Les industriels européens alertent sur un obstacle majeur à leur compétitivité : un coût de l’énergie durablement plus élevé qu’ailleurs dans le monde.
Les industriels européens estiment à quelque 200 000 les suppressions de postes, en 2025.

Alors que l’Union européenne affiche une volonté renouvelée de réindustrialisation, les industriels du Vieux Continent alertent sur un obstacle majeur à leur compétitivité : un coût de l’énergie durablement plus élevé qu’ailleurs dans le monde, qui menace emplois, investissements et souveraineté industrielle.

1,5 million d’emplois perdus depuis 2008

Avec plus de 6,5 millions d’emplois directs et 1 500 milliards d’euros de chiffre d’affaires, les industriels électro-intensifs européens ont rappelé leur poids économique dans un communiqué commun publié en début de semaine. Chimistes, cimentiers, céramistes, métallurgistes, verriers ou encore fabricants d’engrais y appellent l’Union européenne à « agir maintenant sur les prix de l’énergie et du carbone » afin d’« éviter une désindustrialisation irréversible ».

20 % Soit la part de l’industrie dans le PIB de la France, aujourd’hui, selon la Fabrique de l’Industrie. Soit 15 points de moins (35 %) qu’en 1970.

Ces secteurs, à la fois très consommateurs d’énergie et fortement émetteurs de gaz à effet de serre du fait de leurs procédés industriels, affirment avoir déjà perdu 1,5 million d’emplois en Europe depuis 2008, année de la crise des subprimes, et anticipent encore environ 200 000 suppressions de postes en 2025, avec des réductions d’effectifs notables chez Siemens, Bosch ou BASF.

Ce constat s’inscrit dans une tendance de long terme. Le secteur industriel recule en Europe depuis les années 1970. En France, la part de l’industrie dans le PIB est passée de 35 % en 1970 à moins de 20 % aujourd’hui, selon la Fabrique de l’Industrie.

Le Gaz 2 à 3 fois plus cher qu’aux États-Unis

Face à ce décrochage, la préservation de l’appareil industriel est devenue une priorité politique dans plusieurs États membres. La Commission européenne prépare ainsi un plan destiné à favoriser le « made in Europe », notamment dans l’automobile, dont l’annonce est attendue autour du 25 février.

Certaines mesures commencent à produire leurs effets. Le sidérurgiste ArcelorMittal estime que les mécanismes européens de protection face à la concurrence chinoise devraient « redresser la rentabilité » de ses activités sur le continent. Son directeur général, Aditya Mittal, tempère toutefois : « Les bénéfices complets des évolutions de l’environnement réglementaire se matérialiseront progressivement ».

Mais le handicap énergétique demeure central. Le président de Britanny Ferries, Jean-Marc Roué, a ainsi déclaré espérer « que l’électricité [lui] sera fournie moins chère au port de La Rochelle », rappelant la contribution de son entreprise « à l’investissement dans la décarbonation » via les taxes carbone européennes.

« bloquer toute hausse du prix du carbone en 2026 »

Selon le Cefic, lobby européen de la chimie, les prix de l’énergie sont « plus élevés en Europe » qu’en Amérique, au Moyen-Orient ou en Asie, « actuellement et à l’avenir ». Le gaz naturel devrait ainsi rester 2 à 3 fois plus cher qu’aux États-Unis, et l’électricité 1,5 à 2 fois plus chère. Les organisations sectorielles estiment par ailleurs que les prix de l’énergie sont encore deux fois supérieurs à leur niveau d’avant la crise de 2022.

Dans ce contexte, les industriels électro-intensifs réclament des « initiatives concrètes » pour une baisse immédiate des coûts, ciblant notamment les frais de réseau et la fiscalité. Ils appellent également à « bloquer toute hausse du prix du carbone en 2026 ». Parmi les mesures d’urgence proposées figure la suspension des nouvelles réductions du plafond d’émissions gratuites, afin de préserver la compétitivité et les capacités d’investissement des industriels européens.

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.