Fin 2025, EDF a acté une nouvelle hausse majeure du coût des six premiers réacteurs EPR2.

Fin 2025, EDF a acté une nouvelle hausse majeure du coût des six premiers réacteurs EPR2, ravivant les interrogations sur la soutenabilité financière et le calendrier du vaste programme nucléaire.

72,8 milliards d’euros : un devis en forte hausse mais jugé plus « robuste » par l’État

EDF a annoncé jeudi une réévaluation significative du coût de construction des six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2, désormais estimé à 72,8 milliards d’euros, en euros constants 2020. Ce nouveau chiffrage dépasse nettement l’estimation initiale de 51,7 milliards d’euros, déjà revue à la hausse à 67,4 milliards en juin 2023.

Cette enveloppe n’intègre toutefois pas les coûts de financement, lesquels pourraient porter la facture totale au-delà de 100 milliards d’euros, selon la Cour des comptes. L’estimation fera ainsi l’objet d’un audit par la Délégation interministérielle au nouveau nucléaire (DINN) à compter de janvier, avec pour objectif, selon Bercy, « d’obtenir d’ici fin mars un devis partagé par l’État et EDF ».

Le ministère de l’Économie estime néanmoins que ce nouveau montant est « aligné avec l’enveloppe globale telle qu’elle avait été travaillée avec l’État », y voyant « le signe qu’EDF commence à avoir plus de visibilité dans son chiffrage ». Le conseil d’administration du groupe a par ailleurs validé un investissement de 2,7 milliards d’euros dans le programme EPR2 pour l’année à venir.

Lors d’une conférence de presse, Xavier Gruz, directeur exécutif groupe chargé de la préfiguration de la maîtrise d’ouvrage du nouveau nucléaire, a précisé que 72,8 milliards d’euros constituaient le « montant maximum » du programme. EDF a intégré « des provisions pour risques pour couvrir l’ensemble des aléas (…) en phase de construction, mais également pour disposer d’un matelas permettant d’absorber les écarts de coût qui apparaîtront dans la suite de la conception », a-t-il détaillé.

+ 40,8 % Soit la la variation à la hausse de l’évaluation du coût de construction des six réacteurs EPR2

Des délais raccourcis : 70 mois par réacteur et une mise en service en 2038

En parallèle de la hausse des coûts, EDF affirme avoir réduit ses délais prévisionnels de construction. Le temps nécessaire à l’édification d’un réacteur est désormais estimé à 70 mois, contre 96 mois auparavant, selon Xavier Gruz. Cette révision s’appuie notamment sur un retour d’expérience chinois. Des équipes d’EDF se sont rendues en Chine, qualifiée de « référence mondiale incontestable » en matière de construction rapide de réacteurs, afin de mener un « travail d’immersion ». Celui-ci a permis d’élaborer un nouveau planning intégrant des « efforts d’optimisation et de réduction des coûts et des délais ». « On n’a pas diminué le temps à proprement parler de chacune des séquences, par contre, on les a agencées pour qu’elles puissent se superposer », a expliqué Thierry Le Mouroux, directeur exécutif groupe en charge de la direction projets et construction.

Les six réacteurs seront construits par paires sur des sites existants : Penly, puis Gravelines, puis le Bugey. EDF espère réaliser la construction du sixième réacteur en 38 mois, mais reconnaît que le design de l’EPR2 n’est pas encore totalement finalisé. Les travaux du premier réacteur à Penly (Seine-Maritime) devraient débuter en mars 2029, pour une mise en service attendue en 2038. Les réacteurs suivants seraient livrés tous les 12 à 18 mois. À terme, le gouvernement vise la construction de 14 nouveaux réacteurs d’ici 2050, même si seuls six sont à ce stade confirmés. EDF table sur un coût de production électrique « compétitive » de 70 euros/MWh pour le quatorzième réacteur, sans préciser celui des premières unités.

Malgré des prévisions de demande électrique plus faibles à court terme publiées par RTE, EDF maintient le cap. « On pense que la consommation électrique va fortement augmenter », a assuré Xavier Gruz, ajoutant : « Donc il ne faut pas regarder avec les yeux du moment des sujets de moyen et long terme, c’est très dangereux ».

Pour soutenir ce programme, l’État prévoit un prêt à taux zéro couvrant 60 % des coûts de construction, ainsi qu’un contrat pour différence sur 40 ans à 100 euros/MWh (en euros 2024). Le projet reste toutefois exposé à des risques juridiques, le tribunal administratif de Lyon ayant récemment suspendu la construction de la troisième paire de réacteurs au Bugey en raison de préoccupations environnementales.

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.