Alors que la France ambitionne de renforcer sa souveraineté énergétique en misant sur une électricité largement décarbonée, EDF alerte sur un paradoxe préoccupant : sans hausse rapide de la consommation, la surproduction actuelle pourrait fragiliser durablement son modèle économique.
Modulation nucléaire : des volumes doublés à 33 TWh en 2025
EDF pourrait subir d’importants manques à gagner si la transition des usages vers l’électricité ne s’accélère pas, afin d’absorber une surproduction accentuée par l’essor des énergies renouvelables : « Pour sortir de cette situation de surcapacité, la priorité absolue, c’est l’électrification des usages », a déclaré Catherine Bauby, directrice de la stratégie d’EDF. Elle plaide pour un remplacement accru des énergies fossiles par une électricité décarbonée. Dans l’intervalle, elle estime nécessaire « d’ajuster le rythme de déploiement des énergies renouvelables », conformément à la PPE3 publiée par le gouvernement.
Ces constats s’appuient sur un rapport consacré aux effets industriels, organisationnels et économiques de la modulation nucléaire, à savoir la capacité d’EDF à ajuster à la baisse ou à la hausse la production de ses réacteurs selon la demande. Depuis 2024, cette modulation s’est fortement intensifiée dans un contexte de surcapacités électriques. Entre 2019 et 2025, les volumes modulés ont doublé, passant d’environ 15 TWh à 33 TWh, soit près de 9 % de la production nucléaire du groupe en 2025.
Selon EDF, cette situation « résulte principalement du développement des moyens de production renouvelables, solaires et éoliens, en France et en Europe, dans un contexte de consommation atone ».
Surcoûts et maintenance : 30 millions d’euros par an supplémentaires pour le parc nucléaire
Ce déséquilibre met en lumière un paradoxe énergétique : à long terme, la France prévoit d’accroître ses capacités de production pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles ; à court terme, la stagnation de la consommation, notamment en raison du retard pris dans l’électrification des transports, du bâtiment et de l’industrie, entraîne une surcapacité. Concrètement, EDF est de plus en plus contrainte de réduire la production de ses centrales nucléaires, voire d’arrêter certains réacteurs lorsque l’éolien et le solaire produisent abondamment, en particulier en milieu de journée.
Les barrages hydrauliques et les centrales à gaz sont également davantage sollicités, ce qui entraîne, selon l’énergéticien, « un renchérissement des coûts de maintenance de tous ces équipements ».
Dans le nucléaire, la turbine est particulièrement concernée : les contrôles devront désormais être réalisés tous les six ans, contre dix ans auparavant. Cette évolution génère un surcoût estimé à environ 30 millions d’euros par an pour l’ensemble du parc nucléaire d’EDF.
Face à ces tensions économiques et techniques, l’accélération de l’électrification des usages apparaît ainsi comme un levier stratégique pour rééquilibrer le système et sécuriser les revenus futurs de l’énergéticien.
Source : AFP
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.