L’escalade militaire entre l’Iran et ses adversaires fait entrer les marchés énergétiques dans une zone de turbulences majeures.
Le Brent de la mer du Nord a bondi de plus de 10 % avant de se stabiliser autour de +7 % à la mi-journée.

Frappes ciblées, menaces sur les infrastructures stratégiques et blocage du détroit d’Ormuz : l’escalade militaire entre l’Iran et ses adversaires fait entrer les marchés énergétiques dans une zone de turbulences majeures, aux répercussions déjà mondiales.

Pétrole +10 %, gaz +35 % : des marchés sous choc face aux frappes sur les infrastructures

Les marchés de l’énergie ont brutalement réagi à l’intensification du conflit déclenché fin février par des frappes israélo-américaines sur l’Iran. Dans la nuit du 18 au 19 mars, le Qatar a fait état d’une attaque iranienne sur Ras Laffan, son premier site de production de GNL. En quelques heures, les indicateurs se sont emballés : le Brent de la mer du Nord a bondi de plus de 10 % avant de se stabiliser autour de +7 % à la mi-journée, tandis que le gaz européen s’envolait jusqu’à +35 %. Dans le même temps, les Bourses européennes reculaient de plus de 2 %, signe d’une inquiétude généralisée.

Le Qatar a donc signalé des « dommages considérables » sur le site Ras Laffan, mais d’autres attaques ciblées ont concerné des sites stratégiques : des raffineries au Koweït et en Arabie saoudite ont été visées par des drones. Ces frappes répondent notamment à l’attaque contre le champ gazier géant de South Pars/North Dome, partagé entre l’Iran et le Qatar.

Face à cette escalade, les anticipations de marché s’assombrissent. « Si d’autres infrastructures sont visées, le baril dépassera probablement 120 dollars dans l’immédiat », prévient Aditya Saraswat, analyste chez Rystad Energy.

Les réactions politiques traduisent également l’inquiétude croissante. « Une escalade inconsidérée », a dénoncé Emmanuel Macron, appelant à des discussions directes entre Washington et Téhéran. De son côté, Keir Starmer a estimé que « mettre fin à la guerre [était] le moyen le plus rapide de réduire le coût de la vie ».

20 000 marins bloqués, 20 % du pétrole mondial menacé

Au-delà du choc immédiat sur les prix, le conflit s’installe dans la durée et menace des équilibres énergétiques mondiaux déjà fragiles. Malgré les frappes répétées, l’Iran conserve une capacité militaire significative. « Le régime iranien est intact », a affirmé Tulsi Gabbard, Directrice du Renseignement national des Etats-Unis, devant le Congrès américain, tout en reconnaissant qu’il est « fortement affaibli ». Une analyse partagée sur le terrain stratégique : « Le conflit dérive vers une guerre d’usure », observe Dennis Citrinowicz, chercheur spécialisé dans les conflits au Moyen-Orient.

L’un des points de tension majeurs reste le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ un cinquième des flux mondiaux de pétrole et de gaz. De facto bloqué, il immobilise actuellement près de 3 200 navires et 20 000 marins, selon l’Organisation maritime internationale, qui plaide pour la création urgente d’un couloir sécurisé.

Les répercussions se font déjà sentir à l’échelle mondiale. Le Sri Lanka a instauré une semaine de quatre jours pour économiser son carburant, tandis qu’à Lagos, les prix de l’essence atteignent des niveaux records, entraînant une hausse des transports. En France, le secteur de la pêche est également sous pression : « Pour des bateaux qui consomment plus d’une tonne de carburant par jour, cela représente plusieurs centaines d’euros de plus », souligne Jérôme Nicol.

Dans le Golfe, les tensions restent à leur comble. Le Qatar estime que les attaques ont « franchi toutes les lignes rouges », tandis que l’Arabie saoudite se réserve désormais le droit de riposter. Pourtant, à Téhéran, la vie quotidienne semble suivre son cours à la veille de Norouz, le Nouvel An persan, malgré un renforcement visible du dispositif sécuritaire. Le régime maintient son contrôle, confirmant l’enlisement d’un conflit aux conséquences énergétiques et économiques mondiales durables.

Source : AFP

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.