Comme l’a expliqué la Commission de Régulation de l’Energie (CRE), les prix de l’électricité sur les marchés à terme pour l’hiver 2022-2023 et l’année 2023 ont atteint « un pic exceptionnel le 26 août (1ertrimestre 2023 base à 1 840 €/MWh et année 2023 base à 1 115 €/MWh) ». Dans le contexte actuel de crise de l’énergie, les prix de l’électricité apparaissent comme extrêmement volatils. De ce fait, il n’est pas toujours simple de bien comprendre l’évolution du prix du MWh et l’impact sur la facture d’électricité. Voici quelques éléments explicatifs.

Opéra Index©, indice trimestriel des prix de l’électricité pour les entreprises

Indice trimestriel de suivi des prix de l’électricité pour les entreprises, professionnels et collectivités, l’Opéra Index© représente l’évolution moyenne de la facture d’électricité pour l’ensemble de ces acteurs.

L’Opéra Index est calculé par les analystes du pôle Énergie et Prix d’Opéra Energie selon une méthodologie précise. Sur la base du recueil des prix énergie de l’ensemble des contrats négociés pour chaque segment de consommation, reconstitution du prix global moyen de chaque segment en incluant une estimation moyenne du prix de l’acheminement (TURPE) et des taxes énergie, en prenant en compte les éventuelles exonérations ou taux réduit. Opéra Index ne comprend pas la TVA, par souci de cohérence entre les segments, publics et privés notamment. Le prix moyen par segment est pondéré proportionnellement au volume de chaque segment de consommation. Le volume de chaque segment est reconstitué d’après les chiffres donnés par la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) ainsi que ceux des gestionnaires de réseau d’électricité (RTE et Enedis).

Qu’est-ce qui fait varier les prix de l’électricité ?

Le prix de l’électron dépend d’un marché qui, comme tout marché, varie selon les évolutions de l’offre et de la demande. Plus la demande augmente, plus les prix ont tendance à augmenter. A contrario, plus l’offre augmente, plus les prix ont tendance à baisser.

Quels sont les facteurs qui, à moyen ou à long terme, engendrent des variations du prix de l’électricité, à la hausse comme à la baisse, en impactant soit l’offre soit la demande ?

Les drivers des prix de l’électricité

DemandeOffre
Politique énergétiquePrix des combustibles
Santé économiqueSituation géopolitique
MétéoPrix du CO2
 Disponibilités des infrastructures

Demande d’électricité, ses facteurs d’influence

La politique énergétique oriente la consommation électrique

L’électricité est considérée comme un levier clé pour la réussite de la transition énergétique. L’électrification implique une diminution des usages de produits pétroliers (fioul domestique, carburant) au profit d’équipements fonctionnant sur la base d’un système énergétique bas carbone (nucléaire ou énergie renouvelable). C’est dans cette optique qu’est par exemple, développée la mobilité électrique. Or, l’électrification croissante des usages suppose une demande croissante d’électricité à moyen terme.

Le rôle important de l’économie sur la demande d’électricité

Le prix de l’électricité dépend de l’évolution de la demande par les consommateurs. Or, de façon générale, plus l’économie se porte bien, plus on observe une croissance de la demande d’électricité et ce, malgré les efforts d’économie d’énergie. C’est aussi ce qui fait fluctuer la demande certains jours. Selon RTE, « l’activité économique engendre une consommation plus élevée en semaine que le week-end. ».

Les prix de l’électricité réagissent à la météo

La météo influence les prix de l’électricité en ce qu’elle impacte la consommation, lors des pics de froid (chauffage) comme de chaleur (climatisation). On dit que la France est thermosensible.

Offre d’électricité, ses facteurs d’influence

La géopolitique a une prise directe sur l’offre d’électron

De nombreux facteurs exogènes au contexte national influencent le prix de l’électricité. Par exemple, en Europe, 19,7% de la production d’électricité est liée au gaz naturel. L’instabilité politique d’un pays producteur de gaz est souvent concomitante avec une baisse de sa production. C’est ce qui se produit actuellement. Le marché du gaz est chamboulé par la guerre en Ukraine et les prix de la molécule sont très élevés. De ce fait, le cours de l’électricité augmente.

