l’Europe accuse un retard préoccupant dans l’électrification de son économie. Un décrochage stratégique qui menace à la fois sa sécurité énergétique.
« Nous entrons dans l’ère de l’électricité et, à mon avis, l’Europe devrait en être le leader », prévient Fatih Birol.

Face à la concurrence chinoise et aux crises politiques, l’Europe accuse un retard préoccupant dans l’électrification de son économie. Un décrochage stratégique qui menace à la fois sa sécurité énergétique et sa prospérité, selon l’AIE.

Une Europe bloquée à 20 % d’électricité dans son mix énergétique

Pour garantir sa sécurité et préserver son niveau de vie, l’Europe doit accélérer l’électrification de son économie, plaide le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol. Un message martelé mercredi 14 janvier lors d’un séminaire à Stockholm, en Suède : « Si nous voulons être prospères, si nous voulons notre sécurité, nous devons électrifier nos économies et je suis désolé de vous dire que nous en sommes loin », a déclaré Fatih Birol. Selon lui, le constat est sans appel : il y a dix ans, l’électricité représentait environ 20 % de la consommation énergétique totale en Europe ; une proportion inchangée aujourd’hui. À titre de comparaison, la Chine a porté cette part à 32 %.

Pour le dirigeant de l’AIE, l’enjeu est pourtant clair : « Nous entrons dans l’ère de l’électricité et, à mon avis, l’Europe devrait en être le leader. Ou du moins l’un des leaders. Je vois l’avenir de l’Europe comme étant électrique ».

32 % Soit la part de l’électricité dans la consommation énergétique totale de la Chine. Bien en avance sur l’Europe dans son électrification.

Renoncements politiques et erreurs stratégiques face à la Chine et à la Russie

Cette ambition se heurte toutefois à une série de revers récents. L’Union européenne a renoncé en décembre à son objectif d’interdire la vente de voitures thermiques neuves à partir de 2035, sous la pression du secteur automobile et de l’Allemagne, qui jugeait le calendrier irréaliste.

Autre symbole des difficultés européennes : la faillite du fabricant suédois de batteries Northvolt en mars 2025. Présentée comme un pilier de la souveraineté industrielle européenne face aux acteurs chinois, l’entreprise n’a pas survécu à l’accumulation de dettes et aux retards de production.

Dans ce contexte instable, Fatih Birol appelle les États à diversifier massivement leurs approvisionnements énergétiques. « Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier. Diversifiez autant que possible : pas un seul pays, pas une seule route commerciale, pas une seule entreprise », a-t-il averti. Le patron de l’AIE estime par ailleurs que l’Europe a commis trois erreurs majeures au cours des dernières décennies : une dépendance excessive au gaz russe, un désengagement prématuré du nucléaire, et un retard persistant dans l’innovation et le déploiement des énergies renouvelables face à la Chine. Un retard illustré par un chiffre frappant : ces cinq dernières années, 85 % des centrales nucléaires construites dans le monde l’ont été en Chine et en Russie, confirmant le décrochage industriel et stratégique du continent européen dans l’« ère de l’électricité ».

Source : AFP

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.