Chauffage des bassins, déshumidification, filtration, les piscines concentrent d’importants besoins thermiques et électriques. Pourtant, des économies restent accessibles sans nécessairement engager une rénovation lourde. Quels indicateurs énergétiques surveiller dans un espace aquatique ? Quels réglages optimiser pour limiter la consommation énergétique d’une piscine municipale ? Comment hiérarchiser les investissements judicieusement ?

L’essentiel à retenir sur la consommation énergétique des piscines municipales

  • le chauffage et le traitement de l’air constituent les principaux postes énergétiques des piscines municipales couvertes ;
  • les économies d’énergie potentielles dépendent autant du pilotage des installations que de leur performance intrinsèque ;
  • la filtration et la ventilation doivent être optimisées sans dégrader la qualité sanitaire de l’eau et de l’air ;
  • un diagnostic technique permet de distinguer les réglages immédiats des investissements durables et rentables.

CHIFFRE CLÉ – 10 % de la consommation énergétique d’une commune

Une piscine municipale peut représenter à elle seule environ 10 % de la consommation énergétique totale d’une commune, selon le ministère des Sports dans son Plan de sobriété énergétique du sport de 2022.

Consommation énergétique d’une piscine municipale : les chiffres annuels

Selon une publication de l’ADEME et du BRGM (2021), la consommation énergétique annuelle d’une piscine publique se situe entre 2 800 et 3 000 kWh/m² de plan d’eau, soit 5 à 10 fois plus qu’un bâtiment tertiaire classique.

Ces estimations doivent être adaptées à la configuration de l’établissement :

  • bassins intérieurs ou nordiques ;
  • températures de baignade ;
  • amplitude des horaires d’ouverture ;
  • fréquentation ;
  • performances des équipements ;
  • climat local.


En outre, pour évaluer la performance réelle d’une piscine municipale, trois indicateurs sont particulièrement utiles :

  • kWh/m² de plan d’eau/an pour comparer les consommations entre équipements de typologie similaire ;
  • kWh par entrée afin d’apprécier l’incidence de la fréquentation sur les besoins énergétiques ;
  • kWh par poste et par période d’exploitation dans le but de repérer les consommations anormales, principalement lors des fermetures.

Tous vecteurs confondus, la comparaison doit porter sur les consommations d’énergie finale. Les factures permettent ensuite d’évaluer l’impact budgétaire, en tenant compte des contrats de fourniture d’énergie.

Quels sont les postes les plus énergivores d’une piscine municipale ?

À partir de travaux de l’ADEME, le Cerema présente la répartition indicative suivante pour les principaux usages thermiques, hors éclairage :

PostePart indicativePrincipaux facteurs
Chauffage de l’air et déshumidification60 %Évaporation, hygrométrie et renouvellement d’air
Chauffage des bassins30 %Températures de consigne, pertes thermiques et eau neuve
Eau chaude sanitaire10 %Douches, selon la fréquentation et le rendement des installations
Cette répartition ne constitue pas un bilan tous usages. Les consommations électriques de filtration, de ventilation et des autres auxiliaires doivent être analysées séparément.

Dans les piscines couvertes, l’évaporation constitue un véritable enjeu énergétique. Elle refroidit l’eau des bassins tout en chargeant l’air en humidité, ce qui accroît les besoins de chauffage et de déshumidification. De plus, la filtration représente également un poste important de consommation électrique. En effet, les pompes doivent assurer la circulation de l’eau, y compris en dehors des heures d’ouverture, pour maintenir sa qualité sanitaire.

Retours d’expérience

À Fougères, le centre aquatique L’Aquatis a enregistré une baisse de 34 % de sa facture de gaz après l’optimisation de la ventilation, de la filtration et de la GTB, soit 60 000 € d’économies annuelles. À Bordeaux, l’abaissement de 1,5 °C de la température de certains bassins a réduit de 5 à 6 % les besoins énergétiques de chauffage de l’eau.

Comment réduire la consommation énergétique d’une piscine municipale ?

Pour diminuer la consommation énergétique d’une piscine municipale, la priorité consiste à identifier les dérives d’exploitation avant de programmer le remplacement des équipements par poste.

Ajuster les températures et maîtriser l’évaporation

La première vérification concerne les températures réelles des bassins et de l’air ambiant, à comparer aux consignes et aux usages (natation sportive, apprentissage, activités ludiques ou aquagym).

Cette analyse vise à supprimer les surchauffes et à limiter l’évaporation, notamment lors des périodes de moindre occupation.

En outre, les couvertures thermiques peuvent réduire les pertes des bassins pendant les fermetures, à condition de vérifier leur compatibilité avec les contraintes d’exploitation et de sécurité.

