L’Autorité de la concurrence vient de publier deux avis qu’elle a rendus fin 2025 au gouvernement. Deux avis plutôt critiques sur les réformes du marché de l’électricité qui accompagnent la fin de l’ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique). Si les nouveaux mécanismes semblent techniquement viables, l’Autorité pointe ainsi des lacunes dans leur conception et des risques pour les consommateurs.
Un mécanisme de capacité centralisé à surveiller
Le nouveau mécanisme de capacité, destiné à garantir l’approvisionnement en électricité lors des pics de consommation hivernaux, bascule d’un système décentralisé à un modèle centralisé autour de RTE. Ce changement structurel soulève plusieurs préoccupations.
L’Autorité s’inquiète particulièrement du rôle désormais central de RTE, filiale d’EDF, qui estime la demande nationale et organise l’achat de garanties de capacité. Cette concentration des pouvoirs nécessite, selon elle, une surveillance renforcée de la Commission de régulation de l’électricité (CRE).
Autre problème majeur : rien ne garantit que les consommateurs seront incités à réduire leur consommation en période de pointe, puisque les fournisseurs répercutent librement leurs coûts. Le mécanisme, financé par une taxe sur les fournisseurs, devrait coûter au moins deux milliards d’euros par an, un surcoût dont l’évaluation précise fait défaut.
Le VNU, moins protecteur que l’ARENH
Le versement nucléaire universel (VNU), qui remplace l’ARENH à partir du 1er janvier 2026, vise à protéger les consommateurs des flambées de prix et à redistribuer les bénéfices d’EDF issus du nucléaire historique. Mais l’Autorité juge ce dispositif « moins protecteur » que son prédécesseur.
Le système repose sur une taxe captant les revenus d’EDF au-delà de certains seuils, redistribuée ensuite aux consommateurs via une minoration sur leurs factures. Problème : ces seuils sont fixés si haut que la rente nucléaire ne sera versée qu’en cas de hausse « très importante » des prix de gros. La majeure partie du temps, les consommateurs ne bénéficieront donc d’aucune protection.
Plus préoccupant encore selon l’Autorité, la période d’application retenue (avril à octobre) exclut les consommations hivernales de novembre à mars. Cette décision pénalise particulièrement les ménages, dont le chauffage représente une part importante de la consommation, au profit des professionnels dont la consommation est plus stable sur l’année.
Des recommandations pour corriger le tir
Face à ces constats, l’Autorité formule plusieurs recommandations. Elle demande au gouvernement de clarifier les objectifs contradictoires du VNU : favoriser la sobriété, soutenir la consommation des entreprises ou redistribuer les revenus du nucléaire ?
Elle préconise également un bilan complet dans trois ans pour évaluer les effets réels du dispositif, un audit des coûts pour les fournisseurs, et une réflexion d’EDF sur la couverture des coûts du nucléaire historique.
L’Autorité déplore surtout les délais « extrêmement réduits » qui lui ont été accordés pour analyser ces réformes majeures, l’empêchant d’en mesurer toutes les implications. Une précipitation qui contraste avec l’ampleur des enjeux pour les millions de consommateurs français d’électricité.
Sophie-Charlotte MARTIN, Conceptrice-Rédactrice spécialisée
Titulaire d'un master 2 en Lettres Classiques, complété d'un master 2 en Communication et d'un cycle web marketing à la CCI de Lyon, Sophie-Charlotte est intervenue sur des sujets aussi B2C que B2B, on et off line.
Régulièrement confrontée aux problématiques tertiaires et industrielles, elle s'est spécialisée en énergie. Aujourd'hui, elle garantit au quotidien la direction et la production éditoriale de l'entreprise. Sophie-Charlotte MARTIN est Responsable éditoriale d'Opéra Energie.