Confrontée à une crise industrielle et à la volatilité de son système électrique, l’Allemagne obtient le feu vert de Bruxelles pour investir dans de nouvelles centrales à gaz.
Le Chancelier allemand, Friedrich Merz.

Confrontée à une crise industrielle et à la volatilité de son système électrique, l’Allemagne obtient le feu vert de Bruxelles pour investir dans de nouvelles centrales à gaz. Berlin assure que ce choix s’inscrit dans une trajectoire compatible avec la neutralité climatique à l’horizon 2045, malgré les critiques des ONG environnementales.

12 GW de nouvelles capacités au gaz dès 2026 pour sécuriser l’approvisionnement

L’Allemagne a annoncé avoir obtenu un accord de principe de la Commission européenne lui permettant de construire de nouvelles centrales électriques au gaz, sans contrevenir aux règles européennes ni à ses objectifs climatiques. L’enjeu est stratégique pour la première économie européenne, dont le secteur manufacturier est fragilisé par une crise industrielle profonde et par la hausse des prix de l’électricité.

Berlin est parvenu « à un accord de principe avec la Commission européenne sur des éléments clés » de sa « stratégie relative aux centrales électriques », destinée à « sécuriser l’approvisionnement en électricité en Allemagne, conformément aux prescriptions européennes », a indiqué le ministère de l’Économie et de l’Énergie dans un communiqué.

Des appels d’offres seront lancés dès 2026 afin de développer 12 gigawatts (GW) de capacités supplémentaires, dont 10 GW assortis d’un « critère de long terme », autorisant la construction de « centrales à gaz modernes et très efficaces ». L’objectif est de disposer d’une énergie de secours lorsque la production renouvelable fait défaut, en l’absence de soleil ou de vent, un phénomène de plus en plus fréquent à mesure que ces sources prennent une place croissante dans le mix énergétique allemand.

« Sortir du nucléaire a été une grave erreur stratégique », Friedrich Merz

Neutralité carbone visée en 2045, critiques sur les coûts et le CO₂

Selon le ministère, les nouvelles centrales devront entrer en service « au plus tard » en 2031 et seront « compatibles avec l’hydrogène ». Elles devront être « entièrement décarbonées au plus tard en 2045 » grâce à des conversions progressives, afin de respecter l’objectif de neutralité climatique des centrales électriques inscrit dans la loi.

Ce choix est toutefois vivement critiqué par les ONG environnementales. Dans un communiqué, Deutsche Umwelthilfe (DUH) a dénoncé une « mauvaise nouvelle pour les consommateurs d’électricité et pour les objectifs climatiques », pointant « les coûts et les émissions de CO₂ inutiles » générés par ces nouvelles infrastructures.

Les partisans du gaz soulignent néanmoins qu’il reste moins polluant que le charbon et qu’il constitue une solution transitoire indispensable, alors que l’Allemagne a définitivement tourné la page du nucléaire en 2023 et prévoit de sortir du charbon d’ici 2038.

Dans ce contexte, la coalition du chancelier Friedrich Merz a fait de la baisse des prix de l’électricité une priorité afin de soutenir la compétitivité des entreprises fortement consommatrices d’énergie. « Sortir du nucléaire a été une grave erreur stratégique », a estimé Friedrich Merz, déplorant que l’Allemagne connaisse « la transition énergétique la plus coûteuse au monde » lors d’une intervention devant des entrepreneurs et industriels.

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.