Un hôtel consomme en moyenne 201 kWh par mètre carré et par an, contre 167 kWh/m² pour l’ensemble du parc tertiaire français. Un écart de plus de 20 %, visible directement sur le compte d’exploitation. Le pilotage énergétique, c’est-à-dire le fait de mesurer ses consommations puis d’agir dessus de façon organisée, devient donc un sujet pour la direction. Sans compter que le décret tertiaire impose des objectifs chiffrés et le prix de l’énergie pèse sur la marge. Par où commencer, et avec quels outils ? Voici ce qu’il faut savoir sur le pilotage énergétique d’un hôtel.

En résumé :

  • L’hôtellerie consomme environ 20 % de plus au mètre carré que la moyenne du parc tertiaire, et l’écart se creuse avec le niveau de gamme.
  • Le chauffage, la ventilation et la climatisation pèsent près de la moitié de la cible fixée pour 2030 par le ministère de la Transition écologique.
  • Dans le cadre du décret tertiaire, tout hôtel dont la surface tertiaire atteint 1 000 m² doit réduire sa consommation d’énergie de 40 % en 2030 par rapport à son année de référence.
  • Cet objectif se démontre en valeur relative ou en valeur absolue. L’arrêté « valeurs absolues III » du 28 novembre 2023 fixe les seuils applicables à l’hôtellerie.
  • Chaque année, avant le 30 septembre, l’hôtelier déclare ses consommations sur la plateforme OPERAT de l’ADEME.
  • Un pilotage efficace implique un audit énergétique, une remise en concurrence du contrat d’électricité et de gaz, puis un suivi des performances dans la durée.

Le pilotage énergétique d’un l’hôtel : un enjeu de rentabilité

La volatilité des prix de l’énergie de l’énergie pèse sur la compétitivité des entreprises et c’est particulièrement vrai pour l’hôtellerie. La plateforme OPERAT, le registre national tenu par l’ADEME, sur lequel chaque bâtiment tertiaire soumis au décret déclare sa consommation d’énergie offre une photographie du parc par activité. L’hôtellerie y ressort au 20e rang sur 60 catégories. Elle consomme 1,2 fois plus au mètre carré que la moyenne du tertiaire.

Ce classement s’explique par le rythme de l’établissement. Un hôtel ne ferme pas la nuit, il produit de l’eau chaude toute l’année et chauffe ses espaces communs même lorsque le taux d’occupation baisse.

Pilotage énergétique d'un hôtel

Le niveau de gamme creuse encore l’écart. Sur l’année de référence du décret tertiaire, les chambres d’un 5 étoiles consomment environ 324 kWh/m²/an, contre 176 kWh/m²/an pour un 2 étoiles. Les chambres y sont plus grandes, la climatisation systématique et les équipements de confort plus nombreux. Ainsi, le pilotage énergétique d’un hôtel devient un enjeu majeur.

Bon à savoir : la piscine intérieure est le poste le plus intensif d’un hôtel

Elle consomme près de 400 kWh/m²/an sur la surface des bassins, davantage que la moyenne des chambres d’un 5 étoiles, selon l’Ademe. Ouvrir un spa modifie le profil énergétique de l’établissement bien plus que sa surface ne le suggère.

Les économies d’énergie dans l’hôtellerie démarrent le plus souvent par une lecture fine des consommations existantes. Encore faut-il savoir sur quels postes agir.

Quels sont les leviers concrets du pilotage énergétique d’un hôtel ?

Pour fixer ses objectifs 2030, le ministère de la Transition écologique découpe la consommation d’un hôtel en deux blocs :

  • Le CVC, pour chauffage, ventilation et climatisation : tout ce qui met le bâtiment en température et renouvelle l’air.
  • L’USE, à savoir, l’éclairage, l’eau chaude sanitaire et les équipements propres à l’activité.

