Guichet saturé, budget contraint et calendrier incertain : le dispositif phare de l’État ne parvient plus à absorber la demande. En 2026, l’impasse budgétaire accélère le basculement des ménages vers les CEE et des solutions de financement privées inédites, au risque d’un renoncement massif aux travaux.
Aides publiques sous tension : 83 000 dossiers en attente
L’année 2026 débute sous très forte pression pour la rénovation énergétique. MaPrimeRénov’, pilier de la politique de décarbonation du logement, est suspendue dans l’attente de l’adoption définitive de la loi de finances. Une nouvelle secousse après une année 2025 déjà marquée par une demande hors de contrôle, des fraudes ayant conduit à une pause estivale, puis un durcissement brutal des critères d’éligibilité.
L’ampleur de l’engorgement est manifeste : sur les 120 000 rénovations programmées, 83 000 dossiers sont déjà en attente d’instruction. Le segment des maisons individuelles est particulièrement exposé. Pour 52 000 places théoriquement disponibles, 45 000 dossiers ont déjà été déposés, réduisant presque à néant toute marge de manœuvre pour le reste de l’année.
«L’enveloppe de 3,6 milliards d’euros consacrée à MaPrimeRénov’ ne sera pas augmentée », a prévenu Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement.
Malgré cette saturation, l’exécutif ferme la porte à toute rallonge budgétaire. « Dans un contexte de finances publiques contraintes, l’enveloppe de 3,6 milliards d’euros consacrée à MaPrimeRénov’ ne sera pas augmentée », a prévenu Vincent Jeanbrun, ministre de la Ville et du Logement. Une position jugée intenable par les acteurs du secteur. « Même en réduisant les montants par dossier, l’équation ne tient plus : il n’y a tout simplement plus de place pour lancer de nouveaux chantiers », alerte Nicolas Moulin, fondateur de PrimesEnergie.
Financements alternatifs : CEE et modèles privés
Face au mur budgétaire de l’État, les ménages se tournent massivement vers les certificats d’économie d’énergie. Fondé sur le principe du pollueur-payeur, ce dispositif contraint les fournisseurs d’énergie à financer une partie des travaux des particuliers, indépendamment du calendrier parlementaire.
Les opérateurs spécialisés enregistrent une forte hausse des sollicitations. Les aides restent tangibles : plusieurs milliers d’euros pour une pompe à chaleur, environ 100 euros par fenêtre remplacée. Mais ce mécanisme montre ses limites. « Financer un geste isolé ne produit pas les mêmes résultats qu’une rénovation globale, souvent plus performante mais aussi plus coûteuse », rappelle Aurélien Déjean, chargé de mission chez Soliha.
Parallèlement, des solutions de financement par le capital émergent. À Bordeaux, la société Vasco a vu ses demandes multipliées par cinq depuis juillet. Son modèle repose sur une logique de foncière : des investisseurs prennent en charge les travaux en échange d’une quote-part du bien. Ces dispositifs ciblent les « naufragés de MaPrimeRénov’ », ces propriétaires ayant engagé études et devis sans garantie de subvention.
Sur le terrain, le risque majeur reste toutefois le renoncement. Une aide-soignante témoigne ainsi d’un devis initial de 65 000 euros, finalement réduit à 35 000 euros grâce à des solutions de fortune. Les aides cumulées n’ont représenté que 1 229 euros, malgré l’intervention de Soliha et des CEE. Un écart qui pousse de nombreux ménages à différer, réduire ou abandonner leurs projets.
Pour limiter ce décrochage, le gouvernement mise sur l’éco-prêt à taux zéro, pouvant atteindre 50 000 euros, et prépare la création d’une « banque de la rénovation » dédiée aux copropriétés, un segment où les montages financiers restent longs et complexes. Reste à savoir si ces outils suffiront à enrayer une dynamique de blocage désormais structurelle.
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.