Alors que la France tarde à publier sa feuille de route énergétique et que son parc nucléaire arrive à un âge critique, le gendarme du nucléaire alerte sur l’urgence de stabiliser les choix politiques pour anticiper les besoins de long terme.
Un parc nucléaire de 40 ans en moyenne, au cœur des arbitrages énergétiques
Attendue depuis plus de deux ans et demi, la feuille de route énergétique française doit définir l’équilibre entre nucléaire et énergies renouvelables pour les décennies à venir. Mais les dissensions politiques autour de l’accélération des renouvelables ont retardé sa publication, dans un contexte marqué par des surcapacités électriques et une consommation nationale en stagnation. Pour l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), ces éléments conjoncturels ne doivent pas masquer les enjeux structurels. « Il faut préparer et lisser le renouvellement des capacités, qu’elles soient nucléaires ou issues d’autres technologies, conserver des marges de sûreté et donc donner de la visibilité et de la stabilité à la politique énergétique », a déclaré Pierre-Marie Abadie, président de l’ASNR, lors de ses vœux à la presse.
Le parc nucléaire français, composé majoritairement de réacteurs mis en service dans les années 1980, affiche aujourd’hui un âge moyen de 40 ans, soit la durée de vie initialement prévue. Dans ce contexte, le projet de stratégie énergétique s’appuie à la fois sur une accélération des énergies renouvelables et sur une relance du nucléaire, incluant la construction de nouveaux réacteurs et la prolongation de ceux qui le peuvent au-delà de 50, voire 60 ans.
« Il ne faut pas que des évolutions conjoncturelles masquent les enjeux de long terme » (ASNR)
Prolongation au-delà de 60 ans : décision pour 2040
La question de la prolongation de la durée de vie des réacteurs constitue un enjeu central pour la sécurité d’approvisionnement. « Il ne faut pas que des évolutions conjoncturelles masquent les enjeux de long terme », a insisté Pierre-Marie Abadie, rappelant que la demande d’électricité progresse fortement dans certains pays, notamment sous l’effet du développement des centres de données.
L’ASNR prévoit de « prendre position en novembre 2026 » après avoir analysé « les obstacles potentiels à la poursuite de fonctionnement à long terme et les leviers possibles pour les surmonter », selon son président. Les principaux points de vigilance concernent le vieillissement des bétons ainsi que certains composants non ou difficilement remplaçables, comme la cuve des réacteurs ou certaines tuyauteries.
Toute autorisation de prolongation au-delà de 60 ans ne pourrait toutefois intervenir avant 2040. D’ici là, l’ensemble du parc devra franchir une étape intermédiaire cruciale : obtenir l’autorisation de fonctionner au-delà de 50 ans, à l’issue d’examens de sûreté approfondis. Autant de décisions qui, pour le gendarme du nucléaire, nécessitent dès aujourd’hui une stratégie énergétique claire, stable et lisible.
Source : AFP
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.