Dans un data center, chaque amélioration énergétique implique de maintenir la disponibilité des infrastructures. Or, entre les coûts énergétiques, le renforcement des réglementations environnementales et la nécessité de maîtriser les investissements, les exploitants ont besoin de savoir précisément où agir. L’audit énergétique d’un data center répond à cet enjeu. Jusqu’où faut-il analyser les équipements ? Comment optimiser le PUE sans fragiliser la redondance ? L’audit est-il obligatoire et permet-il réellement de construire un programme d’actions exploitable pour un centre de données ?
L’essentiel en 30 secondes sur l’audit énergétique des data centers
- un audit de centre de données hiérarchise les actions selon les économies attendues, l’investissement nécessaire, leur rentabilité et leur incidence sur l’exploitation ;
- l’étude énergétique s’appuie sur les données existantes, la visite technique et des mesures compatibles avec les contraintes du site. Elle peut être réalisée sans interrompre le fonctionnement des serveurs ;
- la durée d’un audit en data center varie selon le périmètre et la qualité des données disponibles. Comptez environ une mission de 1 à 2 mois, avec 0,5 à 1 journée de visite sur site ;
- l’obligation d’audit en data center se base sur la consommation de la personne morale. D’autres exigences peuvent toutefois concerner directement le bâtiment ou le centre de données.
Que couvre un audit énergétique de data center ?
L’audit énergétique d’un data center reconstitue les flux d’énergie depuis l’alimentation du site jusqu’aux équipements informatiques. Si la consommation énergétique des data centers provient principalement de la charge IT et des infrastructures nécessaires à son fonctionnement, l’analyse va plus loin et porte sur :
- les serveurs ;
- le stockage et le réseau ;
- les systèmes de refroidissement et de circulation d’air ;
- les transformateurs, tableaux électriques, onduleurs ou UPS ;
- le comptage et la supervision ;
- le cas échéant, les équipements auxiliaires et les contraintes de redondance.
L’enjeu consiste à déterminer quels équipements consomment le plus d’énergie dans le centre de données au regard du service réellement rendu et à repérer les pertes (sur-refroidissement, mauvaise circulation de l’air, équipements IT sous-utilisés, etc.).
À noter dans un site en colocation
Le périmètre de l’audit énergétique du data center doit aussi distinguer les équipements exploités par l’opérateur de ceux relevant de ses clients.
L’audit énergétique d’un data center est-il obligatoire ?
Il n’existe pas d’obligation générale imposant à tout data center de réaliser un audit énergétique. En revanche, plusieurs dispositifs peuvent concerner l’exploitant ou le bâtiment.
| Réglementation | Qui est concerné ? | Ce qu’elle impose | Échéance |
| Audit énergétique des entreprises | Personnes morales visées par le Code de l’énergie consommant en moyenne ≥ 2,75 GWh/an d’énergie finale | Audit tous les 4 ans en l’absence de SMÉ couvrant le périmètre requis | Premier audit au 11 octobre 2026 pour les nouveaux assujettis |
| Système de management de l’énergie | Consommation moyenne ≥ 23,6 GWh/an | SMÉ certifié | 11 octobre 2027 pour les nouveaux assujettis |
| Décret tertiaire | Bâtiments ou ensembles accueillant ≥ 1 000 m² d’activités tertiaires, dont les salles et centres d’exploitation informatique | Réduction des consommations et déclaration sur OPERAT | Suivi annuel |
| Décret BACS | Bâtiments tertiaires équipés de chauffage ou climatisation > 70 kW | Automatisation et contrôle des systèmes techniques, sauf exceptions réglementaires | > 290 kW : obligation déjà applicable Autres systèmes > 70 kW : au plus tard le 1er janvier 2030 |
| Reporting data center | Centres de données ≥ 500 kW | Transmission et publication d’indicateurs énergétiques et environnementaux | Au plus tard le 15 mai de chaque année |
Les seuils de l’audit énergétique réglementaire des grandes entreprises s’apprécient au niveau de la personne morale. Comme l’audit ou le SMÉ doit couvrir au moins 80 % de sa consommation énergétique finale, un data center peut donc représenter une part déterminante du périmètre sans constituer, à lui seul, le critère d’assujettissement.
Les autres dispositifs réglementaires qui peuvent concerner le centre de données imposent des exigences distinctes, sans rendre systématiquement obligatoire la réalisation d’un audit. En revanche, lorsqu’un audit réglementaire est requis, il doit respecter les règles applicables à l’audit énergétique encadré par l’ADEME.
