Portée par des stocks historiquement bas et des prix attendus en repli, l’Europe devrait accroître fortement ses achats de gaz naturel liquéfié cette année. Selon les projections de Kpler, cette dynamique redessine l’équilibre du marché, entre tensions hivernales, regain industriel et montée en puissance de l’offre mondiale.
Des stocks tombés à 36,7 % : l’Europe sécurise son approvisionnement
Les importations européennes de GNL devraient progresser de 21 % cette année pour atteindre 125 millions de tonnes (Mt), soit environ 170 milliards de mètres cubes. Cette hausse s’explique par la nécessité de reconstituer des stocks gaziers fortement entamés, mais aussi par un environnement de prix plus favorable, selon les dernières estimations de Kpler.
L’Europe du Nord-Ouest devrait capter près de la moitié de l’offre mondiale de GNL, profitant notamment des extensions de capacités des terminaux méthaniers de Gate (Pays-Bas) et de Zeebrugge (Belgique), ainsi que d’importantes infrastructures de stockage aux Pays-Bas et en Allemagne. « Les importations de gaz naturel liquéfié (GNL) de l’Europe du Nord-Ouest devraient absorber près de la moitié de l’offre mondiale », a déclaré Arturo Regalado, analyste chez Kpler, lors d’un forum à Londres.
À l’inverse, la demande devrait refluer en Europe du Sud, notamment en Italie, en Espagne et au Portugal, sous l’effet d’une forte pénétration des énergies renouvelables.
Au total, la demande de gaz de l’Union européenne devrait progresser de 8 milliards de mètres cubes (Gm³) pour atteindre 330 Gm³, en grande partie en raison de la baisse attendue des températures au premier trimestre 2026.
Les niveaux de stockage illustrent cette tension : les réserves européennes ne sont remplies qu’à 36,7 %, leur plus bas niveau pour cette période depuis 2022, et pourraient tomber à 22 % d’ici la fin de l’hiver. Toutefois, grâce à une campagne d’injection massive, elles devraient remonter à 90 % d’ici au 1er novembre, selon Arturo Regalado.
Des prix en baisse pour relancer la demande
La détente attendue des prix constitue l’autre moteur du marché. Selon Kpler, les prix moyens européens du gaz TTF et du GNL pourraient passer sous les 10 dollars/MMbtu (environ 28,71 €/MWh) cette année, contre 12 dollars/MMbtu en 2025. « Des prix plus bas devraient également stimuler la demande industrielle dans le nord-ouest de l’Europe », a estimé Arturo Regalado.
En 2025, le contrat gazier de référence TTF pour livraison le mois suivant s’est établi en moyenne à 36,30 €/MWh, d’après les données d’Ice Endex.
À l’échelle internationale, plusieurs facteurs pourraient influencer le marché européen en 2026 : conditions météorologiques, mises en service ou maintenances d’unités de liquéfaction, éventuel accord de paix en Ukraine accompagné d’un assouplissement des sanctions contre la Russie, ou encore reprise de la demande asiatique.
La Chine devrait notamment voir sa consommation progresser pour atteindre 73 Mt en 2026, soit +6 Mt, portée en particulier par la demande du transport routier. L’Asie du Sud et du Sud-Est pourraient également enregistrer une croissance tirée par les prix, tandis que la demande resterait modérée au Japon et en Corée du Sud en raison d’une forte production nucléaire.
Enfin, l’offre mondiale de GNL devrait augmenter de 42 Mt pour atteindre 471 Mt, soutenue par de nouveaux projets et des extensions aux États-Unis, au Qatar et en Australie, mais aussi au Congo et au Mexique. Une expansion de l’offre qui contribuera à détendre les prix, tout en intensifiant la concurrence pour capter la demande européenne.
Source : Montel
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.