Après avoir fait figure d’exception en Europe de l’Ouest, le marché français de l’électricité à terme voit sa structure de prix se normaliser. La convergence rapide des contrats de long terme, autour de 50 €/MWh, incite désormais les acteurs à se repositionner sur des horizons 2027-2029, dans un contexte jugé plus cohérent économiquement.
Convergence des contrats 2027-2029 autour de 50 €/MWh : un signal fort pour le marché
Le « contango » français, caractérisé par des prix à terme plus élevés sur les échéances lointaines, est en passe de disparaître. Selon des analystes interrogés par Montel, cette évolution pousse de nombreux acteurs à renforcer leurs couvertures sur le moyen et long terme. À l’automne dernier, la France était encore le seul pays d’Europe occidentale à afficher une telle configuration, avec des contrats 2028 et 2029 plus chers que 2027, ce qui freinait les décisions d’achat à long terme. Depuis le début de l’année, la situation a changé : les prix des contrats 2028 et 2029 ont fortement reculé jusqu’à converger avec celui de 2027.
Au moment de la rédaction, le contrat pour livraison en 2029 s’échangeait à 50,30 €/MWh, celui de 2028 à 49,30 €/MWh, et celui de 2027 à 50,31 €/MWh. À titre de comparaison, fin septembre, le contrat 2029 atteignait 65,93 €/MWh, soit 4,58 €/MWh de plus que celui de 2028, lui-même 3,48 €/MWh au-dessus de 2027. Cette évolution constitue « le phénomène le plus important du début de l’année sur l’électricité », estime Clément Métayer, directeur des marchés de l’énergie du groupe Sorégies.
Couvertures relancées et débat sur un prix plancher à 50 €/MWh
Cette normalisation des prix a déjà des effets concrets sur les stratégies de marché. « Cela a déclenché chez certains de nos clients des opérations de couverture sur ces années-là, maintenant que le prix est plus cohérent », explique Clément Métayer. Même constat du côté du conseil. Selon certains cabinets, la baisse des prix a été plus rapide qu’anticipé, suivant probablement « le rythme de mise sur le marché des capacités d’EDF », qui a assuré 77 % de la production électrique française en 2024.
Pour Emeric de Vigan, directeur du cabinet 42 Advisors, cette évolution est « assez justifiée ». Comme de nombreux acteurs, il ne voyait pas de « justification économique solide » au maintien du contango : « Les hypothèses de reprise de la demande ne compensaient ni la structure des prix du gaz, ni les signaux des marchés voisins, ni la trajectoire des capacités renouvelables ».
Reste la question d’un éventuel plancher. Le contrat 2027 évolue autour de 50 €/MWh depuis mi-décembre, sans tendance claire à la baisse. Pour Nicolas Leclerc, le « risque à la hausse » est aujourd’hui plus marqué qu’une « espérance à la baisse », les prix restant sensibles aux évolutions du marché du gaz.
Les cours sont par ailleurs « un peu soutenus » par une performance nucléaire inférieure aux attentes en janvier et par des prix du CO₂ portés par les fonds d’investissement, souligne Emeric de Vigan. De son côté, Clément Métayer estime que 50 €/MWh « semble être l’ordre de grandeur plancher du moment », jugeant « surprenant » un passage durable sous les 45 €/MWh.
Source : Montel
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.