Malgré les engagements politiques pris depuis l’invasion de l’Ukraine, l’Union européenne continue de jouer un rôle central dans les exportations de gaz naturel liquéfié russe. De nouvelles données mettent en lumière l’ampleur de cette dépendance énergétique, qui soulève de lourdes questions politiques, économiques et morales.
7,2 milliards d’euros versés à la Russie
Le 3 décembre dernier les dirigeants européens s’engageaient, dans le cadre de la feuille de route REPowerEU, à se passer totalement du gaz russe d’ici le 1er janvier 2027 – comme nous vous l’annoncions dans nos colonnes – dans le but de mettre fin à la dépendance énergétique de l’UE vis-à-vis de la Russie. Si, jusqu’à cette date les flux restent légaux, une étude révélée par The Guardian montre que la Russie a tiré environ 7,2 milliards d’euros de ses exportations de GNL vers l’UE en 2025. Ces chiffres ravivent les critiques à l’encontre de plusieurs gouvernements européens, accusés de contribuer indirectement au financement de la guerre menée par Moscou contre l’Ukraine.
Or, loin de ralentir, les importations se maintiennent à un niveau élevé. En 2025, plus de 15 millions de tonnes de GNL issues du complexe de Yamal, situé en Sibérie occidentale, ont été acheminées vers des ports européens. D’après l’ONG Urgewald, cette manne représente plus de 7 milliards d’euros versés au Kremlin. Plus frappant encore, la part de l’Union européenne dans les exportations mondiales de GNL de Yamal a grimpé à 76,1 %, illustrant une dépendance persistante, notamment en Europe centrale et orientale.
France, Belgique et logistique européenne : une implication clé dans la chaîne du GNL de Yamal
L’Europe ne se limite pas au rôle de client. Elle participe également activement à la logistique des exportations russes. Selon The Guardian, deux compagnies maritimes européennes assurent l’essentiel du transport du GNL de Yamal : la britannique Seapeak, qui représente 37,3 % du transport, et la grecque Dynagas, avec 34,3 %. Sur les quatorze méthaniers brise-glace spécialisés de classe Arc7, onze appartiendraient à ces deux entreprises. Seapeak est par ailleurs détenue par le fonds d’investissement américain Stonepeak.
Du côté des importations, la France s’impose comme le premier acheteur européen. Toujours selon Urgewald, 87 navires ont livré 6,3 millions de tonnes de GNL aux ports français de Dunkerque et Montoir en 2025, contre 58 navires et 4,2 millions de tonnes pour le terminal belge de Zeebruges. La France devance ainsi largement la Chine, qui n’a importé que 3,6 millions de tonnes de GNL russe sur la même période.
L’accès aux ports européens, en particulier celui de Zeebruges, joue un rôle stratégique : il permet aux méthaniers brise-glace de repartir rapidement vers l’Arctique pour charger de nouvelles cargaisons. Sans ces escales européennes, les navires seraient contraints d’emprunter des routes bien plus longues vers l’Asie, immobilisant les flottes pendant plusieurs semaines.
En attendant l’entrée en vigueur de l’embargo annoncé pour 2027, ces données soulignent le fossé persistant entre les ambitions géopolitiques affichées par l’Union européenne et la réalité de sa dépendance énergétique au gaz russe.
Source : The Guardian
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.