Les leviers d’action principaux se concentrent sur un nombre limité de postes :

  • La régulation du CVC vient en premier parce qu’elle ne demande presque aucun investissement. L’hôtel différencie ses consignes de température par zone et coupe le chauffage et la climatisation des chambres inoccupées, en reliant les cartes à clé à la gestion technique du bâtiment, l’automate qui pilote les équipements.
  • L’eau chaude sanitaire vient ensuite. Le calorifugeage, c’est-à-dire l’isolation des tuyaux qui transportent l’eau chaude, limite les pertes entre la chaufferie et les chambres. L’exploitant règle les températures de stockage dans le respect de la prévention de la légionelle.
  • L’éclairage produit un gain rapide dans les circulations, les parkings et les réserves, où les luminaires restent allumés en continu. Le passage en LED et la détection de présence y concentrent l’essentiel de l’économie.
  • La cuisine et la blanchisserie rassemblent des équipements qui tournent tous les jours. Récupérer la chaleur des groupes froids relève de la même logique que la performance énergétique d’un restaurant.
  • Le financement se prépare en parallèle. L’accompagnement aux CEE dans un hôtel fait couvrir une partie de ces travaux par les certificats d’économies d’énergie, sous conditions d’éligibilité.

Ne lancez pas les travaux avant d’avoir fait réaliser un audit énergétique

L’audit mesure poste par poste où part l’énergie, puis classe les actions par gain attendu. Sans lui, une chaudière neuve mais mal régulée, installée sur un réseau de tuyaux non isolé, produit une économie très inférieure à celle annoncée sur le devis. La maîtrise de l’énergie dans un hôtel commence par le diagnostic.

Décret tertiaire et OPERAT : quelles obligations pour un hôtel ?

Réaliser des travaux répond aussi à une obligation légale. Le décret tertiaire, officiellement dispositif Éco Énergie Tertiaire, s’applique à tout site dont la surface consacrée à une activité tertiaire atteint 1 000 m². Ce seuil couvre l’ensemble du site, restaurant, salles de séminaire et espaces bien-être compris.

L’obligation porte sur l’énergie finale, celle qui apparaît sur les factures. L’hôtelier choisit entre deux façons de démontrer qu’il tient l’objectif :

  • La valeur relative, notée Crelat, consiste à réduire sa consommation par rapport à une année de référence que l’établissement choisit lui-même, à condition qu’elle soit postérieure à 2010. La baisse doit atteindre 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050. Cette voie convient aux bâtiments énergivores au départ, qui ont une large marge de progression.
  • La valeur absolue, notée Cabs, remplace ce pourcentage par un seuil de consommation en kWh/m²/an, à ne pas dépasser. L’arrêté « valeurs absolues III » du 28 novembre 2023, publié au Journal officiel le 13 décembre 2023, fixe ces seuils pour l’hôtellerie, catégorie d’étoiles par catégorie d’étoiles . Cette voie protège les établissements déjà performants, pour qui 40 % de plus seraient hors de portée.

Sur l’ensemble du parc tertiaire, les consommations ont déjà baissé de 26 % entre l’année de référence et 2024.

Ces seuils dépendent du climat de la commune et de l’altitude. La réglementation thermique découpe la France en huit zones, et elle accorde une cible plus élevée à un hôtel de montagne par exemple, puisqu’il faut y chauffer davantage. Voici les valeurs qui s’appliquent en zone en zone H2b, notamment dans les Pays de la Loire et leurs départements voisins, sous 400 mètres d’altitude, en kWh/m²/an :

CatégorieCVCUSECible totale
1 étoile et non classé6163124
2 étoiles6159120
3 étoiles6169130
4 étoiles6161122
5 étoiles et plus6152113

L’hôtelier renouvelle cette déclaration chaque année, sans exception. Il saisit les consommations de l’année écoulée sur la plateforme OPERAT, avant le 30 septembre. Vérifiez que le périmètre déclaré couvre toutes les surfaces du site.

Comment assurer le pilotage énergétique d’un hôtel au quotidien ?

Pour suivre sa consommation, l’hôtelier peut utiliser le compte client mis en place par son fournisseur d’énergie. Il a tout intérêt à analyser la courbe de charge. Il s’agit du relevé automatique de la puissance appelée par l’établissement, que le compteur communicant enregistre toutes les dix minutes ou toutes les heures. Elle prend la forme d’un graphique, où chaque pic correspond à un moment de forte consommation.

Cette donnée existe déjà. Enedis la met à disposition pour l’électricité. Elle décrit toutefois le site entier, tous usages confondus. L’hôtel doit compléter par des sous-compteurs, c’est-à-dire des compteurs secondaires en aval du compteur principal, sur les circuits des postes les plus lourds. C’est cette granularité qui permet d’établir plan d’action hiérarchisé.

Un suivi énergétique structuré exploite ces données pour repérer une dérive en quelques jours : une pompe restée en marche après une maintenance, un ballon qui chauffe la nuit. Le monitoring énergétique automatise l’étape suivante en déclenchant une alerte dès que la consommation dépasse un seuil, et prépare les données de la déclaration OPERAT.

