le simple suivi des données, la régulation de quelques équipements et une GTB complète, les écarts de coût et de performance peuvent être importants. Jusqu’où automatiser le pilotage énergétique des bâtiments sans suréquiper le site ? Avant de choisir une technologie, l’arbitrage consiste à relier les usages réellement pilotables aux économies attendues en tenant compte des obligations réglementaires

L’essentiel en 3 points sur le pilotage énergétique des bâtiments

Pour garantir l’optimisation énergétique d’un data center, 4 étapes sont toujours à respecter :

  1. le bon niveau de pilotage énergétique pour les bâtiments part des usages et des dérives à corriger, pas du catalogue d’équipements ;
  2. une GTB complète n’est pas systématiquement nécessaire, car le monitoring ou une régulation ciblée peuvent suffire sur certains sites ;
  3. avant d’investir, coût net, économies attendues, contraintes BACS et financements mobilisables sont à comparer.

Qu’est-ce que le pilotage énergétique des bâtiments ?

Le pilotage énergétique des bâtiments consiste à exploiter les données de consommation et de fonctionnement pour agir sur les équipements et adapter leur utilisation aux besoins réels.

Trois niveaux sont à distinguer :

  • mesurer permet de connaître les consommations ;
  • superviser aide à repérer une dérive, un fonctionnement anormal ou un écart par rapport à une consigne ;
  • piloter ajoute une capacité d’action, comme modifier une température, programmer des horaires ou réguler un équipement en fonction de l’occupation.

Le choix des outils s’inscrit donc dans une démarche de pilotage énergétique plus globale avec pour objectif de transformer les données en actions adaptées.

Quel niveau de pilotage énergétique choisir pour un bâtiment ?

Le dispositif de pilotage énergétique d’un bâtiment doit répondre au besoin réel des sites qui n’ont pas tous intérêt à atteindre le même degré d’automatisation.

BesoinNiveau à envisagerSolutions possibles
Comprendre les consommations et repérer les dérivesSuivi énergétiqueComptage, sous-comptage et plateforme de monitoring
Agir sur un équipement ou un usage déterminéPilotage cibléRégulation, automatismes et GTC
Coordonner plusieurs équipements techniquesPilotage centraliséGTB
Automatiser plusieurs systèmes selon l’usage du bâtimentPilotage avancéGTB assurant les fonctions requises, notamment lorsqu’elle doit répondre au décret BACS
Niveau de pilotage énergétique pour un bâtiment

Le monitoring énergétique s’impose quand les consommations restent mal connues, tandis qu’une GTC ou une GTB devient plus adaptée lorsque plusieurs équipements doivent être commandés ou coordonnés. Le périmètre d’une GTB doit toujours rester proportionné aux usages pilotables et aux gains attendus.

Pilotage énergétique des bâtiments : quels équipements viser en priorité ?

Chauffage, climatisation et ventilation figurent souvent parmi les premiers postes à examiner, notamment lorsque leur fonctionnement varie selon les horaires, l’occupation ou les conditions météorologiques.

Toutefois, l’eau chaude sanitaire, l’éclairage et certains auxiliaires peuvent également être intégrés.

L’ordre de priorité dans le pilotage énergétique des bâtiments dépend surtout des dérives pouvant être corrigées :

  • horaires inadaptés ;
  • consignes excessives ;
  • fonctionnement hors occupation ;
  • chauffage et refroidissement simultanés ;
  • défaut de régulation.

Des indicateurs de performance énergétique (IPÉ) adaptés permettent ensuite de vérifier si les réglages et automatismes produisent effectivement les gains attendus.

Comment choisir une solution de pilotage énergétique selon son type de bâtiment ?

La configuration du site et son activité modifient fortement les besoins de pilotage.

Type de bâtimentEnjeu principalPilotage à privilégier
Bureaux, commerces et santéAdapter le CVC, l’éclairage et éventuellement la production d’eau chaude sanitaire à l’occupationRégulation par zone, GTC ou GTB selon la complexité
Parc tertiaire multisiteComparer les sites et détecter rapidement les dérivesSous-comptage, plateforme centralisée et pilotage des principaux équipements
Site industrielTraiter les usages des bâtiments sans confondre leur gestion avec celle des procédésSuivi des zones tertiaires et pilotage ciblé du CVC et des équipements associés
Copropriété avec chauffage ou ECS collectifsLimiter les dérives des installations communesRégulation et suivi du chauffage ou de l’ECS (pilotage plus étendu si les équipements le justifient)

Définir la bonne solution de pilotage énergétique des bâtiments implique de considérer :

  • surface ;
  • puissance ;
  • nombre d’équipements ;
  • horaires d’occupation ;
  • hétérogénéité des zones ;
  • possibilités de régulation.

Pilotage énergétique des bâtiments : quelles obligations réglementaires ?

Dans le tertiaire, le décret BACS et le décret tertiaire peuvent influencer le projet, mais leurs objectifs sont différents.

En effet, le décret BACS impose un système d’automatisation et de contrôle dans les bâtiments où sont exercées des activités tertiaires, équipés d’un système de chauffage ou de climatisation, combiné ou non à la ventilation, d’une puissance nominale utile supérieure à 70 kW.

