Réunis à Hambourg dans un contexte géopolitique tendu, les dirigeants européens ont affiché leur volonté d’accélérer massivement le développement de l’éolien en mer du Nord. Objectif : renforcer la sécurité énergétique du continent, décarboner l’économie et réduire durablement la dépendance aux hydrocarbures russes.
300 GW pour 2050 : un pari industriel majeur pour la décarbonation européenne
Lors du troisième sommet consacré à la coopération énergétique et sécuritaire en mer du Nord qui s’est tenu le lundi 26 janvier, les pays riverains ont réaffirmé leur ambition de faire de la région « le plus grand pôle mondial d’énergie propre ». Les ministres de l’Énergie de dix pays européens – dont l’Allemagne, la France, le Danemark, les Pays-Bas ou encore la Norvège – ont signé une déclaration commune en ce sens. Dès 2023, ces États s’étaient engagés à développer jusqu’à 300 GW de capacités éoliennes offshore d’ici 2050, avec un objectif intermédiaire de 120 GW en 2030. Un cap que l’Europe peine toutefois à atteindre, selon les experts du secteur.
Un nouvel accord prévoit désormais le lancement par l’Allemagne, la Norvège, la France, le Danemark et le Royaume-Uni d’une « flotte sans précédent » de projets représentant 100 GW de capacité, soit l’équivalent de la consommation électrique de près de 100 millions de foyers, d’après le ministère britannique de l’Énergie.
Pour Katherina Reiche, ministre allemande de l’Économie et de l’Énergie, cet engagement renforcé doit garantir la « résilience » et la « sécurité des approvisionnements » du continent. Un enthousiasme partagé par Nick Mabey, directeur du think tank climatique E3G, qui estime que « le sommet a dépassé les attentes en matière d’annonces politiques et industrielles », tout en appelant à des actes concrets face à une coopération encore trop fragmentée.
Sécurité énergétique et tensions géopolitiques : Moscou, Washington et le facteur Groenland
L’accélération de l’éolien offshore s’inscrit dans un contexte de fortes tensions géopolitiques. Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, les Européens cherchent à se prémunir contre toute dépendance au gaz russe, malgré la hausse des prix de l’énergie qui en a résulté. « Nous envoyons un signal très clair à la Russie : nous ne vous laisserons plus utiliser l’énergie contre nous », a déclaré Dan Jørgensen, commissaire européen à l’Énergie. De son côté, Roland Lescure, ministre français de l’Économie, a souligné « une menace persistante en provenance de l’Est », à laquelle s’ajoute « un défi venant de l’Ouest, avec un partenaire américain qui peut se montrer imprévisible », alors que l’Europe dépend largement du gaz naturel liquéfié américain.
Les enjeux sécuritaires étaient également au cœur des discussions, sur fond d’actes de sabotage et d’espionnage présumés visant les infrastructures énergétiques en mer du Nord et en mer Baltique. L’Otan était d’ailleurs représentée au sommet. « Depuis notre création, nous investissons aussi dans la sécurité », a rappelé Manon Van Beek, directrice générale du gestionnaire de réseau néerlandais TenneT, assurant une coopération étroite avec les autorités et l’Alliance atlantique.
Enfin, si le Groenland ne figurait pas officiellement à l’agenda, le sujet a traversé les échanges. « Le Danemark et la population du Groenland peuvent compter sur notre solidarité », a affirmé Friedrich Merz, chancelier allemand. Un message appuyé par Mette Frederiksen, Première ministre danoise, qui s’est félicitée de « la force et l’unité » affichées par l’Europe, estimant que « c’est la seule façon d’aller de l’avant ».
Source : AFP
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.