La flambée des prix de l’énergie, alimentée par le conflit au Moyen-Orient, met à l’épreuve la stratégie française de réindustrialisation.
60 000 industriels issus de quelque 50 filières sont réunis au salon Global Industrie, du 30 mars au 2 avril 2026.

La flambée des prix de l’énergie, alimentée par le conflit au Moyen-Orient, met à l’épreuve la stratégie française de réindustrialisation. Déjà confrontée à des défis structurels et à une concurrence internationale accrue, l’industrie hexagonale qui était réunie à Global Industrie à Villepinte, voit ses ambitions ralenties.

Des coûts énergétiques en forte hausse

Réuni au salon Global Industrie à Villepinte, qui accueille 60 000 industriels issus de plus de 50 filières, l’écosystème industriel français affiche ses ambitions tout en mesurant l’ampleur des défis. Ce secteur représente 322 000 entreprises, 3,3 millions d’emplois et plus de 1 500 milliards d’euros de chiffre d’affaires.

Mais derrière cette vitrine, les inquiétudes grandissent. La guerre au Moyen-Orient a provoqué une remontée brutale des prix de l’énergie, aggravant un handicap déjà structurel face aux concurrents asiatiques et nord-américains. « Le prix du gaz s’est accru de 30 euros le MW/h à 55 aujourd’hui », souligne Axel Eggert, directeur général d’Eurofer. Une hausse qui se répercute sur l’ensemble de la chaîne industrielle, notamment l’automobile et la construction.

Cette pression énergétique complique encore la dynamique de réindustrialisation engagée par les pouvoirs publics. Selon le ministère de l’Économie, le solde net d’ouvertures d’usines reste positif en 2025, mais en recul notable par rapport à 2024. Pour Olivier Lluansi, professeur au CNAM, « la réindustrialisation est consensuelle politiquement », portée par « une attente très forte » après des décennies de déclin industriel ayant « paupérisé des territoires » et creusé « une vraie fracture territoriale ».

Mais la tâche reste immense : « un questionnement monte sur la capacité du pays à y arriver », alerte-t-il, tout en rappelant que « nous n’avons pas d’autre choix si nous voulons rester souverains ».

322 000 Soit le nombre d’entreprises représentées au salon Global Industrie, à Villepinte, cette année.
3,3 millions Soit le nombre d’emplois qu’hébergent ces 322 000 entrepirses réunies à Global Industrie.
1,5 milliards d'euros Soit le CA cumulé des entreprises du secteur industriel réunies à Global Industrie.

Concurrence mondiale et contraintes internes

Au-delà de la crise énergétique, l’industrie française doit faire face à des obstacles structurels. Nicolas Dufourcq, président de Bpifrance, avertissait que « de plus en plus d’efforts » sont nécessaires pour maintenir la dynamique industrielle, faute de quoi « ce serait de nouveau le toboggan » des fermetures. Les incertitudes réglementaires constituent également un frein. Des représentants du patronat ont récemment pointé « l’incertitude juridique » après l’interdiction d’exploiter certains gaz en Lorraine. La situation varie selon les secteurs : la chimie, la mécanique et l’automobile sont particulièrement fragilisées, tandis que l’aéronautique et la défense résistent mieux.

Mais la menace la plus structurante reste internationale. La Chine s’impose comme un concurrent de plus en plus redoutable. Comme le souligne Anaïs Voy-Gillis, chercheuse associée à l’IAE de Poitiers, elle est désormais capable de rivaliser, voire de dépasser l’industrie européenne dans certains domaines. Selon le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan, les industriels chinois bénéficient d’avantages décisifs : « coûts de production durablement plus faibles », « chaînes de valeur toujours plus intégrées », « moindres contrôles réglementaires » et « sous-évaluation persistante du taux de change ». Face à cette pression, Anaïs Voy-Gillis insiste : « il faut s’assurer que l’industrie européenne soit performante ».

Malgré ces défis, Nicolas Dufourcq se veut optimiste, saluant une « mobilisation générale » qui permettrait de « limiter les dégâts », ajoutant avec prudence que « le loup n’arrive pas à rattraper les petits cochons de l’industrie française ».

Source : AFP

Giovanni Djossou, journaliste spécialisé
Giovanni Djossou Journaliste spécialisé

Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.