La flambée récente des prix de l’énergie, alimentée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la volatilité des marchés pétroliers et gaziers, remet l’Union européenne face à ses fragilités structurelles. Réunis à Bruxelles, les ministres de l’Énergie des 27 cherchent des réponses pour contenir l’impact de cette hausse sur les consommateurs et les entreprises.
Les États en première ligne face à la flambée du pétrole et du gaz
À court terme, la réponse à l’envolée des prix de l’énergie s’organise principalement au niveau des États et des organisations internationales plutôt qu’au niveau européen. La semaine dernière, les 32 pays membres de l’Agence internationale de l’énergie (dont les États-Unis, la France, l’Allemagne ou encore le Japon) ont ainsi décidé de débloquer massivement leurs réserves stratégiques de pétrole afin de tenter de calmer les marchés.
Dans l’UE, plusieurs gouvernements ont également pris des mesures d’urgence. La Croatie et la Hongrie ont instauré un plafonnement des prix des carburants, tandis que la Grèce a limité les marges sur les prix à la pompe pour éviter les phénomènes spéculatifs.
En France, déjà contrainte par un contexte budgétaire tendu, les autorités ont renforcé les contrôles dans les stations-service afin d’éviter que la guerre au Moyen-Orient ne serve de prétexte à des hausses abusives. Le groupe TotalEnergies a par ailleurs annoncé un plafonnement de ses prix à la pompe, après des sollicitations du gouvernement.
Concernant l’électricité, le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jorgensen, a suggéré aux États membres qui disposent de marges budgétaires de réduire certaines taxes, une mesure qui pourrait représenter jusqu’à 200 euros d’économies par an en moyenne pour les consommateurs. Encore faut-il que les finances publiques permettent de telles interventions.
Électricité et carbone : un débat relancé par un coût de l’énergie trois fois plus élevé qu’aux États-Unis
La crise actuelle ravive également les débats sur le fonctionnement du marché européen de l’électricité. En Europe, le prix de l’électricité est largement influencé par celui du gaz, car il est déterminé par le coût de la dernière centrale mobilisée pour répondre à la demande — souvent une centrale à gaz lors des périodes de forte consommation. « Tant qu’on est obligé d’appuyer sur les centrales thermiques aux heures de pointe, le prix marginal sera toujours déterminé par l’énergie fossile », explique Marc Baudry, économiste à la chaire d’économie du climat de l’université Paris-Dauphine. Malgré les critiques, ce chercheur estime toutefois qu’une réforme profonde reste improbable à court terme : « Je ne m’attends pas à un grand soir, car réformer le marché de l’électricité est très compliqué à faire », souligne Marc Baudry.
L’Union européenne avait déjà adopté une réforme en mai 2024, après de longs débats. Mais certains États, notamment l’Italie, ainsi qu’une partie de l’industrie, plaident pour de nouveaux ajustements. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, étudie notamment la possibilité de subventionner ou plafonner le prix du gaz entrant dans la formation du prix de l’électricité.
Autre sujet de tension : le marché européen du carbone. Depuis 2005, l’UE a mis en place un système d’échange de quotas d’émissions (ETS), qui oblige les producteurs d’électricité et les industries fortement émettrices à acheter des permis pour couvrir leurs émissions de CO₂. Le prix du carbone se situe aujourd’hui autour de 70 euros la tonne, un niveau que certains industriels, notamment dans la chimie allemande, jugent responsable d’une partie de la hausse des coûts énergétiques.
Plusieurs pays d’Europe centrale et l’Italie réclament ainsi une réforme, voire une suspension du dispositif. Mais huit États membres, dont la Suède, l’Espagne et les Pays-Bas, défendent ce mécanisme, qu’ils considèrent comme la « pierre angulaire de la politique climatique de l’UE ».
Au-delà de ces débats, le problème reste aussi structurel : l’énergie coûte au moins trois fois plus cher en Europe qu’aux États-Unis, en grande partie en raison du manque de ressources fossiles sur le continent. Face à cette contrainte, la Commission européenne insiste sur l’urgence d’accélérer la décarbonation et la transformation énergétique de l’industrie européenne.
Source : AFP
Titulaire d’un Master II en journalisme, Giovanni DJOSSOU a œuvré en tant que journaliste de presse écrite dans différents journaux et magazines pendant plus d’une décennie.
Spécialisé dans le secteur de l’énergie depuis 2023, il a la charge de la rédaction d’articles, de la conduite d’interviews ainsi que de la création de programmes pour Opéra Energie.