Après près de trois ans d’attente, la future programmation pluriannuelle de l’énergie commence à se dessiner. Si les acteurs des énergies renouvelables saluent les garanties apportées par le gouvernement, ils alertent toutefois sur le risque d’un ralentissement du solaire et de l’éolien, aux lourdes conséquences industrielles et sociales.
Pas de moratoire sur l’éolien et le solaire mais…
Le Syndicat des énergies renouvelables (SER) s’est dit rassuré par les grandes lignes de la feuille de route énergétique présentées samedi 7 février par le Premier ministre, avant une publication attendue « en fin de semaine ». La confirmation d’une programmation pluriannuelle de l’énergie sur dix ans constitue un signal clé pour la filière : « il est important que Sébastien Lecornu ait confirmé qu’il y aura bien une programmation pluriannuelle de l’énergie sur dix ans, jusqu’en 2035, sous la forme d’un décret qui ne va pas mettre sous le boisseau le solaire et l’éolien », a déclaré Jules Nyssen, président du Syndicat des énergies renouvelables, à l’AFP.
« Il y aura bien des appels d’offres pour développer le solaire et l’éolien », Jules Nyssen
Les industriels redoutaient depuis plusieurs mois un coup d’arrêt au développement des renouvelables dans un texte retardé à de multiples reprises, en raison de profondes divisions politiques sur l’équilibre entre nucléaire et énergies vertes. Reçus à Matignon vendredi, les représentants du secteur sont ressortis avec l’assurance qu’il n’y aurait pas de moratoire : « il y aura bien des appels d’offres pour développer le solaire et l’éolien », s’est félicité Jules Nyssen, y voyant une condition indispensable au développement des filières industrielles et à l’électrification du pays, nécessaire à la réduction des émissions de CO₂.
… des inquiétudes sur les volumes : 30 GW déjà installés
Si la méthode rassure, les volumes restent au cœur des inquiétudes. La priorité donnée à la remotorisation des éoliennes terrestres ne suffira pas, selon le SER : « la remotorisation ne permettra pas, à elle seule, d’atteindre les objectifs d’électrification », a averti Jules Nyssen, appelant à ne pas exclure de nouveaux champs éoliens « en bonne intelligence avec les élus et les territoires », ainsi qu’à revoir les plafonds aériens civils et militaires qui limitent l’installation d’éoliennes plus puissantes.
Dans le solaire, les chiffres illustrent l’ampleur de l’enjeu industriel : « il y a déjà 30 GW de puissance installée en France et 10 GW de projets autorisés en file d’attente. Si l’objectif était fixé à 40 GW en 2030, cela reviendrait à un moratoire de fait », a souligné Jules Nyssen. Un tel scénario mettrait en péril deux projets de gigafactories photovoltaïques — Holosolis en Moselle et Carbon à Fos-sur-Mer — représentant un potentiel théorique de 5 000 emplois. Aujourd’hui, l’éolien et le solaire totalisent entre 80 000 et 120 000 emplois directs en France.
De son côté, France Renouvelables, qui regroupe 370 acteurs de la filière, estime qu’une trajectoire énergétique marquée par un recul des renouvelables pourrait entraîner « la destruction de 30 000 à plus de 40 000 emplois » selon les scénarios retenus. Pour alerter sur ces risques, deux manifestations de salariés sont prévues mardi, à Montpellier et à Paris devant l’Assemblée nationale, afin d’exprimer leurs craintes et de « dénoncer la multiplication des suppressions d’emplois » dans le secteur.
Source : AFP
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.