EDF a affiché des résultats financiers sans précédent pour l’année 2024, portée par une reprise significative de sa production électrique.
Un Bénéfice record de 11,4 milliards d’euros
L’énergéticien a réalisé un bénéfice record de 11,4 milliards d’euros l’année passée, résultat en grande partie attribuable à l’augmentation marquée de sa production nucléaire et hydraulique. Ce succès survient malgré un contexte de baisse des prix de l’électricité sur le marché. Lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes, le PDG Luc Rémont a souligné que ces résultats témoignent d’une efficacité remarquable, capable de générer des performances financières solides. En 2024, la production électrique d’EDF a atteint 520 térawattheures (TWh), soit une hausse de 11 % par rapport à l’année précédente, dont 361,7 TWh provenant de l’énergie nucléaire.
Dans un tournant inédit, l’État, unique actionnaire d’EDF, percevra un dividende pour la première fois depuis plus d’une décennie, un versement qui s’élèvera à 2 milliards d’euros. Ce fait illustre non seulement la confiance retrouvée dans la capacité d’EDF à se redresser, mais également le succès des efforts déployés pour relancer ses activités, notamment après une période marquée par des difficultés opérationnelles en 2022. Cette année difficile avait été caractérisée par des niveaux historiquement bas de production, conséquence de problèmes de corrosion dans certaines centrales nucléaires et d’une sécheresse ayant fortement impacté les barrages hydrauliques.
Production entre 350 et 370 TWh pour 2025
Cependant, ce contexte favorable sur le plan de la production n’a pas empêché le groupe de subir l’effet négatif de la baisse des prix de l’électricité, entraînant une diminution de 15,7 % de son chiffre d’affaires, qui s’établit désormais à 118,7 milliards d’euros. Paradoxalement, l’EBITDA, indicateur essentiel de rentabilité, affiche une baisse de 8,5 % pour s’établir à 36,5 milliards d’euros, un niveau qui demeure néanmoins le plus élevé jamais enregistré depuis 2023, comme le précise Xavier Girre, le directeur financier d’EDF.
Marquée par une période de très forte intensité, notamment avec la mise en service tardive du réacteur nucléaire EPR de Flamanville – connecté au réseau fin décembre 2024 après un retard de 12 ans – l’année écoulée se présente comme une étape déterminante. Ce réacteur devrait continuer sa montée en puissance pour atteindre 100 % de sa capacité d’ici l’été prochain, un objectif ambitieux souligné par Luc Rémont. Dans cette dynamique, EDF envisage de poursuivre sa « remontada » nucléaire avec une production estimée entre 350 et 370 TWh pour 2025, une prévision qui s’étendra également aux années 2026 et 2027 en incluant la contribution de Flamanville.
Parallèlement à cette stratégie de redressement de la production, EDF mise sur la conquête de nouveaux marchés et clients. Avec une production désormais à 94 % décarbonée, le groupe entend diversifier ses offres en ciblant non seulement les particuliers – notamment avec l’essor des véhicules électriques –, mais aussi les entreprises, les grands industriels désireux de verdir leur énergie et, bientôt, les centres de données, grands consommateurs d’électricité. Selon le PDG, « notre plus grand défi est de mettre à profit l’électricité disponible et d’accompagner les clients afin qu’ils la préfèrent aux énergies fossiles ». Cette démarche est d’autant plus cruciale dans un contexte européen où la consommation d’électricité peine à évoluer, restant stable par rapport à il y a 20 ans.
Enfin, EDF doit également faire face à des négociations intenses avec l’État concernant le financement et le partage des coûts du programme des six réacteurs nucléaires EPR2 envisagés par le gouvernement. Le ministre de l’Énergie, Marc Ferracci, a indiqué que le coût total de ces projets serait inférieur à 100 milliards d’euros, et qu’un schéma de financement, potentiellement incluant un prêt à taux zéro de l’État, devrait être dévoilé dans les semaines à venir. Simultanément, EDF poursuit ses projets à l’international, notamment avec les réacteurs britanniques Sizewell C et Hinkley Point C, ainsi que ses investissements dans l’éolien offshore aux États-Unis, domaine qui subit des vents contraires en raison des politiques de l’administration américaine. Cette situation a conduit à des dépréciations significatives, de 800 millions d’euros pour les projets EPR2 britanniques et de 900 millions d’euros pour la coentreprise Atlantic Shores avec Shell dans le secteur éolien offshore.
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste pigiste, en presse écrite, auprès de différents journaux et magazines.
Intéressé par les questions liées à l’énergie, il a la charge de la rédaction d’articles et de brèves pour Opéra Energie.
