Entre stagnation outre-Rhin et record historique au Royaume-Uni, focus sur l'évolution des EnR dans la production d'électricité en Europe.
Friedrich Merz, Chancelier allemand.

Si 2025 confirme la montée en puissance des énergies renouvelables en Europe, l’évolution des mix électriques allemand et britannique illustre des dynamiques divergentes. Entre stagnation outre-Rhin et record historique au Royaume-Uni, les deux pays restent néanmoins confrontés à un recours persistant aux énergies fossiles, qui complique l’atteinte de leurs objectifs climatiques.

Allemagne : 58,8 % d’électricité renouvelable en 2025, une progression au ralenti

La transition énergétique allemande a marqué le pas en 2025. Les énergies renouvelables ont représenté 58,8 % de la production d’électricité, soit seulement 0,3 point de plus qu’en 2024, selon le bilan annuel du régulateur allemand de l’énergie. Un contraste avec les avancées rapides observées depuis 2021, année où l’éolien, le solaire et l’hydraulique ne comptaient encore que pour 43 % du mix électrique.

Cette quasi-stagnation s’explique en partie par des conditions météorologiques défavorables. L’éolien, première source d’électricité du pays, a ainsi reculé à 30,3 % de la production totale, contre 32 % en 2024.

À l’inverse, le solaire a signé la plus forte progression, passant de 14,7 % à 16,9 % de la production. « Cela s’explique principalement par une forte augmentation des capacités de production, de près de 10 gigawatts, ainsi que par un ensoleillement supérieur à la moyenne au printemps et en été », souligne le rapport annuel du régulateur. Pour la première fois, le photovoltaïque a dépassé le lignite, dont la part a reculé à 15,3 %.

80 % Soit la part des renouvelables dans la production totale d’électricité prévue en Allemagne pour 2030.

Mais cette dynamique pourrait être fragilisée par les orientations politiques du nouveau gouvernement. « Nous craignons un creux à venir », a averti la ministre de l’Économie Katherina Reiche, qui a annoncé vouloir réduire les subventions aux énergies vertes et s’appuyer davantage sur des centrales à gaz, dans un contexte de relance industrielle. La fédération du solaire BSW a de son côté appelé à « éviter absolument une détérioration du cadre réglementaire » pour le photovoltaïque.

Malgré ces incertitudes, Berlin maintient officiellement ses objectifs : 80 % d’électricité renouvelable en 2030 et une sortie complète du charbon d’ici 2038. En 2025, l’Allemagne est toutefois restée importatrice nette d’électricité, notamment depuis le Danemark et la France nucléaire.

Royaume-Uni : 47 % d’électricité renouvelable, un record accompagné d’un retour du gaz

De l’autre côté de la Manche, le Royaume-Uni a atteint un niveau inédit : 47 % de son électricité provenait de sources renouvelables en 2025, soit deux points de plus qu’en 2024, selon une étude du média spécialisé Carbon Brief. Porté par l’éolien terrestre et offshore, le pays figure parmi les plus avancés d’Europe dans ce domaine, même s’il reste derrière les pays scandinaves.

Ce record masque cependant une évolution plus ambivalente. « Le parc de centrales éoliennes, solaires et à biomasse du Royaume-Uni a établi de nouveaux records en 2025, mais la production à partir de gaz a tout de même augmenté » de 5 %, souligne Carbon Brief, notant que l’électricité britannique a été légèrement plus polluante qu’en 2024. Cette hausse du gaz s’explique par l’arrêt définitif du charbon – la dernière centrale ayant fermé en septembre 2024 – et par une production nucléaire tombée à son plus bas niveau depuis un demi-siècle, en raison de maintenances et de rechargements de combustible.

+ 5 % Soit l’augmentation de la production d’électricité à partir de gaz au Royaume-Uni en 2025, par rapport à 2024.

La demande d’électricité est par ailleurs repartie à la hausse pour la deuxième année consécutive. Carbon Brief l’attribue à « une hausse de 1 % en raison du raccordement en plus grand nombre de véhicules électriques, de pompes à chaleur et de centres de données au réseau ». En 2025, le mix électrique britannique se répartissait entre les renouvelables (47 %), le gaz (28 %), le nucléaire (11 %) et les importations (10 %).

Malgré ces avancées, l’opérateur du système électrique n’a pas atteint un jalon symbolique. « Le réseau n’a pas fonctionné pendant au moins 30 minutes en 2025 sans utiliser d’énergies fossiles », regrette Carbon Brief, qui estime que « des progrès beaucoup plus rapides seront nécessaires » pour respecter les engagements du pays. Le gouvernement britannique vise en effet une couverture à 100 % de la demande électrique par des sources décarbonées d’ici 2030, avec l’ambition supplémentaire de devenir exportateur net d’électricité.

Entre ralentissement allemand et record britannique tempéré par le retour du gaz, l’année 2025 confirme que la progression des renouvelables, bien qu’indéniable, reste étroitement dépendante des conditions climatiques, des choix politiques et de l’équilibre délicat entre sécurité d’approvisionnement et décarbonation.

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.