Portés par la demande européenne et asiatique, le Mozambique, le Nigeria ou encore le Sénégal accélèrent leurs investissements dans le gaz naturel, liquéfié ou non. Entre projets géants, nouveaux gazoducs et ambitions d’exportation, le continent entend capter une part croissante du marché mondial, malgré des défis sécuritaires, financiers et sociaux majeurs.
40 à 45 milliards de m³ exportés par le Mozambique d’ici 2030
Au Mozambique, TotalEnergies et le gouvernement ont annoncé en janvier 2026 la reprise du programme gazier d’Afungi, dans la province de Cabo Delgado. Suspendu pendant cinq ans pour des raisons d’insécurité, ce projet de 17 milliards d’euros figure parmi les plus importants investissements privés dans les infrastructures énergétiques africaines. Cette usine de GNL s’inscrit dans une stratégie plus large. Si l’ensemble des projets en cours aboutissent, le Mozambique pourrait exporter 40 à 45 milliards de m³ de gaz par an d’ici 2030. À cet horizon, le pays ambitionne de devenir l’un des plus grands exportateurs mondiaux de GNL, avec une croissance annuelle estimée à 10 %, selon les projections gouvernementales.
Plus largement, le paysage gazier africain se transforme. D’une poignée d’exportateurs nord-africains, le continent voit émerger une véritable ceinture gazière, de l’ouest à l’est. Dans cette « course à l’échelle », un noyau de producteurs compétitifs – Nigeria, Égypte, Mozambique, Sénégal, Mauritanie, ainsi que Tanzanie – pourrait concentrer l’essentiel des investissements et des parts de marché.
« (…) un partenaire encore plus important en matière de gaz », Dan Jorgensen, commissaire européen à l’énergie, à propos de l’Algérie.
Au Nigeria, premier détenteur de réserves du continent avec près de 6 000 milliards de m³ (contre environ 4 500 milliards pour l’Algérie), les autorités ont lancé une politique de « décennie du gaz ». L’objectif : stimuler la consommation domestique, accroître les exportations de GNL et monétiser les réserves via de nouveaux pipelines et unités de liquéfaction.
Le Sénégal et la Mauritanie ont rejoint le club des exportateurs grâce au projet Grand Tortue Ahmeyim (GTA), qui a livré ses premières cargaisons en 2025. La Tanzanie, de son côté, vise une capacité de 10 millions de tonnes par an avec un démarrage potentiel à l’horizon 2029.
Les exportateurs historiques ne sont pas en reste. L’Algérie, qui représente déjà 14,6 % des importations européennes de gaz, entend renforcer sa position. En déplacement à Alger, le commissaire européen à l’énergie Dan Jorgensen a ainsi affirmé vouloir faire de l’Algérie « un partenaire encore plus important en matière de gaz », soulignant le rôle stratégique du pays dans la diversification des approvisionnements européens.
375 milliards de dollars d’investissements nécessaires d’ici 2030
En 2025, l’Afrique représentait près de 7 % de l’extraction mondiale de gaz naturel et environ 10 % de la production de GNL. D’ici à 2035, cette part pourrait atteindre 9 % du marché mondial.
Selon une étude de la Fondation Abdullah Bin Hamad Al-Attiyah du Qatar, le continent devra mobiliser 375 milliards de dollars d’investissements d’ici 2030 pour libérer jusqu’à 90 milliards de m³ supplémentaires par an, en plus des 260 milliards de m³ actuellement produits.
La stratégie européenne de diversification profite déjà aux producteurs africains. Depuis 2023, l’Algérie a renforcé ses ventes vers la Slovénie et la République tchèque via l’Italie. Parallèlement, la Chine, l’Inde ou le Pakistan diversifient leurs approvisionnements, soutenant la demande pour les cargaisons mozambicaines et les futurs projets tanzaniens.
Mais l’enjeu n’est pas uniquement exportateur. En Afrique, où 600 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité, le gaz doit aussi soutenir le développement intérieur. Le projet GTA prévoit ainsi des volumes dédiés à la production d’électricité en Mauritanie et au Sénégal.
L’intégration régionale avance également, avec deux projets de gazoducs à l’étude : le transsaharien reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger, et le gazoduc offshore Nigeria-Maroc, pensé comme un corridor énergétique à long terme pour treize États d’Afrique de l’Ouest.
Derrière ces ambitions, les défis restent considérables. Les nouveaux contrats de GNL s’inscrivent sur 15 à 20 ans afin de sécuriser les financements, alors même que plusieurs scénarios anticipent un pic de la demande mondiale de gaz dès les années 2030. Les projets doivent donc être développés rapidement, sous peine de voir leur rentabilité compromise.
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.