Zoom sur le tarif réduit d’accise sur l’électricité
Certains centres de stockage de données peuvent bénéficier d’un tarif réduit d’accise sur l’électricité sous plusieurs conditions. Celles-ci portent notamment sur le SMÉ, l’adhésion à un programme reconnu de bonnes pratiques, la performance énergétique, la chaleur fatale et l’utilisation de l’eau. L’audit énergétique n’est pas, en lui-même, une condition autonome d’accès à ce tarif. Il peut néanmoins fournir l’état initial et les scénarios nécessaires pour structurer une démarche de performance et documenter les actions à engager.
Audit énergétique d’un data center : comment le réaliser sans compromettre la continuité de service ?
L’audit énergétique d’un data center s’organise en 4 étapes, avec une méthode adaptée aux contraintes d’exploitation du data center afin de collecter des données fiables sans perturber les équipements critiques.
1. Cadrer le site et collecter les données
La première étape consiste à reconstituer le fonctionnement énergétique du data center à partir des données déjà disponibles. L’auditeur croise les consommations, les informations issues de la supervision et la documentation technique pour établir un premier bilan. Il identifie ensuite les éventuelles données manquantes et détermine si des mesures complémentaires sont nécessaires.
2. Observer et mesurer les installations
La visite confronte ensuite les données aux conditions réelles :
- charge des équipements ;
- températures ;
- débits d’air ;
- fonctionnement du refroidissement ;
- distribution électrique ;
- confinement des allées.
L’audit énergétique d’un data center n’a pas vocation à provoquer une coupure pour tester les installations. Les relevés et mesures sont organisés autour des contraintes d’exploitation. Toute manipulation susceptible d’affecter un équipement critique doit être encadrée par les procédures du site.
3. Mesurer le PUE et surtout l’expliquer
Le PUE ou Power Usage Effectiveness compare l’énergie totale utilisée par le centre de données à celle consommée par ses équipements informatiques. Plus le résultat se rapproche de 1, plus la part consommée par les infrastructures auxiliaires diminue.
Cependant, le PUE ne mesure ni l’efficacité des serveurs eux-mêmes ni la consommation absolue du site. L’audit doit donc expliquer sa valeur (qualité du plan de comptage, variation selon la charge et les conditions climatiques, poids du refroidissement et pertes électriques) puis déterminer un PUE cible réaliste.
4. Transformer le diagnostic en décisions d’investissement
Le rapport hiérarchise les actions selon :
- les économies attendues ;
- le coût ;
- le temps de retour sur investissement ;
- leur impact sur la disponibilité.
Elles peuvent aller de simples réglages à des investissements plus importants sur le refroidissement, les UPS ou la récupération de chaleur fatale.
Cette feuille de route permet de progresser vers un green data center et d’identifier les travaux susceptibles de bénéficier des CEE ou, pour la chaleur fatale, du Fonds Chaleur de l’ADEME.
Combien coûte un audit énergétique de data center ?
Aucun barème de prix n’est disponible pour un audit énergétique de data center. À titre de repère, le prix d’un audit énergétique en entreprise peut aller de quelques milliers à plusieurs dizaines de milliers d’euros selon le périmètre. Pour un data center, le budget dépend notamment :
- du nombre de salles ;
- de la puissance ;
- du niveau de sous-comptage ;
- des mesures complémentaires nécessaires ;
- de la complexité des infrastructures techniques.
Comparer uniquement deux montants serait donc peu pertinent. Le devis d’un audit énergétique de centre de données doit surtout préciser :
- le périmètre IT et technique ;
- la campagne de mesures ;
- la nature des livrables ;
- la méthode de calcul du PUE ;
- le niveau de chiffrage des recommandations.
Pour un audit réglementaire, le gestionnaire du centre de données doit s’assurer que le prestataire répond aux exigences de compétence applicables. Pour un audit spécifique à un data center, ses références sur des infrastructures techniques comparables et sa capacité à intégrer les contraintes de continuité de service constituent également des critères importants. Qualifié OPQIBI 1905, Opéra Énergie réalise des audits énergétiques depuis l’analyse des consommations jusqu’à la remise d’un plan d’actions et de scénarios d’investissement chiffrés. Notre cadrage initial permet de définir le périmètre technique et réglementaire de la mission avant d’établir une proposition adaptée.
Diplômée d'un master en environnement, Alexandra a exercé en tant qu'ingénieure pendant quinze ans en bureaux d'études techniques.
Depuis 2019, elle est rédactrice web spécialisée sur les sujets liés à l'énergie et au bâtiment. Spécialiste des enjeux de la transition énergétique, elle associe sa plume à son expertise technique pour rédiger des contenus qui répondent aux enjeux des entreprises et aident à la prise de décision.