Les députés RN et LFI ont chacun déposé une motion de censure contre le gouvernement, dénonçant tant la méthode que le contenu de la stratégie de la PPE3.
La présidente du groupe RN à l'Assemblée, Marine Le Pen, a invité tous les parlementaires opposés au PPE3 à déposer une motion de censure.

La publication par décret de la Programmation pluriannuelle de l’énergie, qui fixe la trajectoire énergétique de la France jusqu’en 2035, déclenche une riposte politique immédiate. À l’Assemblée nationale, le Rassemblement national et La France insoumise ont chacun déposé une motion de censure contre le gouvernement, dénonçant tant la méthode que le contenu de cette stratégie.

Une motion qui a peu de chances d’aboutir

Les députés RN ont déposé lundi 23 février leur motion de censure, à l’initiative de leur présidente de groupe, Marine Le Pen, qui avait appelé les parlementaires opposés à la PPE3 à en faire de même. Le parti proteste « sur la forme », contre « un acte illibéral contre le Parlement », et sur le fond contre « une politique décroissante qui accélère les énergies intermittentes, ment sur le nucléaire et fait peser un risque majeur sur les finances publiques », selon une source du groupe RN à l’AFP. Il estime que le gouvernement aurait dû passer par la loi, conformément au code de l’énergie, et dénonce un « choix irrationnel » en faveur des énergies intermittentes, qu’il juge dicté par la Commission européenne.

Dans la foulée, la présidente du groupe LFI, Mathilde Panot, a annoncé le dépôt d’une motion concurrente. « Le groupe parlementaire insoumis dépose une motion de censure contre le gouvernement et propose aux députés issus du NFP de la cosigner. Il est inacceptable que de telles décisions qui engagent notre pays pour des décennies soient prises par décret, sans débat ni vote de l’Assemblée », a-t-elle écrit.

La motion ne pourra être examinée qu’après un délai réglementaire de 48 heures, soit au plus tôt mercredi. Pour être adoptée, elle devrait réunir les voix de l’ensemble de la gauche et du RN ; une hypothèse jugée peu probable, notamment en raison des réticences du Parti socialiste, qui a refusé de voter les précédentes motions de censure contre le Premier ministre Sébastien Lecornu.

Gouvernance énergétique : une fracture persistante

Dévoilée le 12 février après trois années d’intenses discussions et de multiples reports, la nouvelle stratégie énergétique du gouvernement trace la feuille de route du pays jusqu’en 2035.

L’exécutif y met l’accent sur la relance de la consommation d’électricité décarbonée, notamment d’origine nucléaire, afin de réduire la dépendance aux énergies fossiles importées et coûteuses. La PPE3 acte également un moindre déploiement de l’éolien terrestre et du solaire par rapport aux trajectoires initialement envisagées.

Au-delà de l’Assemblée nationale, la méthode choisie — un décret plutôt qu’un projet de loi — suscite aussi l’opposition de la droite sénatoriale. Un débat est ainsi prévu au Sénat à la demande de son président, Gérard Larcher.

Si l’issue parlementaire semble incertaine, la controverse révèle une fracture persistante sur la gouvernance énergétique du pays : entre impératif de planification à long terme et exigence de débat démocratique, la PPE3 cristallise des tensions qui dépassent les clivages traditionnels.

Source : AFP

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.