Reste à décider dans quel ordre agir. Le pilotage énergétique consiste à classer ces actions par temps de retour sur investissement, puis à vérifier, données à l’appui, que l’économie annoncée s’est matérialisée.

Comment optimiser le contrat d’électricité et de gaz d’un hôtel ?

Une fois la consommation maîtrisée, il convient d’optimiser les factures d’énergie. Un hôtel présente parfois un profil atypique, avec une saison haute et une saison basse très marquées. Trois réglages pèsent alors sur la facture.

Bien dimensionner la puissance souscrite

La puissance souscrite est la puissance maximale que l’hôtel s’autorise à appeler à un instant donné, exprimée en kVA. L’hôtel la paie indépendamment du volume qu’il consomme. Surdimensionnée, elle alourdit la contribution au TURPE, le tarif d’acheminement qui rémunère l’usage des réseaux publics. Sous-dimensionnée, elle entraîne des surcoûts de dépassement de puissance ou des disjonctions fréquentes du compteur.

Choisir la bonne version tarifaire du TURPE

Le TURPE se paie en deux fragments :

  • un abonnement calculé sur la puissance souscrite
  • un prix au kWh acheminé.

La version tarifaire fixe le poids de chacun. Trois versions coexistent, du site qui consomme peu d’heures à celui qui tourne en continu :

  • La courte utilisation, ou CU, allège l’abonnement et renchérit le kWh. Elle convient à un site qui appelle beaucoup de puissance sur peu d’heures, comme un hôtel saisonnier.
  • La moyenne utilisation, ou MU, occupe une position intermédiaire. Elle reste réservée aux sites de 36 kVA au plus, donc aux plus petits établissements.
  • La longue utilisation, ou LU, applique la logique inverse : abonnement plus cher, kWh moins cher. Elle est plus indiquée à un établissement ouvert toute l’année ou sans grandes variations saisonnières.

Quand basculer d’une version à l’autre ? Cela dépend. Le calcul se fait site par site, en confrontant la puissance souscrite au volume consommé. C’est à cela que sert la courbe de charge.

Regarder les offres adaptées aux activités saisonnières

Certains fournisseurs construisent des contrats calés sur les activités saisonnières. Par exemple, le contrat Estivia d’EDF, destiné aux sites de plus de 36 kVA en basse tension, applique des prix plus attractifs d’avril à octobre, de 11 h à 18 h en semaine et toute la journée le week-end, sur une durée initiale de quatre ans. Un hôtel dont le pic d’activité tombe en été y trouve un intérêt qu’un établissement ouvert toute l’année n’aura pas.

Ces trois réglages se combinent. Un courtier en énergie pour hôtels, comme Opéra Energie, les compare offre par offre et cadre la négociation avec les fournisseurs.

Pilotage énergétique d’un hôtel : comment Opéra Énergie accompagne-t-il les hôteliers à chaque étape ?

Étape 1 : réalisation d’un audit énergétique

Le bureau d’études intégré analyse les consommations du site et identifie les postes prioritaires. Cette étape précède tout engagement de travaux, pour éviter d’investir sur un poste qui pèse peu.

Étape 2 : mise en concurrence des fournisseurs

Opéra Énergie met en concurrence plus de 30 fournisseurs, puis négocie le contrat d’électricité ou de gaz à partir du profil réel de l’établissement, puissance souscrite et saisonnalité comprises.

Étape 3 : suivi des consommations

La solution de suivi sécurise les résultats dans le temps, alimente la déclaration annuelle sur OPERAT et signale les postes qui repartent à la hausse après les travaux.

Ses clients déclarent 20 heures gagnées en moyenne sur la gestion de leurs contrats d’énergie. Soucieux de proposer un accompagnement personnalisé, les courtiers disposent d’une satisfaction de 4,9/5.

Diplômée d’un Master 2 du CELSA-Paris Sorbonne, Caroline s’est lancée comme rédactrice et chargée de communication éditoriale indépendante en 2017. Intéressée par les problématiques liées à la transition énergétique et à la mobilité, elle travaille avec Opéra Énergie depuis 2019.

Experte sur les problématiques liées à l'énergie et la rénovation énergétique, elle ambitionne à travers ses articles de faire de la pédagogie sur le marché du gaz et de l’électricité, en constante évolution.