La disponibilité des moyens de production, un facteur clé

Les arrêts ou les suspensions des infrastructures de production pèsent sur le marché, qui répercute le manque de production à venir avec des prix à la hausse. En France, la disponibilité des centrales nucléaires a par exemple un impact important. A l’hiver 2022, le parc étant en maintenance, la production nucléaire est en berne. Cela oblige l’Hexagone à importer de l’électricité et fait grimper le prix.

Prix des combustibles et prix de l’électricité sont liés

Gaz, charbon et pétrole influent l’évolution du prix de l’électricité. Parce qu’elle peut être produite par des centrales à gaz et à charbon (particulièrement en période de pointe), l’électricité voit son prix être étroitement lié à celui de ces deux énergies. Adossé au prix du gaz, le cours de l’électricité varie également en fonction des cours du pétrole. Enfin, il faut tenir compte de l’ « effet de substitution » : quand le prix d’une énergie augmente, une autre moins chère est utilisée par substitution si cela est possible, ce qui fait augmenter son prix à son tour.

Le prix du carbone, un paramètre de plus en plus majeur

Le secteur énergétique compte parmi les principaux secteurs soumis au dispositif d’échange de quotas d’émissions qui a été mis en place en 2005 par l’UE. Or, le prix du CO2 a un impact sur le coût de production des centrales à gaz qui sont appelées pour la production d’électricité « à la pointe. » Jusqu’en 2017, les prix des quotas étant bas, l’impact sur la facture était minime. Depuis 2018, la donne a changé et le CO2 soutient fortement l’électricité sur la courbe long terme.

Les coûts para réglementaires, drivers spécifiques du prix de l’électricité

Le coût important du mécanisme de capacité

Le marché de capacité est un driver propre au marché de l’électricité. Destiné à assurer la sécurité en approvisionnement électrique de la France, en particulier en période de pointe de consommation, le mécanisme de capacité a été mis en place en 2017. Chaque fournisseur doit prouver qu’il dispose d’un volume de garanties de capacités suffisant pour satisfaire les besoins en énergie de son portefeuille client, et cela soit en faisant certifier ses actifs propres (moyens de production et/ou offres effacement), soit en achetant des garanties à un tiers. Cette obligation a un coût qu’il répercutera dans le prix de fourniture de ses clients.

Les certificats d’économie d’énergie pèsent sur les factures d’électricité

Les Certificats d’Economies d’Energie (CEE) ont été introduits par la Loi POPE en 2005. ce mécanisme réglementaire a pour objectif de développer les actions d’efficacité énergétique dans les secteurs diffus. Pour ce faire, les pouvoirs publics ont imposé aux vendeurs d’énergie de garantir que leurs clients réalisent un certain volume d’économies d’énergie : il s’agit là des fameux certificats d’économies d’énergie dont le coût est répercuté sur la facture. On les mesure grâce à une unité particulière, le kWh cumac. A l’été 2020, le prix moyen des CEE classiques était de 8 €/MWh cumac. Il faut savoir que 1 € / MWh cumac sur le prix du CEE équivaut à +0.6 € / MWh élec.

Les garanties d’origine, driver spécifique de l’électricité

Une garantie d’origine (GO) est un document électronique qui permet à un fournisseur d’électricité de garantir à son client l’origine de l’énergie qu’il lui vend (une fois injectée sur le réseau, l’origine physique de la production n’est plus distinguable). Elle permet d’assurer la traçabilité de l’électricité verte en Europe.

Le prix des GO dépend du type de production d’énergie renouvelable employé et de l’état de l’offre et de la demande. Plus la production, et donc le nombre de certificats émis, est élevée, plus le coût des GO est bas.

Caroline Dusanter
Caroline Dusanter

Diplômée d’un Master 2 du CELSA-Paris Sorbonne, Caroline s’est lancée comme rédactrice et chargée de communication éditoriale indépendante en 2017. Intéressée par les problématiques liées à la transition énergétique et à la mobilité, elle travaille avec Opéra Énergie depuis 2019.

Experte sur les problématiques liées à l'énergie et la rénovation énergétique, elle ambitionne à travers ses articles de faire de la pédagogie sur le marché du gaz et de l’électricité, en constante évolution.