Le gouvernement a annoncé une baisse de la taxe d’acheminement d’électricité au 1er février, qui pourrait entrainer une économie d’environ 200 € par an pour certains professionnels et quelques euros pour les ménages.
Baisse de 25% de la CTA
En décembre 2025, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait demandé à son ministre de l’Économie, Roland Lescure, d’explorer des pistes de baisse tarifaire. Samedi 3 janvier, ce dernier a dévoilé une première proposition dans Le Parisien, tout en reconnaissant ses limites : « Ce n’est pas une révolution de la tarification énergétique », a-t-il admis. La mesure consiste à réduire d’un quart la contribution tarifaire d’acheminement (CTA), soit environ 540 millions d’euros. Concrètement, cela représente une baisse d’environ 10 euros par an pour chaque ménage, et jusqu’à 200 euros par an pour certains professionnels fortement électro-intensifs, comme les boulangers équipés de fours électriques.
Pour les ménages, cette réduction équivaut à une baisse d’environ 5 % du prix de l’abonnement à compter du 1er février, sous réserve de la publication d’un décret en janvier. Mais cette diminution ne se traduit pas par une baisse équivalente de la facture globale. Celle-ci comprend en effet une part fixe (l’abonnement) et une part variable liée à la consommation. Une mesure avant tout politique, selon les experts. « L’annonce est de l’ordre du symbole politique », estime Nicolas Goldberg, consultant spécialisé dans les questions énergétiques pour Colombus Consulting et le cercle de réflexion Terra Nova.
Des leviers plus puissants laissés de côté ?
Dans un contexte de tensions budgétaires, la réduction de la CTA présente un avantage majeur pour l’exécutif. « Elle est indolore pour les finances publiques », analyse Alexandre Grillat, secrétaire général de la CFE-Énergies. Selon l’entourage de Roland Lescure, cette taxe repose aujourd’hui sur une caisse « surcalibrée » et « excédentaire ».
Les syndicats auraient toutefois souhaité aller plus loin. La CGT militait pour une division par deux de la CTA, l’État ayant déjà perçu un trop-perçu. « Miraculeusement, le gouvernement a repris notre idée, mais il ne l’a fait qu’à moitié ! », ironise Fabrice Coudour, secrétaire général de la Fédération nationale des mines et de la CGT-Énergie.
Selon le secretaire général, la baisse de la CTA, quelle que soit son ampleur, reste insuffisante pour instaurer un « juste prix » de l’électricité. Celui-ci devrait refléter les coûts réels de production plutôt que les fluctuations des marchés, et s’accompagner d’une TVA réduite à 5,5 % sur l’énergie, considérée comme un bien de première nécessité. Or, en août 2025, le gouvernement a relevé à 20 % la TVA sur l’abonnement, l’alignant sur celle de la consommation. Bercy n’a pas chiffré l’impact budgétaire qu’aurait un retour à un taux harmonisé de 5,5 %.
D’autres leviers fiscaux pourraient être activés, selon Boris Solier, économiste de l’énergie et maître de conférences à l’université de Montpellier. Chaque facture d’électricité se décompose entre le coût de l’énergie, celui de son transport et les taxes. « Un signal fort » pour relancer la consommation consisterait à agir sur l’accise sur l’électricité, donc sur la part variable du tarif, souligne l’économiste. Aujourd’hui, l’électricité reste deux fois plus taxée que le gaz, avec une accise de plus de 25 euros par mégawattheure, contre environ 10 euros pour le gaz. Une baisse de cette taxe aurait toutefois un impact budgétaire conséquent : en 2021, avant d’être réduite, elle rapportait 7 milliards d’euros à l’État.
Finalement, « baisser seulement la CTA est largement insuffisant », tranche Fabrice Coudour. Une analyse partagée par Alexandre Grillat, pour qui la mesure n’est « pas à la hauteur des enjeux » climatiques. Encourager réellement l’électrification des usages est pourtant indispensable pour réduire la dépendance aux énergies fossiles et atteindre la neutralité carbone.
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.