Les bâtiments existants de plus de 290 kW devaient déjà être équipés au 1er janvier 2025.

Pour les autres bâtiments existants dépassant 70 kW, l’obligation s’applique lors du renouvellement du système concerné et, au plus tard, le 1er janvier 2030, sauf exemption prévue par la réglementation.

Cette dernière nécessite une étude établissant que l’installation n’est pas réalisable avec un temps de retour sur investissement inférieur à dix ans.

Le système BACS doit notamment :

  • suivre et analyser les données énergétiques à un pas horaire par zone fonctionnelle ;
  • ajuster les systèmes techniques ;
  • détecter les pertes d’efficacité ;
  • être interopérable avec les équipements reliés.

Le décret tertiaire concerne les bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments cumulant au moins 1 000 m² d’activités tertiaires. Il impose des objectifs de réduction des consommations d’énergie finale ou l’atteinte de valeurs absolues, ainsi qu’une déclaration annuelle sur OPERAT. Dans ce contexte, le pilotage constitue un levier pour atteindre ces objectifs, sans rendre à lui seul une GTB systématiquement obligatoire.

Combien coûte le pilotage énergétique d’un bâtiment ?

Quelques compteurs, une régulation ciblée ou l’automatisation de plusieurs systèmes techniques, le budget pour piloter les consommations d’un bâtiment varie fortement selon le périmètre. Ainsi, la solution se chiffre à partir des fonctions réellement nécessaires.

Budget à prévoir pour piloter un bâtiment

Le coût du pilotage énergétique d’un bâtiment dépend :

  • du nombre de points de mesure ;
  • des capteurs existants ;
  • des équipements à raccorder ;
  • des protocoles de communication ;
  • du câblage ;
  • du logiciel choisi ;
  • de l’intégration ;
  • de la maintenance.

À titre indicatif, Opéra Énergie retient un ordre de grandeur d’environ 25 €/m² pour l’installation d’une GTB. Ce ratio ne constitue toutefois pas un tarif général et seul un devis personnalisé peut permettre de chiffrer le coût de la mise en œuvre du pilotage énergétique d’un bâtiment.

À noter qu’un audit énergétique tertiaire préalable peut aider à identifier les usages prioritaires, à évaluer les gains possibles et à comparer différents scénarios. Le temps de retour simple peut être estimé en divisant l’investissement net par les économies annuelles attendues. Ce calcul d’aide à la décision ne se substitue pas au calcul réglementaire prévu pour une éventuelle exemption au décret BACS.

Financement du pilotage énergétique d’un bâtiment

Les CEE dans le tertiaire peuvent réduire le reste à charge de certaines opérations de pilotage énergétique.

Par exemple, la fiche BAT-TH-116 concerne, sous conditions, l’achat d’un système neuf de gestion technique du bâtiment ou l’amélioration d’un système existant dans un bâtiment tertiaire existant depuis plus de deux ans.

Le système installé ou amélioré doit notamment assurer, par automatisation centralisée, des fonctions de régulation de classe A ou B au sens de la norme NF EN ISO 52120-1 : 2022 pour les usages concernés. La fiche est applicable aux opérations engagées avant le 1er janvier 2030.

Le montant de la prime dépend du volume de CEE généré et de sa valorisation. Il doit être estimé avant l’engagement.

Comment dimensionner un projet de pilotage sans suréquiper le bâtiment ?

Le choix de la technologie de pilotage énergétique d’un bâtiment se fait après le diagnostic. Les consommations, les dérives et les équipements sur lesquels une action peut réellement produire des économies sont analysés en premier. Le cas échéant, les obligations réglementaires déterminent le niveau minimal à respecter.

Plusieurs scénarios et dispositifs de pilotage peuvent alors être comparés selon :

  • leur coût ;
  • les économies attendues ;
  • les aides ;
  • leur temps de retour sur investissement.

Une régulation ciblée peut suffire si quelques équipements concentrent les dérives, tandis qu’un bâtiment complexe ou un parc multisite peut justifier une centralisation plus poussée.

Comment Opéra Énergie accompagne le pilotage énergétique des bâtiments ?

Un projet de pilotage énergétique implique de choisir les outils qui auront un impact notable et mesurable sur les consommations et l’exploitation du bâtiment.

Opéra Énergie aide les entreprises et gestionnaires de patrimoine à déterminer où concentrer leurs investissements. Nous commençons par réaliser un audit énergétique afin d’identifier les usages prioritaires, les dérives et les actions les plus pertinentes à engager. Lorsque le projet est éligible, nos équipes peuvent également assurer le montage et la valorisation du dossier CEE dans le but de réduire le reste à charge des équipements et travaux concernés.

Diplômée d'un master en environnement, Alexandra a exercé en tant qu'ingénieure pendant quinze ans en bureaux d'études techniques.

Depuis 2019, elle est rédactrice web spécialisée sur les sujets liés à l'énergie et au bâtiment. Spécialiste des enjeux de la transition énergétique, elle associe sa plume à son expertise technique pour rédiger des contenus qui répondent aux enjeux des entreprises et aident à la prise de décision.