Les industriels français ont bénéficié d’un net reflux des prix en 2024. Cela ne suffit pas à effacer l’écart avec les niveaux d’avant-crise.
Les industriels utilisent principalement l’électricité (36%) et le gaz (35%).

Après deux années de tensions extrêmes sur les marchés de l’énergie, les industriels français ont bénéficié d’un net reflux des prix en 2024. Un répit bienvenu, qui ne suffit toutefois pas à effacer l’écart persistant avec les niveaux d’avant-crise, alors même que la réindustrialisation demeure un objectif stratégique.

Encore 1,5 fois le niveau de 2019

Pour la première fois depuis la crise sanitaire de 2020, la facture énergétique des industriels français diminue : « pour la première fois depuis 2020, année marquée par la crise sanitaire, la facture énergétique [a diminué] », observe l’Insee dans une étude publiée mercredi 18 février, portant sur 21 300 établissements industriels d’au moins 20 salariés, implantés en France.

En 2024, la facture totale s’élève à 17,3 milliards d’euros, soit une baisse de 24% sur un an. Ce recul s’explique par une meilleure adéquation entre l’offre et la demande d’énergie, après le choc post-Covid et les tensions provoquées par la guerre en Ukraine en 2022. Déjà en 2023, la hausse des prix avait nettement ralenti.

Pour autant, la situation reste dégradée : la facture énergétique demeure 1,5 fois plus élevée qu’en 2019. Un écart d’autant plus marquant que, dans le même temps, la consommation d’énergie a diminué de 16% par rapport à l’avant-pandémie.

17,3 milliards d'euros Soit, la facture énergétique de l’industrie française, en 2024.

Une baisse des prix à l’avantage des énergo-intensifs

L’étude met en lumière des disparités importantes selon la taille des consommateurs. Les industriels électro-intensifs européens ont d’ailleurs récemment appelé à des « initiatives concrètes » pour faire baisser immédiatement les prix, en ciblant notamment les frais de réseau et les taxes. En France, l’Insee constate que le recul des prix en 2024 a davantage profité aux gros consommateurs, plus exposés aux fluctuations de marché via leurs contrats. Ainsi, le prix moyen de l’électricité reste en 2024 92% supérieur à son niveau de 2019 pour les petits consommateurs, « alors qu’il ne l’est ‘que’ de 36% pour les gros », souligne l’Insee.

Dans le détail, les industriels utilisent principalement l’électricité (36%) et le gaz (35%). « Suivent ensuite la vapeur (8%), le bois (5%) et les produits pétroliers (4%) », précise l’Insee.

La consommation globale atteint 23,4 millions de tonnes d’équivalent pétrole, en baisse de 2% par rapport à 2023 et de 16% par rapport à 2019. Ce recul traduit à la fois une adaptation aux signaux-prix et un contexte de ralentissement économique. L’Insee évoque ainsi le « ralentissement de l’activité et des investissements des entreprises pour limiter leurs coûts », ainsi que les efforts engagés pour améliorer l’efficacité énergétique.

Si l’accalmie tarifaire de 2024 constitue un signal positif, le niveau durablement élevé des prix de l’énergie continue donc de peser sur la compétitivité industrielle française et européenne.

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.