Optimiser les centrales de traitement d’air (CTA)

Sur une piscine municipale couverte, l’audit doit analyser conjointement :

  • les températures ;
  • l’hygrométrie ;
  • les débits d’air neuf ;
  • le fonctionnement de la déshumidification.

Précaution vis-à-vis des polluants

Réduire la ventilation ne doit pas provoquer une accumulation de trichloramine, un polluant irritant formé lors du traitement de l’eau au chlore. L’état des filtres, l’équilibrage des réseaux aérauliques, les horaires de fonctionnement et l’efficacité des récupérateurs de chaleur sont à vérifier. L’INRS, avec son outil Aquaprev, préconise un pilotage tenant compte de la fréquentation et des concentrations de trichloramine, plutôt qu’une réduction systématique des débits.

Réduire les consommations électriques de filtration

Le diagnostic des circuits de filtration doit rapprocher les débits réellement mesurés des besoins réglementaires de chaque bassin. Il vérifie également les pertes de charge, l’encrassement des filtres et les caractéristiques des pompes.

De plus, l’installation de variateurs de vitesse peut présenter un intérêt lorsque les conditions hydrauliques permettent effectivement une modulation.

Attention

L’arrêté du 19 décembre 2025, articles 6 et 13, autorise une réduction du débit de filtration jusqu’à 25 % pendant la fermeture de la piscine municipale, sous réserve d’une hydraulicité inversée et du maintien de la qualité de l’eau. Une modulation plus importante, décidée uniquement pour réduire la facture électrique, n’est pas admissible.

Limiter les besoins de chauffage liés au renouvellement d’eau

Selon le Cerema, les piscines publiques consomment généralement entre 150 et 300 litres d’eau par baigneur, alors que le minimum réglementaire de renouvellement des bassins est fixé à 30 litres par baigneur et par jour d’ouverture. Toutefois, la qualité de l’eau peut imposer des apports supérieurs.

Le rapprochement des relevés de compteurs, de la fréquentation et des opérations de lavage des filtres permet de rechercher les consommations excessives.

Enfin, la récupération de chaleur sur les eaux rejetées constitue une solution à étudier, car elle limite l’énergie nécessaire au préchauffage de l’eau neuve.

Moderniser les équipements et la production thermique

Lorsque les réglages atteignent leurs limites, la rénovation de la piscine municipale peut associer :

  • déshumidification thermodynamique ;
  • récupération de chaleur ;
  • pompes performantes ;
  • amélioration de l’enveloppe.


Le choix d’une production thermique par géothermie, biomasse ou réseau de chaleur doit tenir compte des profils de consommation et des températures de fonctionnement requises. Dans une optique de rénovation énergétique des bâtiments publics pertinente, la priorité reste de réduire les besoins avant de dimensionner de nouveaux équipements. Cette approche s’inscrit dans une logique fondée sur le coût global et les contraintes de continuité du service.

Décret tertiaire et décret BACS

Les piscines municipales sont concernées par le décret tertiaire lorsque leur bâtiment ou ensemble immobilier atteint 1 000 m² de surface de plancher d’activités tertiaires cumulées. Elles doivent déclarer leurs consommations sur OPERAT et respecter les objectifs de réduction (-40 % en 2030, -50 % en 2040, -60 % en 2050), ou atteindre les valeurs absolues réglementaires applicables.

Le décret BACS peut également imposer une GTB selon la puissance des installations de chauffage ou de climatisation.

Comment financer et planifier les travaux d’une piscine municipale ?

Avant d’engager des dépenses, un audit énergétique doit établir les consommations de référence, identifier les dérives d’exploitation et comparer plusieurs scénarios d’amélioration.

Pour chaque opération et en intégrant les éventuelles périodes de fermeture, le programme de travaux doit préciser :

  • les économies prévisionnelles ;
  • le niveau d’investissement ;
  • les coûts de maintenance ;
  • le temps de retour.

Les certificats d’économies d’énergie (CEE) peuvent financer certaines opérations éligibles, sous réserve de respecter les exigences techniques et les démarches préalables à l’engagement des travaux.

Audits énergétiques, élaboration de scénarios de travaux et suivi des obligations du décret tertiaire, Opéra Énergie accompagne les collectivités à différentes étapes pour réduire la consommation énergétique de leurs piscines municipales. Elles disposent ainsi d’un programme d’investissement chiffré, hiérarchisé et défendable devant les élus.

Diplômée d'un master en environnement, Alexandra a exercé en tant qu'ingénieure pendant quinze ans en bureaux d'études techniques.

Depuis 2019, elle est rédactrice web spécialisée sur les sujets liés à l'énergie et au bâtiment. Spécialiste des enjeux de la transition énergétique, elle associe sa plume à son expertise technique pour rédiger des contenus qui répondent aux enjeux des entreprises et aident à la prise de décision.