Le marché mondial de l’énergie traverse ce lundi sa plus grave secousse depuis l’invasion de l’Ukraine en 2022. En cause : la quasi-paralysie du détroit d’Ormuz, voie maritime par laquelle transite environ un cinquième des exportations mondiales de gaz naturel liquéfié (GNL).
Un verrou géostratégique bloqué
Déclenché par des frappes militaires conjointes américano-israéliennes contre l’Iran et la riposte de Téhéran, le conflit a provoqué l’arrêt brutal du trafic de méthaniers dans ce passage étroit du Golfe persique. Les données de suivi satellitaire confirment qu’au moins onze grands navires ont suspendu leurs traversées. Les armateurs japonais Nippon Yusen et Mitsui OSK Lines ont ordonné à leurs flottes de stationner dans des zones sécurisées en attendant l’évolution de la situation. Les médias officiels iraniens décrivent la voie navigable comme « pratiquement fermée ».
Ce blocage est particulièrement critique car, contrairement au pétrole, le GNL ne peut pas être facilement rerouté par pipeline. Les volumes qataris immobilisés derrière ce verrou n’ont, à ce stade, aucune alternative logistique immédiate.
Une onde de choc mondiale
La réaction des marchés a été immédiate. Le TTF néerlandais, contrat de référence pour le gaz en Europe, a bondi de 22% dès l’ouverture, atteignant près de 39 €/MWh, du jamais vu depuis août 2023 selon Bloomberg. Il s’agit de la hausse journalière la plus forte enregistrée depuis que la guerre en Ukraine avait bouleversé les équilibres énergétiques mondiaux.
En Asie, les négociants chinois, indiens et japonais multiplient les contacts en urgence pour sécuriser des cargaisons de substitution sur un marché déjà sous tension. Cette ruée vers les approvisionnements alternatifs alimente mécaniquement la hausse des prix au comptant à l’échelle planétaire.
La contagion touche également les acheteurs qui pensaient être protégés. De nombreux contrats de fourniture de gaz signés sur plusieurs années (censés garantir un prix stable et prévisible) contiennent une clause d’indexation sur le cours du pétrole brut. Concrètement, quand le Brent s’envole sous l’effet du conflit, ces contrats deviennent automatiquement plus chers, selon la formule prévue. Résultat : même les industriels et les fournisseurs d’énergie qui avaient anticipé et sécurisé leurs approvisionnements à l’avance subissent la hausse.
L’Europe particulièrement exposée
Le Vieux Continent se trouve dans une position de vulnérabilité accrue. Ses réserves de gaz sont actuellement à des niveaux exceptionnellement bas, et les opérateurs comptaient sur d’importants volumes de GNL importés cet été pour reconstituer les stocks avant l’hiver 2026-2027. Une interruption prolongée du trafic dans le détroit compromet directement ce scénario.
Les analystes de Goldman Sachs, cités par Bloomberg, estiment qu’un blocage maintenu pendant un mois pourrait faire plus que doubler les prix européens et asiatiques du GNL, avec une hausse potentielle de l’ordre de 130%, portant le cours à 25 dollars par million de BTU. L’impact sur le marché américain devrait en revanche rester contenu : les États-Unis, exportateurs nets de GNL, opèrent leurs usines de liquéfaction à pleine capacité et disposent de peu de marges pour augmenter leurs livraisons.
Un risque systémique sur la production
Au-delà du commerce, c’est la production elle-même qui est menacée. Les installations de liquéfaction de gaz nécessitent un flux continu de navires en partance pour maintenir leurs systèmes de refroidissement opérationnels. Sans rotation de méthaniers, le Qatar et les Émirats arabes unis pourraient être contraints de réduire, voire d’interrompre, leur production.
Les répercussions s’étendent aussi vers la Méditerranée et l’Eurasie : la fermeture des champs gaziers israéliens et les menaces pesant sur les gazoducs iraniens alimentant la Turquie poussent des pays comme l’Égypte à se tourner en urgence vers un marché maritime déjà sous pression maximale.
Sources : Investing.com, Bloomberg, Goldman Sachs, données de suivi maritime
Sophie-Charlotte MARTIN, Conceptrice-Rédactrice spécialisée
Titulaire d'un master 2 en Lettres Classiques, complété d'un master 2 en Communication et d'un cycle web marketing à la CCI de Lyon, Sophie-Charlotte est intervenue sur des sujets aussi B2C que B2B, on et off line.
Régulièrement confrontée aux problématiques tertiaires et industrielles, elle s'est spécialisée en énergie. Aujourd'hui, elle garantit au quotidien la direction et la production éditoriale de l'entreprise. Sophie-Charlotte MARTIN est Responsable éditoriale d'Opéra Energie.