Un accord de trêve de deux semaines a été annoncé dans la nuit du 7 au 8 avril entre l’Iran et les États-Unis. Les marchés ont immédiatement réagi : le baril de pétrole a perdu plus de 15 % en une journée, et les prix du gaz en Europe ont également nettement reflué. De quoi espérer une accalmie durable sur les prix de l’énergie ? Pas encore.
Pourquoi les marchés ont-ils réagi aussi fort ?
Depuis le début du conflit, fin février, le détroit d’Ormuz (passage maritime stratégique par lequel transite environ un cinquième du pétrole et du gaz naturel liquéfié mondiaux) était partiellement ou totalement bloqué. Des centaines de navires étaient immobilisés. La production de pétrole dans la région avait chuté de 11 millions de barils par jour. Les prix avaient grimpé en conséquence.
L’annonce du cessez-le-feu a donc été interprétée comme le signal d’une possible réouverture du détroit, d’où la baisse immédiate des cours. Mais cette réaction reflète surtout un soulagement psychologique, pas encore une normalisation physique des marchés.
Dans les faits, la situation reste très incertaine
Mercredi, seule une poignée de navires a osé franchir le détroit. Les armateurs et les compagnies d’assurances attendent des garanties claires avant de reprendre leurs rotations. Sans trafic maritime fluide, rouvrir les vannes de production ne sert à rien : les ports de la région sont saturés, les stockages pleins.
Par ailleurs, l’Iran a évoqué la mise en place d’un péage pour chaque navire transitant par le détroit, afin de financer sa reconstruction. D’après le Financial Times, l’Iran envisagerait de demander 1 dollar par baril transitant par Ormuz, payable en cryptomonnaie. Avant la crise, 20 millions de barils en moyenne franchissaient le détroit chaque jour.
La réaction européenne a été immédiate et ferme. La Commission européenne a rappelé que le droit international consacre la liberté de navigation, ce qui signifie, selon son porte-parole, aucun paiement ni péage d’aucune sorte. La France partage cette position. Oman, qui borde également le détroit, a lui aussi rejeté toute taxation, au motif que le passage est naturel et couvert par les traités maritimes qu’il a signés.
Donald Trump a, de son côté, entretenu l’ambiguïté. Après avoir qualifié le projet de péage de « belle chose » et suggéré la création d’une coentreprise américano-iranienne pour percevoir des droits de passage, la Maison-Blanche a précisé dans la journée que la priorité du président était une réouverture sans aucune restriction.
Pour le pétrole, un retour à la normale en plusieurs mois
La production pétrolière ne se relance pas comme on ouvre un robinet. Chaque installation doit être vérifiée, chaque équipement contrôlé, avant toute remise en service, sous peine de dommages techniques irréversibles. Selon les experts du secteur, remettre en route un champ de production de taille moyenne demande entre quatre et six semaines dans les meilleures conditions.
Les situations varient par ailleurs selon les pays. L’Arabie saoudite, dont la production n’a baissé que d’un quart, devrait se redresser relativement vite. L’Irak, en revanche, a vu sa production chuter de près de 80 % : les analystes estiment qu’il lui faudra entre six et neuf mois pour retrouver son niveau d’avant-guerre.
Pour le gaz, les perturbations pourraient être plus longues
C’est sur le marché du gaz naturel liquéfié (GNL) que les effets du conflit seront les plus durables. Le Qatar, l’un des premiers exportateurs mondiaux de GNL, a suspendu ses expéditions depuis début mars. Son principal site de production a été endommagé par deux attaques : deux de ses unités de liquéfaction sont hors service, et leur réparation pourrait prendre entre trois et cinq ans.
La remise en route des capacités restantes se fera progressivement, avec une grande prudence technique, sur un calendrier qui s’étalerait au minimum jusqu’à l’été. En parallèle, de nouveaux projets qataris qui devaient entrer en service cette année sont désormais retardés.
Résultat : l’offre mondiale de GNL va rester contrainte pendant plusieurs mois, ce qui maintiendra une tension sur les prix du gaz en Europe.
Des effets de long terme sur la demande
Au-delà de la reprise immédiate, le conflit pourrait laisser une empreinte durable sur les équilibres énergétiques mondiaux. Selon Wood Mackenzie, les événements de ces derniers mois pourraient accélérer la transition des systèmes énergétiques et faire chuter la demande de pétrole de 20 % et celle de gaz de 10 % d’ici à 2050, sous l’effet des impératifs de souveraineté énergétique.
À court terme, la volatilité des cours devrait néanmoins persister. Plusieurs pays ayant puisé dans leurs réserves stratégiques, notamment en Asie, chercheront à les reconstituer, ce qui soutiendra la demande.
Sophie-Charlotte MARTIN, Conceptrice-Rédactrice spécialisée
Titulaire d'un master 2 en Lettres Classiques, complété d'un master 2 en Communication et d'un cycle web marketing à la CCI de Lyon, Sophie-Charlotte est intervenue sur des sujets aussi B2C que B2B, on et off line.
Régulièrement confrontée aux problématiques tertiaires et industrielles, elle s'est spécialisée en énergie. Aujourd'hui, elle garantit au quotidien la direction et la production éditoriale de l'entreprise. Sophie-Charlotte MARTIN est Responsable éditoriale d'Opéra Energie.